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Dans la Syrie en guerre, l'ancêtre de Notre-Dame de Paris

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"Il s'agit du premier exemple connu d'une façade à deux tours flanquant une entrée arquée très élaborée, précurseur de ce qui allait être connu comme le style roman", confirme une experte culturelle du Moyen-Orient.

OLJ/AFP/Omar HAJ KADOUR
20/04/2019

Une entrée arquée flanquée de deux beffrois carrés, des corniches sculptées de fleurs et de croix, une nef qui a perdu sa voûte. Bien avant Notre-Dame de Paris, il y avait en Syrie une petite église du Vème siècle à l'architecture préfigurant celle de la célèbre cathédrale.

Entourées par les maisons basses du village de Qalb Lozeh, dans le Nord-Ouest syrien, les ruines de l'église tiennent toujours debout malgré le conflit qui ravage le pays depuis 2011. Avec des pierres aux tons légèrement rosés, le bâtiment est considéré comme un fleuron de l'architecture byzantine, qui devait inspirer quelques siècles plus tard les bâtisseurs des cathédrales romanes et gothiques à travers l'Europe du Moyen-Age.

"Il s'agit du premier exemple connu d'une façade à deux tours flanquant une entrée arquée très élaborée, précurseur de ce qui allait être connu comme le style roman", confirme à l'AFP Diana Darke, experte culturelle du Moyen-Orient.

L'église de Qalb Lozeh fait partie d'une quarantaine de villages classés par l'Unesco au patrimoine mondial de l'Humanité. Ils "offrent un témoignage remarquable des modes de vie ruraux et villageois de l'Antiquité tardive et de l'époque byzantine", selon le site Internet de l'organisation.

En 2013, avec les batailles qui déchirent la Syrie, ces villages seront inscrits sur la liste du patrimoine en péril.

Comment une église en Syrie est-elle liée à Notre-Dame de Paris, un joyau de l'art gothique dont la construction a débuté au XIIème siècle ?
"Les marchands, les pèlerins et les moines se sont déplacés constamment entre cette région et l'Europe durant des siècles" explique Mme Darke. Qalb Lozeh était notamment une étape importante sur le chemin emprunté par les visiteurs se rendant à la basilique de Saint Siméon le Stylite, dans le nord de la Syrie, selon elle. "Ce n'est donc pas une surprise que les styles fassent leur chemin graduellement vers l'Europe, même avant les Croisés du XIIème siècle", ajoute l'experte.



(Pour mémoire : Première messe dans la cathédrale arménienne d'Alep restaurée)


"Symbole de culture" 
Tout au long du conflit syrien, plusieurs sites archéologiques ont souffert de pillages et de destructions. Palmyre, site antique de plus de 2.000 ans, mais aussi la vieille ville d'Alep, font notamment partie des sites classés en danger par l'Unesco et qui ont souffert.

Qalb Lozeh se trouve dans la province d'Idleb, dominée par Hayat Tahrir al-Cham, organisation jihadiste créée par l'ex-branche syrienne d'el-Qaëda.

Lors d'une visite sur le terrain, l'historien syrien Fayez Kawsara pointe du doigt les arcs et les sculptures des frises et des corniches qui décorent l'église. "Celui qui étudie l'art gothique, en particulier les églises gothiques, constatera que ce style architectural a voyagé en Europe" depuis la Syrie, estime-t-il. "La principale preuve de cela c'est (...) la cathédrale de Notre-Dame", assure-t-il.

L'église abandonnée, bien plus petite en taille que Notre-Dame, a perdu il y a très longtemps sa toiture. Sur les murs, des visiteurs des temps modernes ont griffonné des inscriptions. Les enfants du village en ont fait leur terrain de jeu, grimpant sur les fenêtres en arc. Le bâtiment n'a toutefois pas souffert du conflit.

Mais Issam Ibrahim, qui vit à Qalb Lozeh, reconnaît que le site historique est négligé depuis le début du conflit. "Il n'était pas protégé", assure-t-il. "Ce sont les habitants du village qui ont décidé de se charger de sa protection".
Wissam Mohammad, un autre habitant, vante la valeur du vestige architectural. "Pour nous, ce n'est pas juste un amoncellement de vieilles pierres", dit-il. "C'est un symbole de la culture syrienne".



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Sarkis Serge Tateossian

Que c'est intéressant de découvrir une telle église du Veme siècle.

Voilà un exemple que l'orient doit apprendre à mettre en valeur.

Quel gâchis. Mais rien n'est vraiment perdu définitivement quand l'homme se bat pour de bonnes causes.

Tina Chamoun

L'incendie de Notre-Dame de Paris que j'ai eu la chance de visiter intacte pour la énième fois il y a quelques mois, aura au moins permis de jetter la lumière sur d'autres vestiges semblables, ailleurs et inconnus ou méconnus. Comme quoi, à quelque chose malheur est bon.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TRES INTERESSANT.

AIGLEPERçANT

À la différence que les cathos de France et Europe ne payeront pas un traître franc pour la restaurer.

Ils sont pourtant ceux qui ont financé les bactéries qui l'ont détruites à Palmyre.

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Commentaire de Anthony SAMRANI

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