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Moyen Orient et Monde

La piste iranienne évoquée dans l’attaque contre l’oléoduc en Arabie saoudite

tensions

Les houthis revendiquent les frappes contre deux stations de pompage par des drones, mais des interrogations sur les moyens réels des rebelles yéménites sont soulevées.

15/05/2019

Les tensions grandissantes dans le Golfe risquent-elles d’enflammer la région ? Après le sabotage non revendiqué dimanche de quatre pétroliers au large de l’émirat de Fujairah, deux stations de pompage en Arabie saoudite ont été touchées hier matin par des frappes de drones. Visant les installations pétrolières n° 8 et 9 sur l’oléoduc Est-Ouest qui relie la Province orientale au port de Yanbu sur la mer Rouge, ces dernières attaques ont été revendiquées par les rebelles houthis. « Cette importante opération militaire est une réponse à l’agression persistante et au blocus de notre peuple et nous sommes prêts à mener des frappes encore plus dures », a souligné un militaire houthi cité par Massirah, la chaîne de télévision des rebelles. Ces derniers, appuyés par l’Iran, font face au gouvernement yéménite, soutenu par la coalition menée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, dans la guerre qui sévit au Yémen depuis quatre ans.

L’incident intervient dans un contexte particulièrement tendu, tout en coïncidant avec le retrait des houthis de trois ports de la province de Hodeida qui s’est achevé hier sous la surveillance des équipes des Nations unies, conformément à l’accord de Stockholm signé en décembre dernier. « Incontestablement, cet épisode va rendre beaucoup plus difficile pour les parties impliquées dans la crise yéménite d’instaurer un climat de confiance fondé sur le retrait unilatéral des houthis des trois ports », observe pour L’Orient-Le Jour Giorgio Cafiero, fondateur de Gulf States Analytics. L’attaque pourrait être un moyen pour les rebelles de mettre la pression sur Riyad en faisant preuve de leur force de frappe malgré leur départ de Hodeida. « Cette attaque n’est pas du tout liée à la retraite de Hodeida », tempère pour L’OLJ Riad Kahwaji, fondateur d’Inegma, un site de consultation en questions stratégiques et sécuritaires. « Pourquoi les houthis n’ont jamais procédé à une attaque de la sorte au cours des dernières années de la guerre s’ils en avaient la capacité ? Cela n’a aucun sens », poursuit-il. Ce n’est pas la première fois que les houthis visent directement le territoire saoudien. Les rebelles ont notamment lancé plus d’une centaine de missiles de l’autre côté de la frontière avec le Yémen depuis 2015, interceptés pour la plupart par les forces de défense saoudiennes. La milice avait notamment affirmé en mars 2018 avoir un « stock de missiles » et de drones afin de répondre aux frappes aériennes de la coalition, selon l’agence yéménite Saba.


(Lire aussi : Dans le détroit d'Ormuz, le risque d'une "guerilla navale")


Attaque « lâche »
De nombreux observateurs se sont également interrogés sur les capacités dont disposent les rebelles, soulignant les longues distances traversées par les drones depuis la frontière au centre de l’Arabie saoudite. « La technologie utilisée dans l’attaque dépasse les houthis », affirme M. Kahwaji, précisant que « pour pouvoir envoyer un drone aussi loin, de nombreuses capacités de renseignement qui relèvent des aptitudes d’un État sont requises : il faut obtenir des coordonnées de navigation pour ne pas voler à l’aveugle ». Tous les regards sont tournés vers l’Iran alors qu’il est déjà soupçonné d’avoir commandité l’attaque de dimanche contre les pétroliers, selon une enquête préliminaire de l’armée américaine, écrit le Wall Street Journal. La République islamique a pour sa part accusé les États-Unis hier d’avoir monté l’opération de toutes pièces afin d’encourager un conflit.


(Lire aussi : Les pasdaran dénoncent la guerre psychologique américaine)


Washington a déjà accentué la pression sur Téhéran ces derniers temps tant sur le plan économique que militaire. S’ajoutant aux sanctions déjà en place depuis le retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien, l’administration de Donald Trump a mis fin en avril aux exemptions accordées à huit pays (la Chine, l’Inde, la Turquie, le Japon, la Corée du Sud, Taïwan, l’Italie et la Grèce) pour permettre l’achat de pétrole iranien. Sur le plan militaire, les États-Unis ont envoyé il y a dix jours le porte-avions USS Abraham Lincoln et une force de bombardiers dans le golfe Arabique en « réponse à des indications et à des avertissements inquiétants qui ont engendré une escalade », avait alors déclaré le conseiller à la Sécurité nationale John Bolton.

Qualifiant l’attaque de « lâche », le ministre saoudien de l’Énergie Khalid al-Falih a indiqué hier dans un communiqué que la société nationale d’hydrocarbure saoudienne Aramco « a pris toutes les mesures nécessaires et arrêté temporairement l’oléoduc pour évaluer son état ». Soulignant que la compagnie « travaille à la restauration de la station de pompage », M. Falih, dont le pays s’est engagé à compenser pour la production iranienne, a tenté de rassurer les marchés en précisant que la production de pétrole n’a pas été interrompue pour autant. Les prix du brut ont toutefois augmenté hier.


(Lire aussi : Le Pentagone accentue sa pression militaire sur l'Iran)


Perturber le marché pétrolier
L’oléoduc, qui traverse l’Arabie saoudite d’est en ouest et long de 1 200 kilomètres, représente un intérêt stratégique pour Riyad, évitant le détroit d’Ormuz que Téhéran menace de bloquer en cas de conflit avec les États-Unis et ses alliés. Selon le Financial Times, un peu plus de 100 000 barils par jour ont été exportés cette année depuis le port de Yanbu, et quelque 500 000 depuis le port voisin de Mouajjiz. Alors que de nombreux pays arabes ont condamné les attaques, les Émirats arabes unis ont également averti que « toute menace à laquelle le royaume (saoudien) fait face est considérée par les EAU comme une menace pour leur sécurité et leur stabilité », a rapporté l’agence émiratie WAM. « Les derniers actes de terrorisme et de sabotage dans le Golfe visent non seulement le royaume, mais aussi la sécurité des approvisionnements pétroliers dans le monde et l’économie mondiale », a fustigé M. Falih.

Les attaques de ces derniers jours indiquent que « l’Iran est capable et disposé à entraver la navigation traversant le détroit d’Ormuz » et que les menaces iraniennes de « perturber le marché pétrolier doivent être prises au sérieux », estime Riad Kahwaji. L’objectif est d’« inciter la communauté internationale à faire pression sur les États-Unis pour qu’ils assouplissent leurs mesures contre l’Iran. La question est désormais de savoir, si les Américains ne reculent pas et vont plus loin, quelle serait la prochaine étape », s’interroge-t-il. L’Iran et les États-Unis ont chacun fait savoir hier soir qu’ils ne souhaitaient pas entrer en guerre.


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Irene Said

Qu-a-t-on promis aux Houthis pour qu'ils entrent dans cette danse menée par trois fous:
TRUMP L'ARBIE SEOUDITE et L'IRAN ?
Irène Saïd

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES IRANIENS UTILISENT LEURS ACCESSOIRES POUR JUSTIFIER PARAIT-IL LEURS ACTES PROVOCATEURS EN LEURS NOMS POUR PERTURBER LE MARCHE PETROLIER MONDIAL QUAND LA MAIN LONGUE EST EXCLUSIVEMENT IRANIENNE. C,EST JOUER AVEC LE FEU.

Lecteurs OLJ

Bien entendu il est inadmissible qu’on s’en prenne à l’intégrité d’un pays. À mon humble niveau je dénonce fermement cet acte irréfléchi.
Mais l’est il vraiment?
Le décor est planté, le scénario est écrit, les acteurs sont là, le producteur fou, à la tignasse rousse est prêt pour le premier coup de manivelle, un coup historique au coût faramineux. Mais pour ce vat en guerre, rien n’est trop cher.
Détruire, tuer, faire couler le sang est son dada favori, pourvu que les usines d’armes américaines tournent à plein régime et que le taux du chômage avoisine le 0%.
Bravo M. Trump!

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