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Liban

À l’ombre de la distanciation, Téhéran et Riyad intensifient leurs contacts avec le pouvoir en place

Diplomatie

Mohammad Javad Zarif propose une aide iranienne au Liban ; l’émissaire saoudien Nizar Alaoula attendu aujourd’hui.

Yara ABI AKL | OLJ
12/02/2019

C’est une importante visite qu’a effectuée à Beyrouth le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, le week-end dernier. Et pour cause : le chef de la diplomatie iranienne a saisi l’occasion pour proposer l’aide de son pays au Liban dans divers domaines, notamment sur le plan militaire. Mais c’est surtout par son timing et les messages politiques qu’elle porte, aussi bien aux protagonistes libanais qu’à la communauté internationale, que cette visite revêt toute son importance.

Et pour cause : ce déplacement intervient quelques jours après la formation d’un gouvernement que d’aucuns jugent « déséquilibré » en faveur du Hezbollah, sorti grand vainqueur des législatives de mai dernier. La tournée de M. Zarif intervient aussi à l’heure où de nouvelles sanctions américaines renforcées contre la République islamique viennent d’entrer en vigueur. Un geste qui ne saurait naturellement pas être dissocié de la stratégie de Washington visant à réduire l’hégémonie de Téhéran dans la région. C’est d’ailleurs dans ce but que se tient la conférence dite « de Varsovie » demain et jeudi, en Pologne. L’occasion pour les représentants de 76 pays occidentaux de débattre des moyens à même de réduire l’influence de Téhéran au Moyen-Orient.

Sur un plan strictement local, la tournée du chef de la diplomatie iranienne coïncide avec celle du secrétaire général de la Ligue arabe Ahmad Abou el-Ghait et précède une visite prévue aujourd’hui de l’émissaire saoudien Nizar Alaoula.

Perçue sous cet angle, la visite officielle de M. Zarif est interprétée dans certains milieux hostiles à la ligne politique actuelle, comme une claire tentative de mener le Liban vers l’axe syro-iranien, à l’heure où celle de M. Alaoula s’inscrit dans le cadre des efforts déployés par les Arabes, notamment les pays du Golfe, pour ancrer le pays du Cèdre dans le camp arabe.

Un paysage politique aussi brumeux n’est pas sans susciter de sérieuses craintes quant au maintien de la politique de distanciation du Liban par rapport aux conflits des axes régionaux, conformément à la déclaration de Baabda du 11 juin 2012. C’est ce point de vue que présente à L’Orient-Le Jour Sami Nader, économiste et analyste politique. « Il est grand temps que les Libanais comprennent que la distanciation est une condition fondamentale pour la stabilité du pays », déclare-t-il, estimant que par son timing « la visite de M. Zarif représente un message iranien clair aux États-Unis à la veille de la conférence de Varsovie. Il s’agit pour la République islamique d’assurer sa capacité de maintenir son influence à Beyrouth, en dépit de tout le forcing américain exercé contre elle ».

M. Nader nuance, toutefois, ses propos. Il ajoute que c’est en riposte à la visite de Mohammad Javad Zarif que l’Arabie dépêche aujourd’hui son émissaire à Beyrouth. Une façon pour Riyad de confirmer son intérêt pour le dossier libanais et d’assurer sa présence dans ce pays, en dépit du compromis présidentiel et de la mise sur pied d’un cabinet déséquilibré en faveur de son plus grand adversaire local, le Hezbollah.


(Pour mémoire : Sommet arabe : l’Iran défend « sa » Syrie face à l’Arabie)


Droit international et coopération

Sauf que les milieux de Baabda et du Sérail ne perçoivent pas les choses sous cet angle. La visite de M. Zarif, même si elle sera suivie par celle de l’émissaire saoudien, n’embarrasse pas le Liban, engagé à respecter la politique de distanciation. Il n’en reste pas moins que le visiteur a proposé au Liban l’aide iranienne dans plusieurs domaines, notamment en matière de production d’électricité. Il convient de rappeler à ce stade que le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah avait déclaré, lors d’une cérémonie organisée mercredi dernier pour la 40e commémoration de la révolution iranienne, qu’il était prêt à intervenir personnellement pour doter l’institution militaire libanaise d’armements iraniens. Mais contrairement à ce qu’aurait pu espérer le dignitaire chiite, cette éventualité se heurte aux sanctions internationales infligées à Téhéran, à l’heure où la troupe bénéficie d’une aide américaine annuelle en termes d’armements. Interrogé par L’Orient-Le Jour, un proche de Baabda souligne que l’aide militaire n’est que l’un des points que le visiteur iranien a évoqués avec le chef de l’État. « Le ministre Zarif a déclaré que son pays était prêt à fournir une aide militaire au Liban, à condition que cela ne l’embarrasse pas », ajoute ce proche de M. Aoun. Le locataire de Baabda a en outre évoqué l’épineuse question du retour des réfugiés syriens. Il a ainsi plaidé pour une solution axée sur la nécessité de leur retour dans les zones sécurisées en Syrie.

De son côté, M. Zarif a réitéré au président Aoun l’invitation que lui avait adressée son homologue iranien Hassan Rohani, pour une visite officielle à Téhéran.

Le ministre iranien s’est ensuite rendu à Aïn el-Tiné pour un entretien avec le président de la Chambre Nabih Berry. S’exprimant à l’issue de la rencontre, M. Zarif a déclaré sans détour que l’Iran était prêt à aider Beyrouth là où cela s’avère possible, « dans la mesure où cela va dans le sens des intérêts des deux pays frères et de leurs peuples », a-t-il dit.

M. Zarif a ensuite été reçu par son homologue Gebran Bassil. À l’issue de la réunion, ce dernier a souligné avoir discuté avec lui « des sujets et des défis qui rassemblent » les deux pays, notamment le conflit syrien et les négociations menées à Astana et Sotchi.

M. Bassil a affirmé que la seule solution qui peut être envisagée pour résoudre la crise des réfugiés syriens et le « poids » qu’elle fait peser sur l’économie du Liban est le retour de ces réfugiés en Syrie. « M. Zarif nous a affirmé que l’Iran était prêt à assurer un retour rapide, sûr et digne des réfugiés syriens », a-t-il dit, soulignant que « la Syrie est désormais sûre et que les réfugiés veulent rentrer ».

Concernant la coopération avec le Liban, M. Zarif a assuré que le droit international ne l’interdit pas, à l’heure où M. Bassil affirmait que le Liban ne voit aucun embarras à coopérer avec l’Iran tant que cela ne porte pas une atteinte aux résolutions internationales.

Par ailleurs, M. Bassil a indiqué avoir évoqué avec M. Zarif le cas de Nizar Zakka, le Libanais détenu en Iran depuis 2015. « Nous avons demandé à ce que soit trouvée une solution juridique à cette affaire », a déclaré le ministre des AE. M. Zarif a pour sa part souligné que les autorités judiciaires sont indépendantes en Iran, indiquant toutefois faire son possible pour résoudre cette affaire. Cette question a également été au centre de la rencontre entre Saad Hariri et M. Zarif au Sérail. Le Premier ministre a insisté sur l’importance de trouver un dénouement heureux à ce dossier. Plus tôt dans la journée, le diplomate iranien avait rencontré le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah, avant de prendre part à une réception donnée par l’ambassadeur d’Iran à l’hôtel Phoenicia, à l’occasion du 40e anniversaire de la révolution islamique.



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Atalante fugitive

Ah oui, nous allons certainement mettre en balance la vie de nos compariotes travaillant dans les Emirats, le Koweit et l'Arabie Séoudite avec la béllicité des enturbannés et leur monnaie de singe.

L’azuréen

Franchement merci mais Que l’Iran s’occupe avant tout de sa propre population... qui en a grand besoin .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LA SEULE AIDE SERIEUSE QU,IL PEUT FAIRE AU LIBAN C,EST D,ANNULER LA MILICE IRANIENNE AU LIBAN ET DE REMETTRE SES ARMES A L,ARMEE LIBANAISE NATIONALE !

Amère Ri(s)que et péril.

On attendra la surenchère des bensaouds.

Vont ils nous remettre les 3.5milliard de dollar sur la table, on espère plus, le Liban avec le HEZB LIBANAIS de la résistance vaut plus cher actuellement.

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