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Diaspora

Dalia Tarabay, une "Googler" libanaise "qui change le monde"

Portrait

Convaincue qu’il faut mettre la technologie au service des causes humanitaires, la jeune femme au parcours atypique est très impliquée dans la cause des réfugiés.



22/04/2019

Dalia Tarabay est ce qu’on appelle une "Googler", un néologisme utilisé pour désigner les employés de Google. Lorsqu’elle est embauchée par le géant technologique américain, en 2015 à Dubaï, pour gérer des partenariats stratégiques dans la région MENA, la jeune Libanaise aujourd'hui âgée de 32 ans annonce d'emblée la couleur : la question des réfugiés, à travers le monde, la touche profondément et elle veut pouvoir se servir de son nouveau poste pour "faire quelque chose de bien". Trois ans plus tard, Google distingue la jeune femme devant ses 8.000 collègues new-yorkais en la reconnaissant comme une "Googler qui change le monde".

Et pourtant si on lui avait dit lorsqu’elle était encore enfant qu’elle finirait responsable de partenariats stratégiques à Google et qu’elle profiterait de sa position pour avoir un impact dans la société et servir une cause humanitaire, elle aurait eu du mal à y croire, reconnaît-elle aujourd'hui.

Le parcours pour le moins atypique de cette jeune Libanaise commence au Koweït, un pays qu’elle fuit avec sa famille à l’âge de 4 ans, se poursuit dans la Montagne libanaise où elle grandit au sein d’une famille conservatrice, puis aux États-Unis, où elle achève ses études secondaires à seulement à 15 ans. Cette histoire et celle de son engagement auprès des réfugiés, Dalia Tarabay les raconte à L’Orient-Le Jour en marge d’une conférence organisée en avril par les étudiants de la Wharton School (voir plus bas) de l'université de Pennsylvanie, aux Etats-Unis, à laquelle elle était invitée.


"Des solutions créatives"
"La mort du petit Aylan (le petit garçon retrouvé mort en septembre 2015, échoué sur une plage turque après le naufrage d'une embarcation de réfugiés syriens, ndlr), m’a énormément touchée et je ne l’ai jamais oubliée", confie Dalia Tarabay.
Alors, chaque année, depuis 2016, elle met son boulot entre parenthèses pour passer, avec des étudiants de Harvard, trois semaines sur l’île grecque de Lesbos, qui accueille des milliers de migrants. Cette équipe, qui vient renforcer celle de l’ONG Movement on the Ground, a pour objectif de trouver des solutions créatives et innovantes aux problèmes quotidiens des réfugiés. "Cinquante personnes qui font des études en médecine, droit ou business et qui travaillent ensemble peuvent avoir un grand impact", affirme la jeune libanaise, elle-même titulaire d'un MBA de Harvard.

Une des idées dont elle est le plus fière est la conception, à partir d’objets trouvés dans le camp de Moria, le principal camp de migrants et de réfugiés sur l'île de Lesbos, d’un dispositif permettant de rafraîchir une tente lors des grosses chaleurs. Plus important encore, grâce à la mise sur pied d’une salle d’ordinateurs, les réfugiés peuvent désormais prendre des cours ou travailler en ligne. "Un jour, j’ai reçu une photo d’un réfugié brandissant fièrement un chèque de 100 dollars, rémunérant son travail. J’en ai eu les larmes aux yeux", dit-elle avec un sourire. Google, de son côté, a aidé sa jeune recrue à rassembler une importante somme d’argent pour financer ses projets au camp de Moria.

De ses journées dans le camp, elle retient "le traumatisme des réfugiés, causé par la guerre, par leur fuite et leur périple". "Les histoires des enfants et des adultes que j’ai rencontrés, leurs souffrances, leurs tentatives de suicide parfois, m’ont empêchée de dormir", confie-t-elle. Alors, il y a quelques mois, Dalia Tarabay a décidé de fonder sa propre ONG "Mentissana" dont l'objectif est de connecter des réfugiés à des professionnels en santé mentale grâce à une technique de traduction en temps réel. "Toute l’idée est de se servir de la technologie pour faire quelque chose de bien", résume-t-elle.


Fuir le Koweït jusqu’à Bhamdoun
Cette "passion" pour les réfugiés, comme Dalia Tarabay l’appelle, ne vient pas de nulle part. Son plus lointain souvenir remonte à 1990, quand sa famille a dû fuir le Koweït, où travaillait son père, au moment de l’invasion irakienne du temps de Saddam Hussein. "J’avais 4 ans et ma sœur n’avait que six jours. Mon père a conduit jusqu’au Liban durant quatre jours, raconte-t-elle. Il y a une chose que je n’oublierai jamais : à la frontière saoudienne, des militaires nous ont confisqué notre pain".

En 1990, le Liban sortait de quinze ans de guerre. Dalia Tarabay vit alors chez ses grands-parents maternels, dans le village de Krayé près de Bhamdoun. C’est ainsi que durant six ans, elle "découvre la vie de montagne, en communauté, et grandit au sein d’une famille très conservatrice". "Mon grand-père était un cheikh druze, nous n’avions pas de télévision et devions obéir à des règles très strictes", raconte Dalia Tarabay.

Elle sera scolarisée dans le Chouf, puis, en fonction du travail de son père, au Koweït et en Floride. Ces déménagements s’accompagnent de tests à l'entrée de chaque nouvel établissement scolaire. Résultat : Dalia Tarabay saute trois classes et finit le secondaire à 15 ans seulement. Elle décide alors de rentrer au Liban pour faire des études de business à l’Université américaine de Beyrouth. 

Après sa licence, tout s'accélère pour la jeune femme. A 18 ans, elle est embauchée au Koweït en tant qu’analyste financière. Cinq ans plus tard, elle gère une équipe et un budget s'élevant à un milliard de dollars. La même année, elle est admise pour un MBA à Harvard. Une fois diplômée, Dalia Tarabay rejoint l’équipe de Booz à Dubaï en tant que consultante puis associée. Elle est ensuite embauchée par Google, toujours à Dubaï.

Ambitieuse, elle présente sa candidature pour un job à Google à New York. Le transfert s’effectue rapidement. Et Dalia Tarabay ne le regrette pas un instant.  "Je suis très reconnaissante envers Google et l’équipe de Harvard sans lesquels je n'aurai pas pu faire ce que je fais aujourd'hui, dit-elle. Je suis convaincue que le secteur privé et en particulier le domaine de la tech a un rôle majeur dans la résolution des plus grandes crises mondiales".




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"La diaspora libanaise doit faire davantage pour le Liban"


Olivier Ramia en train d'introduire un panel où participe notamment Henri Asseily (centre), le 6 avril 2019, à l'hôtel Sofitel, à Philadelphie. Photo fournie par Olivier Ramia



Pendant deux mois, 13 étudiants, dont 8 Libanais, de la Wharton School de l’Université de Pennsylvanie ont travaillé ensemble pour mettre sur pied une conférence portant sur la région MENA et son économie. 
Résultat : 13 intervenants issus du monde de la technologie, de l'entrepreneuriat et de l’investissement étaient réunis le 6 avril à Philadelphie. Parmi eux, six Libanais des plus influents dans leur domaine : Henri Asseily (Leap Ventures), Yahya Anouti (Strategy&), Dan Azzi (Harvard), Joe Saddi (Strategy&), Randa el-Sayed (City Private Bank) et Dalia Tarabay (Google).

"Notre objectif principal est de créer une plateforme de collaboration entre des leaders de la région et de la diaspora libanaise afin de relever les défis auxquels nous sommes confrontés dans la zone MENA (Middle East north Africa), explique à L’Orient-Le Jour, Ramy Matar, étudiant en MBA et coprésident de la conférence. Cette année, nous avons axé le débat autour de l'entrepreneuriat et l’innovation. Il s'agit de la seule solution durable pour l’économie libanaise en crise, et nous, étudiants, devons en être le moteur”.

Ce jeune Libanais de 28 ans qui a fait des études d’ingénierie informatique à l’AUB avant de travailler à Euromina Funds et Booz Allen Hamilton, est convaincu que "la diaspora libanaise doit faire davantage pour le Liban". "En tant qu’étudiants libanais, nous avons une importante responsabilité et un rôle critique à jouer dans le développement économique et sociétal de notre pays", assure-t-il.

Abondant dans le même sens, Olivier Ramia, étudiant en MBA à la Wharton School, souligne que "les Libanais de la diaspora sont exposés à des pratiques, des règles et des systèmes, qui fonctionnent mieux que ceux mis en œuvre au Liban". "Nous avons un regard neuf et différent" à offrir à notre pays, estime le jeune homme de 26 ans, qui souligne en outre "la présence remarquable de Libanais à Wharton". "De tous les Arabes qui ont été admis, nous sommes les plus représentés, dit-il. Cela surprend toujours parce qu’on se demande comment un si petit pays peut être si largement représenté" dans une université sélective telle que la "Upenn".

Olivier Ramia, qui a fait des études en économie à l’USJ et a travaillé à Strategy& (ex-Booz & Co), est aussi coprésident du club MENA de l’université. "C’est une opportunité pour moi de mettre en valeur ma région et mon pays". C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il organise un voyage au Liban, cet été, pour 80 étudiants venus "du monde entier".


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