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Accusée de double jeu, la France irrite les anti-Haftar

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"Malgré les condamnations, il est clair que certains pays, dont la France et les Emirats arabes unis, disent une chose publiquement mais espèrent secrètement que l'action de Haftar sortira la Libye de sa profonde crise politique", écrit dans la revue Foreign Affairs un ex-diplomate américain en poste à Tripoli, aujourd'hui consultant, Ethan Chorin.

OLJ/AFP/Simon VALMARY
22/04/2019

La France est la cible de vives critiques des Libyens favorables au Gouvernement d'union nationale (GNA) à Tripoli, qui accusent Paris de cautionner, au moins tacitement, l'offensive militaire du maréchal Haftar pour conquérir la capitale.

Le ministre de l'Intérieur du GNA -seul gouvernement reconnu par la communauté internationale- Fathi Bachagha a publiquement accusé jeudi les autorités françaises de soutenir "le criminel Haftar". Déclarations "infondées", a immédiatement démenti Paris, qui s'emploie depuis deux semaines à se dissocier de l'attaque lancée par l'homme fort de l'Est libyen pour conquérir Tripoli. Depuis le début de cette offensive, qui fait craindre à l'ONU un "embrasement généralisé" en Libye, les combats ont fait au moins 227 morts, 1.128 blessés et quelque 30.000 déplacés.

Se disant "surprise" des propos de M. Bachagha, l'ambassade de France a indiqué ignorer si ses accusations "engagent le GNA dans sa totalité". Elle a répété l'"opposition (de Paris) à l'offensive actuelle", et "réitéré ses appels à un cessez-le-feu" ainsi qu'à un retour à des négociations "pour relancer un processus politique crédible sous l'égide des Nations unies".

Mais rien n'y fait pour beaucoup de Libyens vivant dans l'ouest du pays. Lors de récents rassemblements à Tripoli, certains des manifestants anti-Haftar ont critiqué la France en revêtant des gilets jaunes, symbole de la contestation contre le président Emmanuel Macron.

Pour nombre de Libyens et d'observateurs, le rôle de la France reste ambigu.
"Malgré les condamnations, il est clair que certains pays, dont la France et les Emirats arabes unis, disent une chose publiquement mais espèrent secrètement que l'action de Haftar sortira la Libye de sa profonde crise politique", écrit dans la revue Foreign Affairs un ex-diplomate américain en poste à Tripoli, aujourd'hui consultant, Ethan Chorin.

"L'offensive lancée par Haftar bénéficie du soutien au moins tacite de la France", renchérit dimanche dans un blog Jean-Pierre Filiu, professeur d'histoire du Moyen-Orient contemporain à Sciences Po Paris, pointant le danger de "jouer tout et son contraire en Libye".



(Lire aussi : Soutien américain à Haftar, le jeu international se clarifie en Libye)

Allié contre le terrorisme
La France et Khalifa Haftar ont noué des relations en 2015, quand la Cyrénaïque, province orientale de la Libye, était menacée par le groupe Etat islamique (EI), alors en pleine expansion en Irak et Syrie et à l'origine d'attentats sanglants jusqu'en Europe. Cet ancien général de Kadhafi, revenu en mars 2011 de vingt ans d'exil aux Etats-Unis, avait rallié différentes factions à son "Armée nationale libyenne" (ANL) pour combattre les jihadistes.

Au nom de la lutte antiterroriste, "la France a aidé l'armée du maréchal", rappelle à l'AFP Jalel Harchoui, chercheur à l'Institut Clingendael de La Haye. S'"il n'y a jamais eu de soldats français qui se battent", "il y a des conseillers militaires sur le sol libyen qui fournissent une assistance en matière de formation, de surveillance ou de ciblages de frappes", affirme-t-il.

Même si c'est le GNA et les milices qui lui sont alliées qui ont chassé l'EI de son bastion de Syrte (450 kilomètres à l'est de Tripoli), les succès face aux jihadistes en Cyrénaïque ont offert à Haftar une certaine reconnaissance. Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense sous François Hollande (2012-2017) puis des Affaires étrangères sous Emmanuel Macron, lui a rendu visite à Benghazi. Il a été reçu à deux reprises en France, en juillet 2017 et mai 2018. En avril 2018, il avait été hospitalisé à Paris.


(Lire aussi : Près de Tripoli, le désarroi des déplacés du conflit en Libye)



Interlocuteur diplomatique
"Les tapis rouges et les applaudissements français ont transformé un seigneur de guerre en un acteur qui aujourd'hui apparaît comme un homme d'Etat respectable et responsable", estime Jalel Harchoui. "Ce côté politique et diplomatique du soutien de Paris a été perçu par la faction de Haftar comme un encouragement à faire la guerre", ajoute-t-il.

Le maréchal Haftar affirme contrôler 90% du territoire libyen, à l'Est et au Sud.

"La France ne se fait aucune illusion sur le potentiel de la Libye à déstabiliser de larges régions de l'Afrique francophone", comme le Mali ou l'Algérie, souligne à l'AFP Ethan Chorin. Alors que "le GNA n'a fait aucun progrès sur les problèmes qu'il devait résoudre, comme briser l'emprise des milices à Tripoli, contenir l'extrémisme et enrayer la chute de l'économie", Haftar apparaît comme "quelqu'un qui a montré qu'il peut créer de l'ordre à partir du chaos, mais à un coût élevé en termes de droits humains et liberté d'expression", explique-t-il.

L'annonce par la Maison Blanche que le président américain Donald Trump et Haftar s'étaient entretenus lundi au téléphone -vue comme une forme de soutien- pourrait toutefois alléger le poids des critiques contre Paris, estime Anas al-Gomati, du centre de réflexion libyen Sadeq Institute. Pour lui, "la France sera ravie que Trump absorbe la responsabilité diplomatique d'une (éventuelle) prise de pouvoir de Haftar et écarte l'attention de ses quatre ans de relations" avec le maréchal controversé.


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES OCCIDENTAUX ONT FAIT DE LA LIBYE UN BORDEL !

AIGLEPERçANT

Voilà comme les choses devraient être dîtes.

La réalité est que la France et ses alliés arabes du golfe sont le problème, des contorsionnistes politiques , et plutôt que de parler des russes pour détourner l'attention d'une lâcheté occidentale, la sottise devrait apprendre à mieux analyser les choses avant d'accuser around the bush.

Honneur et Patrie

Ces gens-là sont des nostalgiques de Mouammar Kddhafi et de ses amazones.

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