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Culture

Abdel Rahman el-Bacha, un concerto en mi mineur pour un retour au sol majeur

Musique

Le pianiste et l’Orchestre philharmonique libanais, dirigé par Lubnan Baalbacki, interprètent le « Concerto n° 1 pour piano et orchestre en mi mineur op 11 » de Chopin à l’église Saint-Joseph (USJ)*. Rencontre pour cerner cette œuvre en trois mouvements.

12/04/2019

Comme un mouvement de balancier, la présence de Abdel Rahman el-Bacha et son talent de pianiste émérite ponctuent régulièrement le paysage musical libanais. En novembre dernier, il avait donné un concert à deux claviers avec Billy Eidi (avec lequel il reviendra cet été au Festival de Beiteddine), dédié à la mémoire de Diana Takieddine, au grand plaisir des pianophiles.

Aujourd’hui, il revient en soliste au-devant de la scène avec les vendredis soir de l’église Saint-Joseph, pour donner la réplique à l’Orchestre philharmonique libanais sous la houlette du jeune maestro Lubnan Baalbaki pour une soirée placée sous les auspices du Rotary Club de Beyrouth. Pour ses retours fréquents au sol majeur, l’artiste a ces mots empreints de tendresse et de poésie : « C’est naturel que je revienne souvent à mon pays d’origine, à celui de mon enfance. Et c’est toujours avec le sentiment d’une plante qui retrouve sa terre. »

Au menu, pour la part exclusivement orchestrale, la superbe fresque sonore orientalisante Shéhérazade de Rimsky-Korsakov. En ouverture, dans un laps de temps entre 30-40 minutes, Abdel Rahman el-Bacha au clavier pour le Concerto n° 1 pour piano et orchestre de Fréderic Chopin.

Séance de répétition terminée au Conservatoire national supérieur de musique face au Grand Sérail, le musicien, manches de chemise sombre retroussées sur l’avant-bras, a le propos fluide et avenant. « Oui, c’est toujours un plaisir d’être à Beyrouth », dit-il, souriant, avant d’entrer dans le vif du sujet. Pourquoi le choix de ce concerto ? « En fait, j’avais proposé plusieurs œuvres et celle-là a été retenue. Mais il y a aussi, pour la petite histoire, que j’ai joué ce concerto de Chopin à l’Assembly Hall en 1973 à 14 ans et demi, juste avant de quitter le Liban… Et c’est le dernier concert que Chopin avait donné à Varsovie avant de quitter définitivement la Pologne. Ce concerto a quelque chose de très émouvant. Le public l’adore, les pianistes l’adorent mais les chefs d’orchestre l’abhorrent et le redoutent. Tant c’est difficile pour l’orchestre car ce dernier est à la merci du pianiste. Une musique du soliste qui doit être jouée en improvisation. À chaque fois, pour cette œuvre je m’excuse auprès du chef d’orchestre ! Je vois les pièges mais c’est involontaire, cette part de grande liberté accordée par la partition. C’est un concerto différent de tous les autres : d’ailleurs Chopin au départ avait écrit en titre « concerto pour piano avec accompagnement de piano. »

Le temps de reprendre son souffle avec une lampée de café et le pianiste explique les temps forts de cette œuvre aux passages rapides mais clairs, tout en soulignant qu’il n’aime pas qu’on mélange les harmonies dans les pédales… Et d’expliquer : « Chopin était méticuleux pour l’emploi de la pédale : la clarté est une chose importante dans l’intelligence musicale. Le manque de clarté va dans l’obscurantisme… Et puis il y a le tempo qui ne doit être ni trop rapide ni trop lent. Une lenteur que Chopin avait moins que Beethoven et Brahms. Il ne faut pas oublier que le prince du clavier avait un esprit français. C’est ce raffinement harmonique et la légèreté de la texture musicale. Et Chopin, avant tout, c’est le piano dédié à la voix. En l’occurrence d’un soprano dont à l’époque il était épris. Et à Paris, il fréquentait assidûment l’opéra pour les œuvres de Bellini, Donizetti. Pour en revenir à ces moments forts, il y a la joie de vivre (au 3e mouvement), la douceur (au 2e mouvement) et la grande tristesse, la tragédie, le rêve, la virtuosité (au 1er mouvement). La virtuosité pour cette époque où il conçoit une écriture qui bouleverse la narration au piano… »

Un mot pour le public qui va vous applaudir ce soir ?

« Je suis toujours heureux de retrouver le public libanais qui me reconnaît. Il m’écoute même à l’étranger. C’est un public qui a la même respiration musicale car nous avons à la base la même culture… »



*Église Saint-Joseph (USJ)

L’Orchestre philharmonique libanais sous la direction de Lubnan Baalbacki, avec le concours du soliste Abdel Rahman el-Bacha, donne ce soir un concert placé sous l’égide du Rotary Club de Beyrouth, avec des partitions de Rimsky-Korsakov et Fréderic Chopin. À 20h précises.



Pour mémoire

L’inoubliable hommage d’el-Bacha et Eidi à Diana Takieddine

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