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Liban

Des épiceries contre le gaspillage alimentaire

France

En un an, un réseau de supérettes « Nous épiceries antigaspi » vendant à prix cassés des produits invendus s’est développé en Bretagne.

24/04/2019

Des concombres aux formes plutôt amusantes, des yaourts proches de la date de péremption ou des paquets de biscuits légèrement cabossés : voilà ce que les clients de la nouvelle enseigne « Nous épiceries antigaspi » ont l’habitude de trouver en magasin. L’idée est de proposer à la vente des produits qui auraient autrement fini au rebut pour éviter le gaspillage alimentaire.

Si on en croit l’Ademe (l’Agence française de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), le marché est énorme, 10 millions de tonnes de nourriture étant jetées chaque année en France. Dans 53 % des cas, ce gaspillage incombe aux producteurs ou fabricants industriels, et dans 47 %, c’est le fait des distributeurs ou des consommateurs finaux. De quoi contribuer à la surexploitation des ressources naturelles, notamment de l'eau et des terres agricoles, qui auraient pu être préservées.

C’est pour éviter ce gâchis que deux entrepreneurs ont monté une chaîne d’épiceries proposant ces invendus. L’idée en revient à Charles Lottmann. Ce dernier travaillait depuis un an au sein de l’entreprise Phénix (spécialisée dans la lutte contre le gaspillage alimentaire), notamment sur la marque Les gueules cassées (ces fruits et légumes victimes de délit de faciès pour cause d’imperfections proposés à prix cassés en grandes surfaces avec un logo spécifique), quand Vincent Justin, ayant plutôt un profil d’entrepreneur, l’a rejoint dans cette aventure.

Et le tandem de réunir ses économies, celles de ses proches et d’entraîner Phénix pour le premier tour de table financier. Le premier magasin a ouvert ses portes à Melesse, près de Rennes (Bretagne, pointe ouest de la France), en mai 2018. Fort de son succès, une deuxième épicerie a vu le jour en novembre dernier à Saint-Jouan-des-Guérets, près de Saint-Malo (côte nord de la Bretagne). Pourquoi la Bretagne ? « C’est la première région agroalimentaire de France, qui concentre beaucoup de producteurs, qui sont nos interlocuteurs, et les habitants de la région sont très sensibilisés au développement durable », justifie Charles Lottmann.

La recette est simple : « Nous récupérons les invendus directement auprès des producteurs, explique Charles Lottmann, président. Du petit maraîcher local, qui livre ses produits tous les deux ou trois jours, au gros industriel de l’agroalimentaire comme Danone, nous avons aujourd’hui deux cents fournisseurs, un chiffre qui s’accroît chaque semaine. »

Des fruits aux légumes, aux produits secs, en passant par les boissons et les produits frais, la viande, le poisson ou les surgelés, sans parler des produits d’hygiène-beauté (fins de série, lots promotionnels ou cartons abîmés), « une famille de quatre personnes peut réaliser jusqu’à 75 % de son approvisionnement dans ces supérettes », assure son concepteur. Certes, l’assortiment ne sera pas le même chaque semaine et il faut être prêt à bousculer ses habitudes, car on ne trouve pas toutes les mêmes références qu’en hypermarché, mais le jeu peut en valoir la chandelle. Car les prix pratiqués sont inférieurs de 30 % à ceux d’une enseigne traditionnelle. Ce qui permet, en théorie, à une famille de quatre personnes d’économiser jusqu’à 200 euros par mois, affirme son président.


Un impact positif sur l’environnement
Pour l’instant, le panier moyen n’est encore que de 25 euros. En effet, nombreux sont ceux qui viennent encore pour la première fois découvrir ce nouveau concept et le prix moyen par produit n’est que d’un euro. Mais les consommateurs ne s’y trompent pas. Les rangs de la clientèle régulière sont de plus en plus nombreux. Parmi eux, entre les présentoirs faits de palettes, les beaux meubles en carton recyclé et les chariots d’occasion, se mêlent écolos convaincus et chasseurs de bonnes affaires.

Sur la page Facebook du magasin de Melesse, où les petits malins guettent les annonces d’arrivages, Pierre salue « une très belle initiative pour lutter contre les aberrations du gaspillage », Aurore dit « merci de donner la possibilité aux consommateurs de pouvoir faire le choix d’acheter engagé », tandis que Caroline se félicite que « grâce aux différents arrivages, on varie ses repas ». À l’échelle du magasin, on se targue d’avoir un impact positif sur l’environnement. En effet, les 10 millions de tonnes d’aliments jetés par an en France représentent 15,3 millions de tonnes d’équivalent CO2. Chaque épicerie permet, elle, de sauver chaque mois du gaspillage 35 tonnes de denrées alimentaires, d’après le président de l’enseigne, et d’éviter le rejet de 81 tonnes de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

« Maintenant que nous avons fait la preuve de notre concept, nous lançons un deuxième tour de financement avec les mêmes actionnaires pour passer à notre réelle phase de développement. » Deux nouveaux magasins ouvriront leurs portes à Rennes (Bretagne) fin avril et Laval (ouest de la France) en juin. Objectif : une vingtaine de points de vente, que ce soit en propre ou en franchise, d’ici à trois ans, pour l’équipe qui compte désormais vingt personnes. Le concept pourrait même être étendu à l’étranger, où cette problématique est omniprésente, du moins dans tous les pays industrialisés.


Cet article est publié dans le cadre de Earth Beats, une initiative internationale et collaborative rassemblant 18 médias d’information du monde entier autour des solutions aux déchets et à la pollution. En partenariat avec l'Agence universitaire de la Francophonie.


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