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Liban

Satterfield invite les Libanais à opter pour des décisions « nationales »

Diplomatie

Le diplomate américain boude l’étape de Baabda et déplore le manque de combativité face au Hezbollah, tout en faisant preuve de réalisme.


06/03/2019

C’est un message en demi-teinte que le sous-secrétaire d’État américain pour le Proche-Orient, David Satterfield, en visite à Beyrouth depuis lundi, a délivré à ses interlocuteurs libanais. Mais avant même les déclarations sur le soutien continu au Liban et les avertissements sur les choix politiques que le gouvernement libanais devrait faire, M. Satterfield a créé la surprise en esquivant l’étape de Baabda.Selon notre correspondante Hoda Chedid, l’émissaire américain aurait estimé qu’il n’y avait pas de « justificatif protocolaire pour rencontrer l’ensemble des responsables libanais, dans la mesure où son escale à Beyrouth a pour but de préparer la visite du secrétaire d’État Mike Pompeo », prévue à la mi-mars dans le cadre d’une tournée dans la région.Depuis lundi soir, M. Satterfield a pu avoir des entretiens avec un certain nombre de responsables, dont des responsables des Forces libanaises, le chef du PSP, Walid Joumblatt, le Premier ministre, Saad Hariri, le chef des Kataëb, Samy Gemayel, et le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil. L’émissaire aura-t-il considéré que la visite au palais Bustros le dispensait de se rendre chez le président de la République ?

Quoi qu’il en soit, la venue de M. Satterfield, tout comme celle du secrétaire d’État s’inscrit dans le prolongement de la politique de durcissement du ton de l’administration US à l’égard de l’Iran et de ses affidés, destiné à endiguer l’influence de cette puissance dans la région, et au Liban plus particulièrement. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la mise en garde adressée par le diplomate américain à l’issue de ses entretiens avec plusieurs responsables libanais, contre d’éventuels mauvais choix que le Liban pourrait être amené à prendre. En bref, et selon des sources concordantes interrogées, le diplomate est venu dire, sur un ton ferme, que le Liban ne saurait dériver encore plus en direction de l’axe iranien.

« Les États-Unis sont grandement engagés envers le Liban, et souhaitent que le pays aille de l’avant et fasse des choix. De notre côté et de celui d’autres pays, nous adapterons notre politique en fonction des choix qui seront faits par le Liban, choix qui seront, nous l’espérons, positifs, non seulement dans notre intérêt mais dans l’intérêt du Liban et de son peuple, et pas dans l’intérêt de parties étrangères », a affirmé le responsables américain, à sa sortie du palais Bustros.

Les réformes prévues dans le cadre de la conférence dite CEDRE et la lutte contre la corruption ont également été évoquées avec M. Bassil, M. Statterfield ayant insisté sur la nécessité pour le gouvernement de prendre des « décisions sensibles pour le secteur économique ».

C’est un message tout aussi musclé que le diplomate américain a formulé à l’issue de sa rencontre avec les responsables Kataëb, en présence du chef du parti, Samy Gemayel. « La véritable stabilité se fonde sur des décisions nationales et pas sur des décisions imposées par d’autres », a déclaré le sous-secrétaire d’État à l’issue de cet entretien, estimant que le Liban « a longtemps souffert des conflits et des idéologies importés par d’autres sur son sol. Cela doit changer », a-t-il dit.

À en croire le vice-président des Kataëb, Salim Sayegh, présent à la rencontre, le diplomate n’a pas semblé satisfait de l’attitude du gouvernement face à l’accroissement de l’emprise du Hezbollah sur la scène interne libanaise, une attitude « proche de l’apathie et de la résignation face au fait accompli ». « Nous avons attiré l’attention du responsable américain sur le fait que le Hezbollah cherche à amadouer la classe politique dont plusieurs de ses membres sont pieds et poings face à la montée en puissance du camp pro-iranien », a confié M. Sayegh à L’OLJ. D’où, ajoute-t-il, l’insistance du responsable US sur la nécessité d’appliquer de manière effective le principe de la distanciation du Liban par rapport au jeu des axes, le « statu quo actuel que le gouvernement tente de maintenir n’étant pas nécessairement en faveur du Liban ».

C’est un peu le même climat qui a régné lors d’un dîner donné la veille, par les FL, et qui a notamment réuni, outre les ministres de la formation chrétienne, l’ancien ministre Mohammad Safadi et son épouse, Violette, actuellement ministre, ainsi que plusieurs diplomates.


La « normalisation de l’exception »

Selon une source ministérielle, les échanges ont porté sur ce que l’administration américaine considère désormais comme un déséquilibre en faveur du Hezbollah au sein de l’exécutif libanais, en raison notamment due « l’affaiblissement de la position du PSP et du courant du Futur » face au parti chiite. On apprenait également que les ministres des FL ont réitéré devant M. Satterfield leur « refus continu de la normalisation de l’exception » que représente le Hezbollah au sein de l’État libanais, le diplomate US ayant « fermement assuré devant ses hôtes la nécessité pour le Liban de faire des choix clairs et que la marge de manœuvre existe toujours », selon cette source. Autre message véhiculé par le diplomate, le fait que « les Libanais doivent savoir que le ton de l’administration US a changé », confie la source.

Déjà, à la mi-janvier, également à Beyrouth, le sous-secrétaire d’État américain pour les Affaires politiques, David Hale, s’en était pris violemment à « l’organisation terroriste » du Hezbollah. M. Hale avait jugé inacceptable qu’il y ait « une milice agissant en dehors du giron de l’État, à laquelle toutes les composantes du peuple libanais doivent demander des comptes, qui creuse des tunnels et qui accumule un arsenal de centaines de missiles pouvant être une menace pour la stabilité ». Quelques jours auparavant, Mike Pompeo avait fait remarquer au Caire, où il se trouvait, que la présence de la formation chiite était « devenue majeure au Liban », avant d’annoncer que son pays « n’acceptera plus ce statu quo ».


Un « silence surprenant »

L’affaire des tunnels creusés par le parti chiite depuis le Liban jusqu’en Israël a d’ailleurs été évoquée par M. Satterfield lors de ses entretiens hier, ce dernier ayant relevé devant ses interlocuteurs le « silence surprenant de l’ancien gouvernement face à cette affaire grave et qui aurait pu faire basculer la situation, n’était-ce l’intervention internationale », comme le rapporte notre correspondante, Hoda Chédid.

Fin connaisseur des méandres de la politique libanaise pour avoir occupé pendant plusieurs années le poste d’ambassadeur à Beyrouth, M. Satterfield a en même temps fait preuve, lors de ses rencontres, de « réalisme et de compréhension à l’égard des équilibres fragiles sur l’échiquier libanais ». Tout en encourageant les forces souverainistes à faire en sorte que « le Liban ne dérive pas plus qu’il ne l’a fait à ce jour vers l’axe iranien, il reste conscient des limites du jeu et des risques de divisions qui planent sur le pays », commente un cadre FL. « L’idée est que le Liban puisse maintenir l’équilibre actuel et ne pas prendre des choix qui soient éloignés ou contraires aux politiques prônées par l’Occident et les États arabes dans la région », ajoute la source. Le diplomate a rassuré ses interlocuteurs sur l’appui sans faille des États-Unis aux institutions libanaises et réitéré leur soutien à l’armée.


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Chucri Abboud

Les USA ne sont plus des amis fiables , les pauvres eutopéens pourrons vous le confirmer sous serment !

Qu'il nous aide à l'appliquer vraiment au lieu de sous-entendre qu'il rêve de nous voir inféodés à cet Oncle Sam qui n'en finit pas de lâcher ses amis en drenière minute après les avoir précipités au bord du goufre (les exemples sont innombrables) .

L’azuréen

Le problème c’est que le Liban est un pays méditerranéen et arabe . La majorité de ces pays arabes sont contre l’Iran et rejette son régime .
Le second problème est que le Liban est à proximité de la première puissance armée de la région alliée de la première puissance militaire mondiale.
Donc voilà le contexte mes amis !
Une phrase a attiré toute mon attention : son pays (usa) « n’acceptera plus ce statu quo «.
La balle est dans le camp du Hezbollah qui doit prouver s’il est totalement soumis et persillé ou s’il lui reste une saveur libanaise.

Lecteurs OLJ

J’aime le pays de l’Oncle Sam mais je me méfie de ses dirigeants. Ils connaissent très bien tout le mal qu’ils nous ont fait, et comme si cela ne suffisait pas, ils nous en redemandent encore sans rien faire pour nous aider à réaliser leurs basses besognes.
Georges Tyan

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

PAS BESOIN DE SATTERFIELD POUR NOUS LE DIRE. NOUS DEVONS TOUS TRAVAILLER POUR LES INTERETS NATIONAUX ET SEULEMENT POUR EUX LOIN DES SYMPATHIES RELIGIEUSES ET OU POLITIQUES ET AUTRES ENVERS DES PAYS TIERS.
NOTRE ALLEGEANCE POUR NOTRE PAYS LE LIBAN ET RIEN QUE LE LIBAN !
NI IRAN, NI SAOUDITE, SI SYRIE, NI AMERIQUE, NI RUSSIE ET NI AUCUN AUTRE PAYS DU MONDE AVANT NOTRE PROPRE PAYS ! CA C,EST LE PATRIOTISME !

PAUL TRONC

Abdel sattarfield est culotté quand même, le Liban ne doit pas allé plus loin dans ses choix politiques en n'optant pas pour des parties étrangères, il doit prendre des décisions qui vont dans l'intérêt des libanais et de personne d'autres, mais aussi le Liban ne devrait pas s'éloigner de ses choix politiques qui devraient être proche de l OCCIDENT et des pays ARABES.

Si quelqu'un peut COMPRENDRE cette logique américano SIONISTE je lui offre le dernier modèle du dernier Range Rover ,avec chauffeur et le péage payé sur 10 ans.

À vos copies les copains loooollll...

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