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Moyen Orient et Monde

« La population iranienne dirige sa haine vers les mollahs »

Interview express

Amélie Myriam Chelly, sociologue et spécialiste de l’Iran au sein de Cadis (EHESS-CNRS), répond aux questions de « L’Orient-Le-Jour ».

16/05/2019

Plus d’un an après le retrait américain de l’accord nucléaire et le retour des sanctions, quelle ambiance prévaut au sein de la société iranienne ?

En 2015, avec le premier mandat de Hassan Rohani et la signature des accords sur le nucléaire, il y avait le sentiment qu’au niveau macroéconomique, la sortie de la suffocation allait pouvoir se faire. Le deuxième mandat, lui, a été accordé par la population dans l’espoir de voir ces retombées positives au quotidien. Or, la situation actuelle est vraiment dramatique en ce sens que cet espoir n’existe plus. On l’a vu avec les manifestations en décembre 2017 et janvier 2018 qui, au départ, étaient vraiment politico-politiques : c’était l’opposition à Hassan Rohani qui se soulevait, c’est-à-dire des ultra-prorégimes soutenant son rival conservateur, Ebrahim Raisi. Sauf qu’au fur et à mesure de leur déploiement, les manifestations sont devenues de plus en plus de l’ordre de la revendication économique et ont touché une part plus large de la population. Puis, progressivement, elles se sont transformées en critiques de la politique extérieure du gouvernement. Ainsi, la population s’est attaquée aux institutions, donc aux mollahs et plus généralement au régime. Les manifestants attribuaient toutefois en même temps une partie de la responsabilité des problèmes de l’Iran aux États-Unis.


(Lire aussi : Iran/USA : ce n’est pas encore la guerre, le commentaire d'Anthony Samrani) 

Les Iraniens ont-ils l’impression que les États-Unis sont responsables de leurs problèmes économiques ?

Depuis quelques mois, la responsabilité des Américains est beaucoup moins importante aux yeux d’une grande partie de la population. C’est cela qui change aujourd’hui : aussi surprenant que cela puisse paraître, la population dirige toute sa haine de plus en plus vers les mollahs et de moins en moins vers les États-Unis. Il y a plusieurs raisons à cela. D’abord parce qu’au fur et à mesure de cette fameuse année du retrait américain, le 8 mai 2018 jusqu’à aujourd’hui, les scandales financiers endogènes se sont multipliés. Cela a laissé entrevoir à la population, même celle qui était la plus farouchement opposée aux États-Unis, que le régime iranien était largement responsable de la crise économique. La population commence surtout à accabler l’actuel régime, notamment après les terribles inondations ayant eu lieu en Iran à partir de mars 2019. Ces événements ont permis de mettre en avant une nouveauté : c’est la première fois qu’un représentant du gouvernement et de l’administration actuelle, Mohammad Javad Zarif, a ouvertement critiqué les gardiens de la révolution pour leur manque de préparation et d’implication pour sauver la population. En quarante ans de République islamique, il n’y a jamais eu de critique aussi directe de la part du gouvernement au corps des gardiens ! De plus, la population s’est rendu compte que l’État ne faisait pas forcement cas de la sécurité de ses habitants, qui passait après un certain nombre d’autres éléments.

La décision des États-Unis de placer les gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes ne risque-t-elle pas de renforcer la popularité de cette institution ?

Malgré la détestation qu’a la population pour ce corps qui fonctionne un peu comme une mafia et qui s’enrichit sur son dos, cela pose véritablement problème, car, en Iran, le service militaire obligatoire peut être effectué dans l’armée régulière, dans les forces de l’ordre ou au sein des gardiens de la révolution. La majorité de la population a fait son service militaire dans ce corps notamment, car les conditions sont beaucoup plus favorables chez les gardiens, qui sont mieux financés. Mais maintenant, ils peuvent se retrouver placés sur la liste des mouvements terroristes du jour au lendemain pour avoir fait leur service chez les gardiens.



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Pierre Hadjigeorgiou

Le plus important dans cette article est l'action Américaine de placer les gardiens de la révolution dans la liste des organisations terroristes. A partir de la, les Iraniens serons de moins en moins enclin a y faire leur service comme ils seront plus enclin a leur taper dessus le moment venu pour se laver de cet impair. Le peuple Iranien n'est pas dupe et il sait a présent qui sont les responsables de leur misère. Les Mollahs peuvent commencer a compter leurs jours.
J’espère que nos concitoyens se réveillerons plus tôt et ne permettrons pas au Hezbollah de leur faire vivre les même tribulations. Nous avons eu une chance inouïe lors des dernières élections mais le peuple n'avait pas encore compris que la voie de Hezbollah est celui de la catastrophe. Le Liban ne sortira sa tête du trou qu'une fois tous les partis de Dieu ou étranger, Hezbollah et autres, seront littéralement fermés, les traîtres et les criminels jugés. Avant cela nous ne pourrons jamais voir le soleil.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

BIEN DIRIGEE ! IL EN EST TEMPS.

HABIBI FRANCAIS

L Iran ne sera jamais une puissance avec cette mafia au pouvoir et ces portraits ridicules partout de khomeiny y Khaneiny.

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