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Moyen Orient et Monde

Quel rôle pour la Russie dans la crise algérienne ?

Éclairage
23/03/2019

Moscou était une étape indispensable de la tournée diplomatique effectuée par le vice-Premier ministre algérien, Ramtane Lamamra, alors que le régime est confronté à une révolte populaire d’une ampleur inédite liée à la volonté du président Abdelaziz Bouteflika de se représenter puis de reporter les élections.

C’est un allié que le représentant d’un pouvoir algérien dans la tourmente est allé chercher à Moscou. Le résultat a toutefois été en demi-teinte, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov se disant mardi 19 mars « très préoccupé » par la situation, tout en apportant son soutien au pouvoir algérien et en mettant en garde la communauté internationale contre toute ingérence en Algérie.

Moscou utilise sa rhétorique habituelle de non-ingérence dans les affaires intérieures tout en restant pour l’instant mesuré dans son soutien. « Le silence russe ne signifie certainement pas un désintérêt de la part de Moscou, ni une forme de malaise ou de lâchage. Cependant, un appui public trop ostentatoire se révélerait contre-performant et pourrait compromettre la survie d’un régime qui représente un important partenaire stratégique », résume Jean-Sylvestre Mongrenier, spécialiste de la Russie et chercheur à l’Institut français de géopolitique (Paris-VIII).

Les relations entre l’Algérie et la Russie sont en effet historiques et très étroites. Celles-ci se sont nouées pendant les années de la guerre d’indépendance (1954-1962) lorsque l’ex-URSS a apporté son appui politique au FLN. Une fois l’indépendance acquise, l’Algérie s’est présentée comme une « république démocratique populaire » et a sollicité l’expertise russe pour la construction de l’État.

L’effondrement de l’URSS et la guerre civile qui a ravagé l’Algérie dans les années 1990 ont refroidi les relations russo-algériennes durant une décennie. Ces dernières ont néanmoins repris après l’arrivée au pouvoir d’Abdelaziz Bouteflika en 1999 et se sont renforcées sous la présidence de Vladimir Poutine.

« Moscou considère depuis l’Algérie comme un modèle de gouvernement arabe, qui représente ce que la Russie aimerait voir dans tout le Moyen-Orient », affirme à L’Orient-Le Jour Mark N. Katz, spécialiste des relations russo-orientales à l’université George-Mason en Virginie. Le pays du Maghreb s’affiche comme un partenaire économique et politique jusqu’ici stable, dans une région ayant connu plusieurs changements brutaux de régime. Alger est un consommateur historique d’armements russe, du fait de la réticence des pays occidentaux à fournir les armements souhaités. De 1962 à 1989, l’Algérie a dépensé environ 11 milliards de dollars d’armements russes et selon le dernier rapport publié en mars 2019 de l’Institut de recherche sur la paix internationale (Sipri), l’Algérie reste le troisième importateur d’armes russes à l’échelle mondiale.


(Lire aussi : En Algérie, l’éveil politique de toute une génération)


Volonté populaire

L’ours russe a tout intérêt à ce que le régime algérien ne s’effondre pas. Le Kremlin a misé gros en instaurant un partenariat diplomatique, économique et surtout stratégique en Algérie, où la Russie s’implante de manière de plus en plus évidente. « Il ne s’agit certainement pas pour eux de miser sur un renouvellement de fond en comble, mais de soutenir le système de pouvoir existant. De lui garantir un soutien diplomatique à l’ONU, dans le cas d’une répression du mouvement et de la menace de sanctions internationales. La nature profonde de la Russie de Poutine est de soutenir ce type de régimes autoritaires, voire dictatoriaux, avec lesquels les dirigeants russes sont spontanément en phase », déclare à L’OLJ Jean-Sylvestre Mongrenier. La Russie a montré au cours de ces dernières années, notamment du fait de son intervention militaire en Syrie, qu’elle était loyale à ses alliés et peu encline à laisser tomber ses postes avancées dans le monde arabe. « Il ne faudrait toutefois pas en conclure que la Russie soutient vaille que vaille le pouvoir sans prendre en compte l’évolution de la donne politique et de ce mouvement populaire », nuance Alexandre Kateb, économiste et maître de conférences à Sciences Po Paris. » Par la voix de son ministre des Affaires étrangères, la Russie a manifesté son soutien au peuple algérien et au respect de la Constitution, ce qui pourrait être lu entre les lignes comme un appel au respect de la volonté populaire, qui demande le départ du président Bouteflika dès la fin officielle de son mandat, le 28 avril 2019, ajoute-t-il.

La Russie semble ainsi vouloir préconiser une transition en douceur, qui ne remettrait pas en question ses relations privilégiées avec Alger mais qui éviterait que la situation dégénère. Une évolution sur le modèle russe : une équipe politique qui rajeunit du fait d’un changement d’élite voulus par le Kremlin. « Poutine a le sentiment qu’il doit y avoir un changement de génération, excepté pour lui bien sûr, plaisante Mark N. Katz. Il a conscience de la nécessité d’un renouveau qui serait un moyen de renforcer le régime en place. Il ne fait aucun doute que la Russie soutiendra tout nouvel arrangement que le gouvernement proposera au peuple algérien », ajoute le spécialiste des relations russo-orientales.


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BOSS QUI BOSSE

Les algériens ont une sainte horreur des américano sioniste, ils laissent ça aux marocains.

C'est ce que j'entends dire de tous ceux que je connais.

La Russie aura toujours de beaux jours en Algérie.

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