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Moyen Orient et Monde

La reconstruction d’Alep se prépare aussi à Berlin

Syrie

L’ex-capitale économique du pays est quasiment en ruine.

OLJ/AFP
01/03/2019

La ville syrienne d’Alep, classée au patrimoine de l’humanité, n’est quasiment que ruines après huit années de guerre. Mais depuis cinq ans, un projet international, piloté par un musée berlinois, en prépare la reconstruction.

L’équipe de chercheurs germano-syrienne réunie autour du « Syrian Heritage Archive Project » a analysé à la loupe des images des bâtiments endommagés de l’ex-capitale économique de Syrie, en les comparant aux archives d’avant 2011.

Ce travail de fourmi, financé en partie par la diplomatie allemande, a permis de cataloguer sous format numérique la multitude de bâtiments historiques détruits mais aussi ceux restés miraculeusement intacts.

Les photos, diapositives et plans d’avant-guerre constituent une aide précieuse pour envisager une reconstruction fidèle des monuments de la vieille ville, classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1986. Et ces archives, associées aux clichés contemporains de la ville ravagée, sont présentées au public du 28 février au 26 mai au musée d’art islamique de Berlin, dépendant du fameux musée de Pergame. L’exposition « Paysage culturel syrien – Préservation et archivage en temps de guerre » est également disponible en ligne.


(Lire aussi : A Alep, le calvaire sans fin d'habitants au logement insalubre)


Des réfugiés récoltent des témoignages
Des réfugiés syriens ont été recrutés comme guides et pour récolter les témoignages de compatriotes, des centaines de milliers d’entre eux ayant trouvé refuge en Allemagne depuis 2015. « Depuis plus de 100 ans, notre musée a une connexion particulière avec la Syrie », explique à l’AFP son directeur, Stefan Weber. « La Chambre d’Alep », ancienne salle à manger d’un riche commerçant datant du début du XVIIe siècle, constitue d’ailleurs une pièce maîtresse de l’exposition permanente.

« Ce projet entend préserver le passé et a aussi une vision d’avenir : rassembler des archives pour que la reconstruction se fasse rapidement », ajoute ce diplômé d’arabe moderne de l’université de Damas.

L’Allemagne a son expérience en la matière. Sortie anéantie du joug nazi, on y dispose d’une riche expérience de la reconstruction. Et après la réunification, nombre de cités de RDA, notamment Berlin-Est et Dresde, ont aussi connu des rénovations d’ampleur.

Stefan Weber sait qu’il faudra du temps avant de voir Alep renaître et que « ce sera aux Syriens eux-mêmes de décider ce qu’ils envisagent de faire de leur héritage culturel avec ce que nous leur mettons à disposition ».

Le musée berlinois n’est pas seul dans son projet, d’autres organismes participant à sa base de données, comme l’université de Cottbus qui a réalisé une carte minutieuse de la vieille ville d’Alep ou une start-up française qui a reconstitué en 3D des grands sites syriens.

Le chantier est colossal. La guerre a fait plus de 350 000 morts et entraîné des destructions estimées par l’ONU à quelque 400 milliards de dollars. Le niveau de l’économie est revenu trois décennies en arrière, selon des experts.

Le projet du musée berlinois ne se limite d’ailleurs pas à Alep. Les 300 000 documents numérisés englobent également les « villes mortes », ces villages antiques du nord de la Syrie, ainsi que Raqqa et Palmyre.


(Lire aussi : Endommagé par la guerre, un immeuble s'effondre à Alep : 11 morts)


Reconstruction des Omeyyades
Sur le terrain, plus de deux ans après leur reconquête par le pouvoir de Bachar el-Assad, les anciens quartiers rebelles d’Alep, deuxième ville du pays, restent encore largement à l’état de ruines. Les initiatives de reconstruction y sont principalement menées par des particuliers, les autorités se concentrant sur les infrastructures.

Les Alépins vivent dès lors avec le risque de voir leurs habitations s’écrouler. Comme le 2 février dernier, lorsqu’un immeuble endommagé par des années de combats s’est effondré, faisant onze victimes dont quatre enfants.

Les efforts du musée berlinois ont conduit à de premiers résultats pour un bâtiment hautement symbolique : la mosquée des Omeyyades. « Le musée a déjà envoyé un dossier l’an dernier à l’Unesco qui a transmis les éléments aux autorités syriennes », explique Karin Pütt, une historienne du projet, ajoutant ne pas avoir « de contacts directs avec le pouvoir en place, juste avec des scientifiques ». Ces documents ont été utilisés pour préparer la reconstruction de la plus célèbre des mosquées syriennes et l’une des plus anciennes du monde. Les travaux pour rebâtir le minaret, joyau de l’art islamique détruit en avril 2013, ont débuté en août.


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