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Liban

Vague d’indignation après la condamnation d’un journaliste d’al-Jadeed par le tribunal militaire

Libertés
S. N. | OLJ
09/03/2019

Au lendemain de la condamnation par contumace à trois mois de prison du journaliste Adam Chamseddine par le tribunal militaire, une vive indignation s’est exprimée dans les rangs des acteurs libéraux civils et politiques, ainsi que sur les réseaux sociaux. Le journaliste de la chaîne al-Jadeed a été jugé pour un post sur son compte Facebook critiquant la Sécurité de l’État pour ses poursuites engagées contre un jeune séropositif propriétaire d’un cabinet de tatouage.

Outre la fréquence croissante des peines de prison prononcées contre les journalistes sous le mandat actuel, la justice militaire – tribunal d’exception dérogeant aux normes du procès équitable et qui continue de juger des civils – s’insinue doucement dans le domaine des libertés publiques, comme la liberté de la presse. La justice militaire vient court-circuiter le tribunal des imprimés, au motif que le journaliste est poursuivi pour ce qu’il a écrit sur les réseaux sociaux et non dans un média traditionnel.

Le centre SKeyes pour la défense des libertés médiatiques et culturelles a appelé dans un communiqué à l’annulation de ce jugement. Le centre a également réaffirmé son « refus catégorique de juger quiconque pour une opinion (…), que serait-ce si la personne visée est un journaliste ».

Réagissant à son tour, le commissariat à l’information au sein du Parti socialiste progressiste a insisté pour sa part sur « le caractère sacro-saint de la liberté d’expression et d’opinion qui devrait être protégée et garantie par la Constitution, alors que la politique des convocations des journalistes devant les tribunaux se poursuit en raison de leurs opinions ». « Il s’agit d’une honte pour l’État de droit et des libertés. Un tel régime ne peut mener qu’à une dictature maquillée que certains au pouvoir tentent de consolider dans la pratique », ajoute le communiqué du PSP, en soulignant que « la seule autorité judiciaire autorisée à suivre cette affaire devrait être le tribunal des imprimés, au vu et au su de l’ordre des journalistes, et non le tribunal militaire ».

Fait singulier – dans la mesure où il est rare que le Hezbollah intervienne sur des questions liées aux libertés –, le même point de vue a été exprimé par le président de la commission parlementaire de l’Information et des Télécoms, le député du Hezbollah Hussein Hajj Hassan, qui a exprimé « son attachement aux libertés publiques, notamment médiatiques, au Liban ».

Le ministre des Affaires étrangères et chef du Courant patriotique libre Gebran Bassil, pourtant habitué à être du côté des plaignants contre les journalistes et les usagers des réseaux sociaux, a exprimé son soutien sur son compte Twitter à Adam Chamseddine : « Je suis avec toi parce que tu as donné ton opinion, indépendamment du fait de savoir si cela est juste ou faux. Tu n’as pas répandu des rumeurs ou menti. C’est ton droit en tant que citoyen ou journaliste. Il est certain que ce n’est pas devant le tribunal militaire que ton opinion libre doit être jugée. »

Le ministre de la Défense Élias Bou Saab s’est aligné quant à lui sur la position de M. Bassil, exprimant à son tour dans un communiqué son soutien à M. Chamseddine et son attachement à la liberté d’expression et d’opinion en vertu de la Constitution et des lois en vigueur. M. Bou Saab a affirmé qu’il n’existait aucune volonté politique de s’en prendre aux libertés médiatiques, toutes catégories confondues, à travers la justice militaire, et qu’il existait plusieurs moyens judiciaires de déposer un recours contre la décision émanant du juge militaire contre Adam Chamseddine. Le ministre s’est engagé à suivre lui-même le dossier pour régler cette affaire sur base de sa conviction selon laquelle c’est à la justice civile de trancher ce genre de litiges.

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Yves Prevost

De quoi se mêle le tribunal militaire? Invraisemblable!
Dans tout pays démocratique - et le Liban se targue de l'être - le tribunal militaire est une juridiction intérieure à l'armée et ne peut juger que des militaires (sans préjudice des tribunaux civils, ce qui fait qu'un militaire peut être jugé deux fois ).

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