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Documentaire

« RBG » : un manifeste féministe sur la Wonder Woman de la Cour suprême des États-Unis

Ruth Bader Ginsburg. Archives AFP

« Rockstar » ou « superhéroïne » : c’est ainsi qu’est décrite Ruth Bader Ginsburg dans le documentaire RBG, d’après ses initiales. Les réalisatrices américaines Betsy West et Julie Cohen livrent un hommage élogieux à l’avocate et juge à la Cour suprême des États-Unis. Sorti en mai 2018 aux États-Unis, il était diffusé vendredi au cinéma Metropolis à l’occasion du Festival international du film de Beyrouth. À travers des documents d’archives et des témoignages de ses proches et de ceux qui ont travaillé avec elle, de sa petite-fille à l’ancien président américain Bill Clinton, les cinéastes participent à la construction du mythe RBG.

Présentant une succession d’affaires juridiques sur lesquelles a travaillé RBG, le documentaire éponyme montre comment elle a bouleversé le droit américain en s’attachant au droit des femmes. Un dossier auquel elle a dédié plus de 50 ans de sa carrière. Dès 1973, elle remporte le cas Frontiero contre Richardson, luttant contre la discrimination des salaires entre hommes et femmes.

De ses nombreuses et impressionnantes réussites professionnelles naît un surnom, Notorious RBG, d’après le rappeur américain Notorious BIG. Ruth Bader Ginsburg est devenue une icône populaire aux États-Unis. Son visage est imprimé sur des mugs, des tee-shirts, repris en montages photographiques sur internet. Le rythme vif du documentaire et sa bande-son participent à l’iconographie pop. La caméra suit notamment RBG à la salle de sport, où elle soulève des haltères sur une chanson de la rappeuse Dessa.


Gym à 86 ans

West et Cohen relatent le parcours et l’ascension professionnelle de RBG, dans une Amérique encore très sexiste : l’éducation exigeante et aimante reçue de sa mère, son mariage et sa formation en droit à Cornell puis Harvard, sa carrière de professeure de droit et d’avocate, sa nomination en tant que juge fédérale en 1980 puis comme juge à la Cour suprême en 1993.

« Elle est ce qui s’approche le plus d’un superhéros », déclare la féministe américaine Gloria Steinem dans le film. À 23 ans, RBG pourvoit aux besoins de sa famille tout en travaillant à la Harvard Law Review, lorsque son mari Martin Ginsburg souffre d’un cancer. Travailleuse acharnée, elle veille souvent jusqu’à 4 heures du matin. À 86 ans, elle a elle-même surmonté deux cancers et fait encore des pompes.

Le documentaire s’attache aussi à l’humaniser. Les réalisatrices donnent un aperçu de son intimité et sa vie familiale. Elles font la part belle à son couple avec Marty, décédé en 2010. Dans un extrait de son discours d’investiture à la Cour suprême, Ruth Bader Ginsburg le remercie et affirme combien leur conception égalitaire du mariage a été une clé dans son parcours professionnel.

Se profile un manifeste féministe à travers le portrait de la juge. Gros plan sur son visage, lorsqu’elle cite la militante abolitionniste et féministe américaine Sarah Grimké : « Je ne demande aucune faveur au motif que je suis une femme. Tout ce que je demande de nos confrères, c’est qu’ils veuillent bien retirer leurs pieds de nos nuques. »


À l’ère Trump et MeToo

À l’ère post-MeToo, le sujet est opportun. En 2018, est justement sorti un autre film consacré à RBG : Une femme d’exception, réalisé par l’Américaine Mimi Leder. L’engouement pour la figure de femme forte de RBG est réel. Succès critique et commercial aux États-Unis, RBG a été l’un des films indépendants les plus rentables de 2018. Il a gagné plusieurs prix, dont le Bafta du meilleur documentaire.

Dans un contexte politique américain polarisé, Ruth Bader Ginsburg n’est toutefois pas épargnée par les critiques que le film évoque notamment en ouverture. Collage d’extraits sonores où RBG est qualifiée de « zombie », de « sorcière », sur des images de la Cour suprême et sur fond d’opéra. Plus tardivement dans le film, Cohen et West abordent le refus de RBG de prendre sa retraite malgré une santé altérée ; ou ses remarques dépréciatives sur Trump allant à l’encontre de son statut supposément neutre de juge. Les réalisatrices y répondent à travers la voix des intervenants interrogés. « Elle est humaine, elle fait des erreurs comme tout le monde », lance ainsi un de ses collègues.

Célébration d’une femme extraordinaire et peut-être palliatif cinématographique face aux difficultés politiques, le documentaire s’adresse à ceux qui l’admirent plutôt qu’aux conservateurs ou aux soutiens de Donald Trump. Or, derrière, c’est aussi une critique d’une Amérique conservatrice et sexiste qui se dessine. Les réalisatrices soulignent la figure anticonformiste de dissidente de RBG au sein de la Cour suprême, c’est-à-dire d’une voix qui s’élève contre les autres pour lutter contre les discriminations. Un film contre l’Amérique de Trump, mais sans s’adresser directement à ses opposants.


« Rockstar » ou « superhéroïne » : c’est ainsi qu’est décrite Ruth Bader Ginsburg dans le documentaire RBG, d’après ses initiales. Les réalisatrices américaines Betsy West et Julie Cohen livrent un hommage élogieux à l’avocate et juge à la Cour suprême des États-Unis. Sorti en mai 2018 aux États-Unis, il était diffusé vendredi au cinéma Metropolis à l’occasion du...

commentaires (1)

Est-elle encore vivante? Cela fait plus de 6 mois qu elle n est pas apparue en public

Bee S

21 h 35, le 29 avril 2019

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Commentaires (1)

  • Est-elle encore vivante? Cela fait plus de 6 mois qu elle n est pas apparue en public

    Bee S

    21 h 35, le 29 avril 2019