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Culture - Eclairage

Ed Sheeran et Macklemore, quand le conflit israélo-palestinien s’invite de nouveau sur scène

L’éviction du rappeur propalestinien et le retrait de plusieurs artistes du Loop Tour révèlent les rapports de force économiques et politiques qui régissent désormais les grandes tournées.

Ed Sheeran et Macklemore, quand le conflit israélo-palestinien s’invite de nouveau sur scène

Ed Sheeran et Macklemore, au cœur d’une polémique sur la place de la politique dans les grandes tournées musicales. Photos Reuters/AFP / montage L'OLJ

Dans le climat électrique créé par la guerre à Gaza, la politique monte une fois encore sur scène. Cette fois, elle bouleverse la tournée d’Ed Sheeran, après l’éviction de Macklemore et le retrait en cascade de plusieurs artistes venus lui apporter leur soutien.

Mardi, Finneas, Aaron Rowe, le groupe danois Lukas Graham et la formation irlandaise Beoga ont annoncé leur retrait du Loop Tour d’Ed Sheeran. Tous protestent contre l’éviction du rappeur américain Macklemore, écarté après avoir défendu la cause palestinienne sur scène.

Lors de deux concerts organisés début septembre au MetLife Stadium, près de New York, Macklemore avait scandé « Free Palestine » et assuré aux habitants de Gaza et de Cisjordanie qu’ils n’étaient « pas oubliés ». Il avait également interprété Hind’s Hall, son morceau associé au mouvement étudiant propalestinien et à la mémoire de Hind Rajab, fillette palestinienne de cinq ans tuée à Gaza.

Ces prises de position ont suscité les protestations d’organisations pro-israéliennes et de plusieurs propriétaires de stades. Selon le promoteur américain Messina Touring Group, certaines enceintes auraient menacé d’annuler les concerts si Macklemore demeurait à l’affiche. Le rappeur, qui devait assurer huit des dix dernières dates américaines, a finalement été écarté.

Ed Sheeran affirme que la décision ne lui appartient pas. Dans un long message publié sur Instagram, le chanteur britannique explique avoir tenté de rapprocher les parties avant de s’incliner devant une décision prise par les propriétaires des stades et le promoteur. Il invoque aussi sa responsabilité envers les spectateurs, les techniciens et les musiciens dont le travail dépend du maintien de la tournée.

Cette défense, factuellement étayée par les déclarations du promoteur, n’a pas suffi à éteindre la polémique. Car si Ed Sheeran n’a pas personnellement congédié Macklemore, le Loop Tour porte son nom, son image et la promesse artistique qu’il adresse à son public. La distinction entre responsabilité contractuelle et responsabilité symbolique devient dès lors difficile à maintenir.

Qui décide de ce qui peut être dit sur scène ?

Au centre de l’affaire qui est nourrie par les déclarations des uns et des autres sur les réseaux sociaux, se trouve Robert Kraft, propriétaire du Gillette Stadium de Boston et de l’équipe de football américain des New England Patriots. Macklemore l’accuse d’avoir convaincu plusieurs responsables d’enceintes sportives de faire pression sur la tournée. Robert Kraft ne nie pas avoir refusé la présence du rappeur dans son stade. Il affirme ne pas vouloir offrir de tribune à ce qu’il considère comme des « discours de haine » et reproche à Macklemore une longue histoire de rhétorique et d’images antisémites.

Les détracteurs du rappeur rappellent notamment qu’en 2014, il était apparu sur scène avec un faux nez, une barbe et une perruque noire, un déguisement perçu comme une caricature antisémite et pour lequel il s’était ensuite excusé. Ils citent également un plan du clip de Fucked Up, sorti en 2025, associant un billet de cent dollars à un drapeau israélien.

Macklemore rejette ces accusations et soutient que la critique de la politique israélienne ne saurait être assimilée à une attaque contre les juifs. Il qualifie régulièrement de « génocide » la guerre menée par Israël à Gaza après l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, une qualification retenue par plusieurs organisations et experts, mais rejetée par les autorités israéliennes.

La controverse dépasse cependant le seul cas Macklemore. Elle pose une question plus large : qui fixe désormais les limites de la parole artistique dans les grandes enceintes ? Sur le papier, l’artiste demeure libre de son propos. Dans les faits, cette liberté dépend d’un réseau de promoteurs, de propriétaires, d’assureurs et de partenaires capables de suspendre un concert ou de fermer l’accès à un stade.

C’est précisément ce pouvoir que dénoncent les artistes ayant quitté la tournée. Finneas estime qu’un musicien « ne doit pas être réduit au silence lorsqu’il défend les opprimés ». Beoga et Aaron Rowe invoquent l’histoire coloniale irlandaise pour expliquer leur solidarité avec les Palestiniens. Lukas Graham résume l’enjeu en affirmant que la fortune ne devrait déterminer ni qui peut parler ni quelles souffrances peuvent être reconnues.

Ed Sheeran défend, lui, une autre conception de son rôle. Il dit dans sa publication respecter les convictions de Macklemore, mais refuse de transformer ses concerts en forums politiques. Son public, explique-t-il, vient chercher dans la musique un lieu de rassemblement, non une prise de position sur les conflits du monde. « Je ne suis pas complice », insiste-t-il, estimant que le silence public n’implique ni indifférence ni absence de convictions personnelles.

L’argument touche pourtant à sa limite. L’éviction de Macklemore n’a pas tenu la politique à distance de la tournée : elle l’y a installée plus durablement encore. Lorsque le choix de ne pas prendre position coïncide avec les exigences économiques des propriétaires de stades, la neutralité cesse d’apparaître comme un simple retrait. Elle peut être interprétée comme l’acceptation d’un rapport de force.

Cette ambiguïté explique la violence de la réaction. Certains médias et comptes sur les réseaux sociaux ont affirmé qu’Ed Sheeran aurait perdu jusqu’à 500 000 abonnés sur Instagram depuis le début de l’affaire. Mais ce chiffre reste difficile à vérifier.

Au-delà de cette bataille comptable, l’épisode montre combien la séparation entre divertissement et politique est devenue fragile. Les grandes tournées se présentent comme des espaces universels, capables de réunir des publics différents autour d’une expérience commune. Mais elles reposent sur des infrastructures privées dont les propriétaires conservent le pouvoir de décider qui peut monter sur scène. Et qui peut dire quoi...


Dans le climat électrique créé par la guerre à Gaza, la politique monte une fois encore sur scène. Cette fois, elle bouleverse la tournée d’Ed Sheeran, après l’éviction de Macklemore et le retrait en cascade de plusieurs artistes venus lui apporter leur soutien.Mardi, Finneas, Aaron Rowe, le groupe danois Lukas Graham et la formation irlandaise Beoga ont annoncé leur retrait du Loop Tour d’Ed Sheeran. Tous protestent contre l’éviction du rappeur américain Macklemore, écarté après avoir défendu la cause palestinienne sur scène.Lors de deux concerts organisés début septembre au MetLife Stadium, près de New York, Macklemore avait scandé « Free Palestine » et assuré aux habitants de Gaza et de Cisjordanie qu’ils n’étaient « pas oubliés ». Il avait également interprété Hind’s Hall, son morceau...
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