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Culture - Biennale De Venise 2019

« Puissiez-vous vivre une époque intéressante ! »

La Biennale d’art de Venise fait le pari cette année de s’immerger dans le temps présent, aussi inquiétant soit-il, en invitant des artistes du monde entier prêts à rompre les schémas classiques.

Le pont de Lorenzo Quinn, installé à l’arsenal à Venise. L’artiste est représenté par Halcyon Gallery. David M. Benett/Getty Images pour Halcyon Art International

« Ce qui convertit l’art en quelque chose de spécial, c’est le fait qu’il résiste à n’importe quelle mentalité fermée », a expliqué cette semaine à Venise le critique d’art et directeur artistique de la biennale, l’Américain Ralph Rugoff.

L’édition 2019, qui s’ouvre officiellement aujourd’hui même et se tient jusqu’au 24 novembre, ambitionne de décrire le monde « sans tomber dans le piège du marché », a précisé le président de la biennale, Paolo Baratta.

L’événement a choisi le mot d’ordre « May You Live In Interesting Times » (puissiez-vous vivre une époque intéressante), expression faussement reliée à une malédiction chinoise que les Britanniques utilisent ironiquement pour souhaiter le pire à celui qui la reçoit. En l’occurrence, elle renvoie aux « temps difficiles » que la biennale veut mettre cette année en valeur.

Quelque 79 artistes ont été invités dans la Cité des Doges par Ralph Rugoff, qui est aussi le directeur de la Hayward Gallery de Londres. À chaque artiste il a été commandé deux œuvres : l’une pour la zone historique des jardins et l’autre pour celle de l’arsenal, lieux traditionnels où se tient la biennale.

Ce grand rendez-vous mondial de l’art contemporain est aussi marqué cette année par la présence plus importante de femmes que d’hommes, et d’un plus grand nombre d’artistes provenant d’Amérique et d’Asie plutôt que de la vieille Europe.

« Il est nécessaire d’avoir des œuvres avec des clés de lecture différentes, pour entrer en contact avec le grand public », a expliqué à la presse M. Rugoff. « Il est indispensable de provoquer des interrogations, et non des messages, en ces temps de “fake news”, d’actualité omniprésente et immédiate, ne reposant parfois que sur l’émotion », a-t-il ajouté.

Tradition oblige, la biennale a décidé de récompenser d’un Lion d’or pour sa carrière le sculpteur et poète américain Jimmie Durham pour ses œuvres à la fois iconoclastes et « profondément humanistes », selon les organisateurs.


Impacts de balles
À bientôt 79 ans, Durham, qui a du sang cherokee dans les veines, est surtout connu pour ses œuvres politiques dénonçant, entre autres, le colonialisme.

Autre artiste « politique » invitée, la Mexicaine Teresa Margolles qui présente un mur érigé de barbelés et constitué des blocs de ciment d’une école où l’on peut voir les impacts de balles là où quatre personnes ont été tuées.

L’une des installations les plus percutantes se trouve à l’arsenal, où est exposée l’épave d’un chalutier ayant fait naufrage en 2015 en Méditerranée, entraînant dans la mort plus de 700 migrants qui tentaient la traversée vers l’Europe. L’artiste suisse Christoph Buchel est à l’origine de cette œuvre, muette, sans aucune inscription ou ajout de la part de l’auteur, mais dont la seule présence glace le sang de celui qui connaît la tragédie.


Construire des ponts
Et dans un registre plus apaisé, Lorenzo Quinn (fils de l’acteur Anthony Quinn) connu pour sa précédente installation en 2017, qui a vu une paire de mains soutenir la célèbre ville italienne, dévoile une nouvelle sculpture monumentale (15 mètres de haut et 20 mètres de large) spécifique au site. Intitulée « Construire des ponts », elle est composée de six paires de mains se joignant à travers l’entrée de l’arsenal et symbolisant la rencontre des cultures.

Unique rendez-vous d’art comptant des pavillons nationaux (90 pour cette édition), la biennale accueille cette année de nouveaux pays comme le Ghana, le Pakistan, Madagascar ou encore la Malaisie et la République dominicaine.



Les Libanais à Venise
Des pays comme la France, l’Allemagne, les États-Unis ou le Japon, invités traditionnels, ont cette année rivalisé d’audace. L’édition 2019 pourra également compter sur la présence d’artistes confirmés comme la Française Dominique González-Foerster, l’Allemande Rosemarie Trockel, l’Américain George Condo, le Vietnamien Danh Vo ou le Jordanien Lawrence Abu Hamdan. Et même si le Liban n’est pas représenté par un pavillon officiel cette année, trois artistes libanais participent à cette 58e biennale. Il s’agit de Nadim Karam, invité par The European Cultural Center (ECC) et qui, dans le cadre de Politics of Dialogue: The Merry-Go-Round, a installé trois de ses sculptures surréalistes et monumentales au Marinaressa Gardens. Katia Trabulsi, elle, présente quelques obus de sa série Perpetual Identities au Palazzo Ca’zanardi. Et last but not least, le pluridisciplinaire Zad Moultaka, devenu presque un habitué depuis la dernière biennale, où il avait officiellement représenté le Liban. Cette fois, il retourne à la Cité des Doges en indépendant avec The Death of James Lee Bayars, une installation sonore qui se tient à l’église Santa Maria de la Visitazione.

En marge de l’événement, la fondation Prada organise aussi une rétrospective consacrée à l’artiste grec Jannis Kounellis, mort il y a deux ans, et l’un des chefs de file de « l’arte povera » (l’art pauvre), mouvement né en Italie dans les années 60 en réaction à la société de consommation et aux diktats du marché de l’art.

Sources : agences et rédaction



Pour mémoire
Nahr Beyrouth coule dans la Biennale de Venise


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