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Moyen Orient et Monde

En Syrie, la fuite de Lise, femme d’un jihadiste français « machine de mort »

Récit

Après Hama, la jihadiste a suivi l’EI dans sa déroute face aux combattants des FDS et leurs alliés occidentaux, jusqu’au terminus de Baghouz.

OLJ
23/02/2019

Poussée par la faim et les illusions perdues, Lise, une jeune Française, a fui le dernier réduit du groupe État islamique (EI) et s’est confiée aux secouristes sur sa vie en Syrie et le sort de son mari, un jihadiste français jugé très dangereux par Paris.

Mardi matin, elle est apparue sur la colline ocre et rocailleuse qui surplombe le village de Baghouz, d’où les forces anti-EI observent l’ultime repaire des jihadistes encerclés à qui elles ne donnent pas plus de quelques jours pour se rendre ou périr.

Lise, 24 ans, est arrivée couverte d’un « sitar », un long voile intégral noir cachant jusqu’à ses yeux, avec son fils de deux ans qu’elle a eue avec le jihadiste français Tayeb Derraz, racontent les secouristes. Elle se trouvait dans un groupe d’une quarantaine d’hommes, femmes et enfants sales et affamés, originaires de divers pays, arabes surtout, ont ajouté les membres de l’ONG Free Burma Rangers (FBR), qui apportent premiers soins et nourriture aux rescapés du siège, dont on ne sait combien sont civils et combien sont jihadistes.

Selon des sources françaises concordantes, la jeune femme, originaire de la région de Tours, avait subitement quitté la France courant 2014, laissant derrière elle un mari et un enfant d’à peine deux ans. Quatre ans plus tard, sur cette colline dans l’est de la Syrie, « elle nous scrutait comme une bête traquée », silencieuse et tendue, se rappelle Paul Bradley, un des secouristes des FBR. Puis elle a davantage parlé, notamment à David Eubank, le chef des FBR : « Elle m’a dit qu’elle s’était convertie à l’islam à 12 ans, seule. Et qu’elle voulait rentrer, et qu’elle espérait que le gouvernement français allait la reprendre. »

Épuisés après des semaines de bombardements intenses de la coalition internationale antijihadistes soutenant les combattants arabes et kurdes des Forces démocratiques syriennes (FDS), environ 44 000 personnes ont fui depuis décembre la dernière poche de l’EI.

Une vie normale

Lise a ensuite a été conduite dans un des camps de réfugiés du Nord-Est syrien, où des centaines de femmes de jihadistes et leurs enfants sont cantonnés sous la garde des forces kurdes dans l’attente de voir si leurs pays d’origine acceptent un jour de les rapatrier.

Comme d’autres Françaises récemment sorties du territoire de l’EI, Lise dit avoir été heureuse au début en Syrie, dans le « califat » qui promettait égalité, solidarité et pratique rigoriste de l’islam. Les premières années, « j’avais une vie normale, j’avais mon sitar », a-t-elle expliqué, dans un anglais hésitant, à un reporter d’une télévision locale, Ronahi TV, présent à son arrivée sur la colline. Elle épouse Tayeb Derraz, un Français né à Perpignan et qui a le même âge qu’elle, selon des proches de jihadistes en Syrie et des experts du dossier, dont Jean-Charles Brisard, président du Centre d’analyse du terrorisme (CAT) à Paris. Arrivé en Syrie en 2013 à l’âge de 18 ans, ce jihadiste a posté des vidéos où on le voyait exécuter un rebelle de l’Armée syrienne libre (ASL) ou achever d’une balle dans le dos des prisonniers alignés. Il est alors suivi de près par les services de renseignements français car «  il envisageait à l’époque de rentrer clandestinement en Europe pour y commettre une action violente », selon Jean-Charles Brisard.

La loi du piston

Visé par un mandat d’arrêt, Tayeb Derraz est « une machine à distribuer la mort, et a menacé la France », dira le parquet français lors du procès en 2017 de deux de ses camarades de la filière dite toulousaine.

Après avoir fui Baghouz, Lise a déclaré aux secouristes ignorer le sort de son mari, mais qu’il avait probablement été tué. Selon M. Brisard, Tayeb Derraz aurait été exécuté par l’ASL à Hama, dans le centre de la Syrie, où a vécu un temps le couple. Sa mort n’a pas été confirmée officiellement.

Après Hama, Lise a suivi l’EI dans sa déroute face aux combattants des FDS et leurs alliés occidentaux, jusqu’au terminus de Baghouz, aux confins orientaux de la Syrie. Sa proximité avec Tayeb Derraz et le fait qu’elle soit restée si longtemps avec l’EI pourraient peser lourd si elle devait être rapatriée et jugée en France, où les peines de prison ferme tombent facilement pour les séjours même courts en terre jihadiste.

Mardi, les fuyards ont montré aux secouristes ce qu’ils mangeaient depuis des semaines : des galettes brunes faites de vieux blé broyé mélangé avec de l’eau, et grillées au feu. Vendues une fortune (15 dollars le kilo), comme le sucre (60 dollars), au marché noir jihadiste. Un trafic qui a fini par affamer les familles les plus fragiles et enterrer les dernières illusions de Lise. À Baghouz, « je n’ai vu que des injustices, c’était le chaos », a-t-elle expliqué à Ronahi TV. « Il n’y avait plus de nourriture, de médicaments », sauf pour ceux qui avaient de bons réseaux. Elle ajoute, dépitée : « Ce n’était plus fait pour la communauté musulmane, c’était juste la loi du piston. »

Emmanuel DUPARCQ / AFP

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TROP DE NOUVELLES SUR LES JIHADISTES QUI DEVRAIENT ETRE IGNORES ! N,ANNONCEZ QUE LEURS DEFAITES ET SURTOUT PROCHAINEMENT LEUR FIN !!!
FAUT LES ERADIQUER TOUS/TOUTES SUR PLACE. LES ABRUTIS OCCIDENTAUX NE DEVRAIENT POINT ACCEPTER LEUR RETOUR EUX/ELLES/LEURS FAMILLES... ERADIQUEZ OU RENVOYEZ AUX PAYS D,ORIGINE QUI SAVENT COMMENT S,EN DEBARRASSER...

L’azuréen

Quelle soit jugée en Syrie la où elle a contribué à apporter uniquement la mort. Elle a renié son pays . Dont acte. Ils n’avaient aucun remord , il ne faut en avoir avec eux.

MAKE LEBANON GREAT AGAIN

une traitre a sa patrie d'origine quelque soit ses motivations initiale
La France ne devrait pas la retourner chez elle car le risque de radicaliser d'autres restent grand surtout qu'elle ne veut pas ou ne connait pas le sort de son mari pervers tueur au nom de Dieu

personne ne va s'appitoyer sur son sort. Elle a decide de son sort le jour ou elle a quitte la France

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