Vue générale du site archéologique de Qalaat el-Hosn, à Maasser el-Chouf. Photo fournie pr la DGA/Liban
En 2017, le regard aiguisé de l’architecte Georges Arbid, ancien président de la municipalité de Maasser el-Chouf, au sud du Mont-Liban, découvre, sur une colline de son village, un mur aux pierres équarries de trois mètres de largeur, jusqu’alors passé inaperçu. Il signale la présence de ces lourds blocs à Myriam Ziadé, responsable à la Direction générale des antiquités (DGA) des sites de Saïda et du sud du Mont-Liban.
Un temple romain rectangulaire, datant du Ier siècle avant J.-C. au IIe siècle après J.-C., est alors identifié. En 2022, le Maasser el-Shouf Archaeological Project (MeSAP) est lancé. Cette mission conjointe italo-libanaise est menée en étroite collaboration entre la DGA et l’Université de Naples « Suor Orsola Benincasa » (UniSOB). Les fouilles, codirigées par Myriam Ziadé et Silvia Festuccia, commencent. Les excavations révèlent les vestiges de deux fragments de colonnes, les bases et une partie du dallage d’un imposant temple romain mesurant environ 21 mètres de long sur 11 mètres de large. Il était enfoui depuis plus de deux millénaires sous une crête fortifiée dite Qalaat el-Hosn (1 200 mètres d’altitude), à un kilomètre à l’ouest du village, à proximité de la réserve des cèdres.
Les travaux mettent au jour des zones d’extraction de pierre et de nombreux hypogées creusés dans le rocher, mais aussi plusieurs indices architecturaux permettant de détecter la présence passée de pressoirs. De même, du matériel culturel a été retrouvé, notamment des poteries et des verreries romano-byzantines. Certains tessons ont été datés de la fin de l’âge du bronze, attestant ainsi d’une occupation bien antérieure du site, explique en substance l’archéologue Myriam Ziadé.

L’histoire gravée dans la pierre
Pour L’Orient-Le Jour, l'archéologue présente une synthèse des investigations menées jusqu’à présent. On y apprend qu’au Xe siècle, sous la dynastie fatimide, dont l’emprise s’étendait de l’Égypte jusqu’au Liban, le site antique a été réaménagé en une enceinte fortifiée. Au sein des structures de ce bâtiment, des monnaies associées à cet édifice ont été exhumées. Au XIIIe siècle, le fort fatimide, situé sur un axe routier stratégique reliant le littoral à la plaine de la Békaa, a été réagencé en une nouvelle structure adaptée aux besoins militaires des croisés. Ce changement explique la présence de la tour au plan carré posée sur un coin du temple.
Tous les artefacts exhumés, y compris des ossements d’animaux, ont été transférés dans les réserves archéologiques de la DGA pour être étudiés par une équipe pluridisciplinaire. Celle-ci se penche sur le mode de vie et l’alimentation des occupants du site antique, sur la datation des poteries ainsi que, dans le cas des céramiques importées, sur leur origine et les échanges commerciaux qui en découlent.
La Direction générale des antiquités engage activement la population locale dans la préservation de son patrimoine, en associant les ouvriers et les jeunes de la commune aux chantiers de fouilles. « Une initiative participative qui permet aux habitants de découvrir et de s’approprier directement l’héritage historique de Maasser el-Chouf. Cet engagement collaboratif éveille les consciences sur la valeur de ce patrimoine, pensé comme un véritable levier de développement durable pour la commune », souligne Myriam Ziadé. Pour partager cette aventure archéologique, des journées portes ouvertes sont organisées chaque mois de septembre à l’intention du public libanais.

Le site de Qalaat el-Hosn a été choisi comme étude de cas pour les recherches archéologiques, les activités de conservation et le projet de valorisation de la région. L’objectif consiste également à étudier l’occupation humaine des montagnes méridionales du Liban, de l’âge du bronze à la période ottomane, et à reconstituer le paysage naturel et anthropique de l’Antiquité.
Une visite guidée est prévue le samedi 19 septembre à 17h à l’occasion de la Journée du patrimoine sur le site de Qalaat el-Hosn.
