L'impression de Fifi ABOU DIB

Défaite des mères

Impression
21/03/2019

Chez nous, on les célèbre le premier jour du printemps, les mères. Le jour où, tiens, l’oranger a déjà trois bourgeons et une pleine fleur qui parfume à elle seule tout l’air qu’on respire. Oui, c’est le bon moment pour qui aime les symboles. Maman qui bourgeonne et fait éclore, maman soleil, maman idole qu’on orne de colliers de nouilles et de guirlandes de papier, maman qu’on inonde de fleurs parce que c’est elle la rose ineffable et unique, l’absente de tout bouquet. C’est drôle, elles ne se voient pourtant pas ainsi, les mères, pas comme on voudrait les montrer aux enfants des classes élémentaires : statiques, statufiées, incontestables et incontestées, offertes à leur inconditionnelle adoration. Pas de quoi. Deux petits bras potelés autour de leur cou, et plus tard le sceau d’un baiser – qui pique un peu – sur leur front, voilà leur plus belle parure. Entre ces deux entités, la mère et l’enfant, le lien ne sera jamais que viscéral avec tous les sentiments contradictoires que cela suppose. Souvent, mon père répétait ce vers d’un poète arabe inconnu : « Awladouna, akbadouna tamchi ‘alal ardi » (nos enfants sont nos entrailles qui marchent sur la terre). Il en a éprouvé le sens le jour où, après plusieurs semaines d’exil forcé il avait enfin pu se rendre au chevet de sa mère, déjà âgée et qui ne voyait plus. Avant même d’avoir entendu sa voix, celle-ci s’était écriée : « Mon fils est de retour, j’ai reconnu son pas. » Comment en serait-il autrement. Dans sa culture à elle, les mères n’avaient pas d’autre rôle que nourrir, soigner, prier et préférer parmi leurs enfants le plus jeune jusqu’à ce qu’il grandisse, le malade jusqu’à ce qu’il guérisse, l’émigré jusqu’à ce qu’il revienne. Leur amour, pour inconditionnel, avait son ordre secret.

Aujourd’hui, les mères ne se contentent plus de prières et de conjurations. En chacune d’elles, Romain Gary pourrait reconnaître la sienne et chacune dit encore, en son propre langage et – pourquoi pas – avec un dramatique et solennel roulement des « r »: « Tu seras D’Annunzio ! Tu seras Victor Hugo, Prix Nobel ! » Le destin de leurs mômes, elles le prennent par les cornes et le rêvent en grand. Leur chance, elles la font advenir. Pourtant, de trop d’amour les mères embarrassent les petits pois de leur cosse. À trop les serrer, couver, garder contre elles, elles finissent par entraver en eux cet élan qu’elles rêvent paradoxalement leur voir prendre. Certes, elles-mêmes marquées par la guerre (ou même pas), sont obsédées par des scénarios tragiques qui laissent leur enfant perplexe. Pourquoi l’avion qu’il prendrait serait-il le seul à tomber du ciel, pourquoi les terre-pleins n’attaqueraient-ils que sa voiture, pourquoi les poteaux ne s’en prendraient-ils qu’à lui sur les pistes de ski, pourquoi les violeurs et les dealers n’agresseraient-ils que lui dans les toilettes des malls et des boîtes de nuit, pourquoi le terrorisme ordinaire qui sévit dans le monde entier n’attendrait-il que lui pour faire triompher sa bêtise ? Parce que… C’est leur enfant, voilà, et c’est le plus précieux du monde, et tout l’univers semble le savoir et conspire pour le leur arracher.

Mais on ne ravale pas le fruit de ses entrailles. Il marchera sur la terre. Il trébuchera souvent. Il finira par courir et même s’envoler. Et dans cette libération qui leur est une défaite, les mères connaîtront leur plus belle victoire.

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LA VERITE

LE TITRE EST TROMPEUR

RIEN NE MONTRE DANS LE TEXTE LA DEFAITE DE LA MERE
SEULEMENT SON AMOUR INCONDITIONNEL POUR SES ENFANTS

LA DEFAITE DES MERES C'EST DE NE PAS POUVOIR DONNER A LEURS ENFANTS LA NATIONALITE LIBANAISE QUELQUE SOIT LE PERE CHOISI

JUSQU'A QUAND LES POLITICIENS QUI NOUS DIRIGENT FERONT LA SOURDE OREILLE A UNE POSITION SI JUSTE QU'ON A ENVIE DE VOMIR QUAND LE GENDRE DIT OUI A CONDITION QUE...…
POURQUOI EST LIBANAIS LE FILS D'UN LIBANAIS MARIE A UNE PALESTINIENNE OU UNE SYRIENNE ET PAS LE CONTRAIRE ?

LA RAISON INVOQUEE EST QUE DANS CE CAS LA MERE ETANT EN GENERALE MUSULMANE , L'EQUILIBRE COMMUNAUTAIRE VA CHANGER AU LIBAN.

VOUS NE VOUS RENDEZ PAS COMPTE QUE CET EQUILIBRE A CHANGE CAR BEAUCOUP PLUS DE CHRETIENS LIBANAIS ONT EMIGRE DEPUIS 1975 QUE DE MUSULMANS

LA SEULR JUSTICE EST L'EGALITE DE TRAITEMENT DE LA FEMME ET DE L'HOMME A L'IDENTIQUE

POINT A LA LIGNE COMME DIT LE PRESIDENT AOUN

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TANT QUE LES MERES N,ONT PAS LE DROIT DE DONNER LEUR NATIONALITE A LEURS ENFANTS DE QUELLE ORIGINE QUE SOIT LE PERE ELLES NE FETERONT PAS LA FETE DES MERES. IL Y MANQUE LEUR COEUR !

nahas corinne

tres emouvant cet article

C- F- Contributions et Interprétations

Que c’est très bien dit :
...""Et dans cette libération qui leur est une défaite, les mères connaîtront leur plus belle victoire.""

Leurs victoires ne seront jamais achevées. Même après l’envol dans la vie, elles s’inquiètent. ""Ah, que vous dirais-je maman"" ? Tout simplement bonne fête, à toutes les mamans…

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