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Économie

Kreidié se défend de tout recrutement abusif à Ogero

Finances publiques

Le président de l’organisme public assure que 453 journaliers ont été embauchés depuis février 2017 « dans un cadre légal », pour des travaux de maintenance, d’installation et de réparation.

12/03/2019

La commission des Finances présidée par le député Ibrahim Kanaan poursuit ses travaux sur les recrutements abusifs dans la fonction publique d’août 2017 à aujourd’hui. Elle a consacré hier une première réunion aux embauches réalisées par le ministère des Télécoms et Ogero (l’organisme public chargé de gérer le secteur des télécoms durant cette période, en présence du ministre concerné, Mohammad Choucair, et du président d’Ogero, Imad Kreidié). Une deuxième réunion devra être prochainement programmée sur le même sujet, puisque M. Kreidié n’a pas pu prendre la parole hier, faute de temps. Il a toutefois exposé ses arguments à L’Orient-Le Jour.

La commission des Finances est actuellement en train d’examiner les données fournies par l’Inspection centrale et le Conseil de la fonction publique, recensant les effectifs des différentes administrations, collectivités ou établissements publics. Selon la commission, ces données révèlent que près de 5 000 postes ont ainsi été créés depuis août 2017, soit après l’entrée en vigueur de la loi n° 46 officialisant la hausse de la grille des salaires de la fonction publique. Or l’article 21 de ce texte imposait un gel des recrutements pendant deux ans, sauf besoins exceptionnels devant être dûment explicités et motivés. Ce gel fait partie des mesures que le gouvernement s’est engagé à prendre en vue de baisser son déficit public, l’une des principales conditions de la communauté internationale, afin que le Liban puisse bénéficier des fonds de la conférence de Paris (CEDRE).

À l’issue de cette réunion, Ibrahim Kanaan a indiqué qu’il est parvenu à confirmer auprès de MM. Choucair et Kreidié que « 453 contractuels ont bien été embauchés à Ogero et 54 personnes ont été recrutées au sein du ministère des Télécoms après août 2017, comme l’a recensé l’Inspection centrale ». « Tout recrutement dont le justificatif n’est pas conforme à l’article 21 et à la décision du conseil pour la recherche et l’orientation sera considéré comme illégal », a-t-il insisté.

Interrogé sur ce sujet par L’Orient-Le Jour, Imad Kreidié précise que les 453 personnes embauchées par Ogero sont des journaliers. « Face aux besoins en personnel et en tenant compte de la loi interdisant les nouveaux recrutements, nous avons pris la décision d’embaucher des journaliers à partir de février 2017, essentiellement pour des travaux de maintenance, d’installation et de réparation », a-t-il indiqué. « Ils ont été embauchés dans un cadre légal, puisque le coût de ces nouvelles embauches a été budgétisé dans les lois de finances de 2017 et 2018, qui ont été approuvées par le Parlement. Et Ogero n’a pas dépassé les dépenses prévues », a assuré M. Kreidié.


(Pour mémoire : Le dérapage des finances publiques se poursuit)

Un besoin de 1 256 employés supplémentaires

Il explique que ces embauches ont été décidées sur la base d’un plan de travail sur les besoins en personnel d’Ogero présenté par lui-même en février 2017 au ministre des Télécoms de l’époque, Jamal Jarrah, et approuvé par celui-ci, et qui faisait état d’un besoin de 1 256 employés additionnels sur les quatre années à venir pour assurer la relève après les départs à la retraite. M. Kreidié souligne « qu’en 1996, Ogero et le ministère comptaient 5 000 employés alors qu’on ne comptait que 500 000 abonnés à la téléphonie, les services d’internet n’étant pas encore fournis. Aujourd’hui, nous comptons environ 2 800 employés, puisque la moitié de nos ressources ont pris leur retraite, et cette dynamique va se poursuivre car la moyenne d’âge des employés est actuellement de 54 ans. Cela signifie qu’en 2023, nous perdrons 600 employés ».

De son côté, Ibrahim Kanaan affirme qu’il « poursuivra l’enquête avec le ministère des Télécoms et Ogero pour connaître les réelles raisons derrière ces recrutements, d’autant plus que ceux-ci ont eu lieu durant l’année précédant les élections législatives de mai 2018 ». Il a en outre rapporté que des députés ont fait état, lors de la réunion, d’une progression douteuse des effectifs du ministère des Télécoms et d’Ogero durant la période préélectorale : « En 2005, Ogero et le ministère comptaient 6 270 employés. Ce nombre a baissé depuis de 60 % à 2 550, avant d’augmenter à nouveau de 60 % entre 2017 et 2018. » « Nous attendons les réponses finales du ministère des Télécoms à ce sujet. La responsabilité légale est assumée par le ministre (Jamal Jarrah à ce moment-là) et l’administration ayant pris la décision de ces recrutements », a-t-il poursuivi.

Sur la question du timing de ces embauches, M. Kreidié admet que celles-ci « ont eu lieu à quelques mois des élections, mais ont été effectuées en fonction des besoins et des compétences requises. Toutes les personnes embauchées sont des ingénieurs ou des techniciens ». Il se défend toutefois d’avoir sélectionné les journaliers en fonction de leur appartenance politique. « Ogero n’échappe pas à la règle de l’équilibre confessionnel, mais ce que je peux affirmer, c’est qu’on n’a pas employé des personnes appartenant à un parti politique plutôt qu’un autre », a-t-il affirmé.

Par ailleurs, Mohammad Choucair a affirmé aux députés, toujours au cours de cette réunion, qu’il existe environ 400 à 500 emplois fictifs au sein des deux opérateurs de téléphonie mobile (Alfa et Touch). « L’une des propositions discutées serait de les transférer à des ministères ayant un réel besoin en ressources humaines, mais elle s’est heurtée à plusieurs oppositions, car cela serait illégal en l’absence de tout concours... », a rapporté Ibrahim Kanaan.


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NAUFAL SORAYA

Tous blanc-bleu, tous innocents!

Quelle est donc la source de tous nos problèmes et de la corruption généralisée?

Ou peut-être qu'il n'y en a aucun, en fait, on se fait des idées...

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