X

À La Une

Derrière les manifestants en Algérie, des volontaires nettoient

Reportage

"Pacifique et citoyenne, c'est l'image (de la contestation) que nous voulons transmettre au monde", explique Amine, 23 ans.

OLJ/Amal BELALLOUFI/AFP
26/03/2019

"Les rues d'Alger n'ont jamais été aussi propres que depuis le début des manifestations", se félicite Nassim, presque incrédule devant sa boutique, après un nouveau vendredi de défilé contre le président Abdelaziz Bouteflika. Le mérite revient aux nombreux volontaires.

Chaque vendredi soir, une fois les manifestants dispersés, des sacs poubelles ventrus, soigneusement rassemblés au coin des rues de la capitale, sont les seuls vestiges visibles du passage durant plusieurs heures de cortèges monstres.

Dès les premiers appels à manifester en Algérie, relayés par les réseaux sociaux, au désormais célèbre mot d'ordre "Silmiya" ("pacifique" en arabe) était aussi accolé celui de "Hadaria" ("civilisé", avec la notion de "bien élevé"). Et à travers le pays, les manifestants appelés à se munir de sacs poubelles, se sont portés volontaires pour laisser les villes propres derrière eux.

Message reçu pour de nombreux jeunes descendus dans les rues dès le 22 février - premier vendredi de manifestation - comme Samir, étudiant en biologie de 23 ans: "J'avais pris un sac poubelle à la maison et mon copain avait fait pareil. On a ramassé principalement les bouteilles d'eau et des papiers, au fur et à mesure que l'on marchait". "Les deux premiers vendredis" de manifestation, "on a nettoyé spontanément, chacun de son côté", se remémore de son côté Hicham, 22 ans. "Les riverains donnaient des balais, des frottoirs et des sacs poubelles", explique le jeune homme, dont la propreté est le métier puisqu'il lave des voitures durant la semaine.

Depuis, plusieurs groupes de volontaires se sont organisés, surtout via les réseaux sociaux, à travers toute l'Algérie: Samir a rejoint les "Brassards verts", Hicham les "Gilets orange". Ces volontaires apportent également de premiers soins, veillent au bon déroulement du défilé ou orientent les manifestants égarés.

"Pacifique et citoyenne, c'est l'image (de la contestation) que nous voulons transmettre au monde", explique Amine, 23 ans, professionnel de la communication, "gilet orange" sur le dos, mains gantées, en train de remplir un sac poubelle après la dispersion du cortège.


(Lire aussi : Les avocats dans la rue à Alger pour maintenir la pression sur le pouvoir)


'Plus d'ordures'

Au Telemly, sur les hauteurs d'Alger, un comité de quartier s'est formé, dont Nabil Mouhoub, 40 ans, est le président: chaque vendredi, c'est lui qui distribue gilets orange - offerts par la mairie qu'il est allé solliciter - et sacs poubelles. "Chaque vendredi, on remplit plus de 150 grands sacs poubelles de déchets de toutes sortes rien qu'au boulevard Krim Belkacem", l'artère principale du quartier, précise-t-il. Ce boulevard, sur lequel un cordon de police barre l'accès à un axe menant à la présidence, a été à plusieurs reprises, en marge du cortège pacifique, le théâtre d'affrontements entre policiers et quelques centaines de jeunes voulant en découdre.

Lorsque la police repousse les irréductibles à coups de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc, suivent, quelques mètres derrière, une armée de gilets orange qui retire de la rue pierres, projectiles, tentatives de barricades ou détritus.

Riverains et commerçants fournissent parfois tuyaux d'arrosage et robinets et il faut à peine deux heures au quartier pour retrouver son aspect normal.


(Lire aussi : En Algérie, l’éveil politique de toute une génération)


Quelques rues plus bas, la manifestation est restée pacifique, mais le cortège dispersé, des volontaires s'activent aussi. Depuis une heure avec d'autres, Younes, "brassard vert" de 23 ans, a refait le parcours et "ramassé plein de choses: des bouteilles en plastique, des emballages de biscuits, des paquets de cigarettes, plein de mégots, des gobelets... et parfois des objets insolites, comme une poignée de porte".

Après avoir marché pour réclamer le "changement", des garçons et des filles, certains leur drapeau algérien - accessoire obligé du manifestant - encore sur les épaules, viennent d'eux-mêmes prêter main-forte aux volontaires qui passent les rues au peigne fin. Certains se cotisent pour acheter quelques sacs, d'autres sollicitent, en fin de défilé, l'écot des manifestants, qui donnent volontiers. Après avoir soigné un jeune manifestant ayant fait une chute, Soumia, secouriste et "gilet orange" de 25 ans, s'empare de son sac poubelle: "on ne veut plus d'ordures. Ni dans la rue ni au pouvoir", résume-t-elle.



Lire aussi

Quel rôle pour la Russie dans la crise algérienne ?

Le camp Bouteflika se fissure, estiment les analystes

Bouteflika confirme qu'il restera président après l'expiration de son mandat

« Nous ne voulons pas d’une transition organisée par le système »

Les stades de foot, laboratoires politiques de la contestation en Algérie

À la une

Retour à la Une

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Chaccal Marie Hélène

Les gilets jaunes français devraient prendre exemple sur les gilets oranges algeriens au lieu de defigurer et vandaliser leur propre ville !!!

Dernières infos

Les signatures du jour

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants