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Moyen Orient et Monde

Israël-Palestine, un espace d’apartheids...

Éclairage

Aussi bien les soutiens que les détracteurs de l’État hébreu relèvent la politique de séparation envers les Palestiniens.


David NASSAR | OLJ
03/05/2019

La question du caractère ou non d’apartheid de l’État d’Israël fait à nouveau l’actualité. Israël est un « État d’apartheid en réalité », a estimé l’ancien ambassadeur de France à Washington, Gérard Araud, dans une interview au magazine américain The Atlantic publiée le 19 avril, jour de son départ à la retraite. Pour protester, le ministère israélien des Affaires étrangères a convoqué lundi dernier l’ambassadrice de France en Israël, Hélène Le Gal. Réagissant notamment à la convocation de sa consœur, et répondant aux critiques de Meyer Habib, député français de la 8e circonscription des Français établis hors de France (qui inclut Israël et les Territoires) qui parle de « scandale », M. Araud a écrit sur Twitter : « Je parlais de la Cisjordanie. J’ai passé six ans en Israël. Je sais qu’il n’en est rien. » Cet ancien ambassadeur en Israël de 2003 à 2006 a également précisé qu’il ne revenait pas sur ses propos accordés à The Atlantic.

Emprunté de l’afrikaans, langue parlée principalement par les Sud-Africains blancs de descendance néerlandaise, le terme apartheid se traduit littéralement par « séparation », et fait référence au développement séparé de la population d’un pays sur une base raciale : une ségrégation. L’idée d’évoquer le terme « séparation » pour décrire le traitement réservé aux Palestiniens par Israël a été inventée par l’État hébreu lui-même. Le terme hébreu hafrada (séparation) a été utilisé pendant des décennies par des responsables israéliens pour désigner la politique d’Israël en Cisjordanie et à Gaza, où Tel-Aviv cherche à séparer la population palestinienne de la population israélienne et des colons juifs. Le projet de mur de séparation en Cisjordanie, mentionné pour la première fois au début des années 1990 par le Premier ministre Yitzhak Rabin, et dont plus de la moitié des 712 kilomètres prévus existe déjà aujourd’hui, est connu sous le nom de « Gader Ha-Hafrada » (barrière de séparation).

La politique de séparation serait même un prérequis pour la création de deux États pour deux peuples, comme le prévoyait l’ancien Premier ministre assassiné en novembre 1995. Mais « compte tenu de la trajectoire actuelle et de la politique du Premier ministre Netanyahu sur l’annexion de la Cisjordanie, de l’imbrication de l’économie et des infrastructures, et du fait qu’Israël se déplace de plus en plus à droite, rien ne permet de croire qu’il y aura un État palestinien », rappelle Tarek Baconi, analyste spécialiste du dossier israélo-palestinien au Crisis Group, interrogé par L’Orient-Le Jour. La réalité sur le terrain neutralise l’argument de la séparation de deux peuples en faveur de la création de deux États. Ce n’est donc plus du tout aujourd’hui la même approche que celle suivie par Rabin.


(Lire aussi : "Israël, Etat d'apartheid" : l'ambassadrice française à Tel-Aviv convoquée en raison des propos d'un confrère)


Mise en garde et critique
Relever l’aspect d’apartheid de l’État d’Israël n’est pas chose nouvelle. « Israël a mis en place un régime d’apartheid qui domine le peuple palestinien dans son ensemble », avait conclu la Commission économique et sociale des Nations unies pour l’Asie occidentale (l’Escwa) dans une publication en mars 2017. Aussi bien les détracteurs d’Israël que ses soutiens relèvent cet aspect. Ces derniers mettent en garde contre un futur vers lequel Israël se dirige mais qu’il devrait éviter s’il veut sauvegarder son existence telle que voulue par les sionistes pré-Israël : un État démocratique pour les juifs. L’ancien président américain Jimmy Carter a argumenté dans son ouvrage désormais célèbre Palestine: Peace not Apartheid (Simon & Schuster, 2006) que « si Israël ne cède pas de territoires, il deviendra un État d’apartheid », indique Tarek Baconi, qui souligne que cette publication a marqué « la première fois que l’accusation d’apartheid a vraiment pris de l’importance sur la scène internationale ». C’est le même argument que relève M. Araud. En d’autres termes : en l’absence de souveraineté et d’État palestiniens, comme l’a déclaré par le passé Benjamin Netanyahu, et en l’absence d’une volonté de créer un État unique pour deux peuples avec les mêmes droits, Israël deviendra de fait un État d’apartheid.

Les détracteurs de l’État hébreu ne sont que partiellement d’accord avec Gérard Araud. Pour eux, une forme d’apartheid ou une autre existe non seulement en Cisjordanie, mais sur tout le territoire historique de la Palestine. « En Cisjordanie, le système de ségrégation est très clair. Il existe des infrastructures réservées aux juifs israéliens, et d’autres réservées aux Palestiniens. Il existe deux systèmes de droit pour deux peuples différents sur le même territoire. Donc, si vous ne regardez que la Cisjordanie, comme Gérard Araud, c’est un système très clair d’apartheid », souligne M. Baconi. « Mais d’autres diront que vous ne pouvez pas vraiment distinguer les colonies d’Israël, car celles-ci sont planifiées et mises en œuvre par le gouvernement central israélien, de ce dernier. » Dans cette logique, ajoute le chercheur, « il n’y a pas vraiment de différenciation. Le Hamas et l’Autorité palestinienne ont une responsabilité de gouverner mais n’ont pas de souveraineté réelle. En réalité, cette approche maintient qu’il existe une entité souveraine unique sur l’ensemble du territoire de la Palestine mandataire, qui applique différentes formes de contrôle et qui confère un privilège à une population juive par opposition à une population non juive en vertu de ses propres lois : une occupation militaire en Cisjordanie, un blocus dans la bande de Gaza, un système de statut de résident à Jérusalem-Est, et de la discrimination en Israël proprement dit ». « Selon la Loi fondamentale sur la nation que nous avons adoptée, Israël est l’État-nation du peuple juif – et uniquement du peuple juif », a voulu rappeler lors de la dernière campagne électorale Benjamin Netanyahu.



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