X

Moyen Orient et Monde

Damas condamné par la justice américaine pour la mort de Marie Colvin

Syrie La reporter de guerre avait péri dans le bombardement d’un centre de presse clandestin d’un quartier rebelle de Homs, le 22 février 2012.
02/02/2019

Damas a été condamné mercredi, pour la première fois par un tribunal américain, à verser plus de 300 millions de dollars aux proches de la journaliste Marie Colvin, tuée en 2012 en Syrie avec le photographe français Rémi Ochlik. La reporter américaine de 56 ans et le photographe de 28 ans avaient péri dans le bombardement d’un centre de presse clandestin du quartier rebelle de Baba Amr, à Homs, le 22 février 2012. Le raid avait également fait trois blessés : le photographe britannique Paul Conroy, la journaliste indépendante française Édith Bouvier et le traducteur syrien Waël el-Omar. Une information judiciaire a été ouverte en 2013 à Paris pour « homicide involontaire » et « tentative d’homicide » sur les deux ressortissants français. Marie Colvin, une correspondante de guerre new-yorkaise qui couvrait la révolution syrienne pour le journal britannique Sunday Times, s’était fait connaître pour sa détermination à se rendre au plus près de l’action. Cela lui avait toutefois coûté un œil lors d’un reportage en 2001 auprès des nationalistes tamouls en guerre contre le gouvernement sri-lankais. Ses reportages sur différentes zones de conflits, Yougoslavie, Tchétchénie, Irak, Iran et autres, lui avaient valu une solide réputation dans le métier. Sa couverture des printemps arabes, en Tunisie, en Égypte et en Libye, pour CNN, l’avait naturellement conduite à se rendre en Syrie. Sa mort avait provoqué une onde de choc, de nombreuses voix avaient accusé Damas d’assassinat. A Private War, un biopic récemment en salles et interprété par l’actrice américaine Rosamund Pike, lui a rendu hommage.



(Lire aussi : Meurtres de journalistes : une journée pour mettre fin à l’impunité)



« Meurtre extrajudiciaire »

En 2016, la sœur de Marie Colvin et ses enfants avaient déposé une plainte au civil devant la justice américaine pour « meurtre extrajudiciaire ». Le tribunal leur a donné raison, la juge Amy Berman Jackson mettant en évidence la « politique de violence de longue date en Syrie », qui visait « à intimider les journalistes » et à « réprimer la dissidence ». « J’espère que cette décision ouvrira la voie à d’autres poursuites criminelles et découragera d’autres attaques contre la presse et les civils », a commenté Cathleen Colvin en louant le combat de sa sœur « pour que les victimes des conflits soient entendues ».

« Notre espoir est que cette affaire fournisse à certains égards un plan pour de futures actions contre le régime » dirigée par le président Bachar el-Assad, a déclaré Scott Gilmore, l’avocat de la famille Colvin, après que la décision du juge eut été rendue. Plusieurs enquêtes contre le gouvernement syrien sont aujourd’hui en cours à travers le monde. Trois hauts responsables du régime, dont le directeur du bureau de la sécurité nationale, Ali Mamlouk, sont visés pour la première fois en France par des mandats d’arrêt internationaux délivrés par la justice française qui les soupçonne d’être impliqués dans des exactions ayant visé deux citoyens franco-syriens. Ce dossier avait pu être ouvert grâce à l’enquête dite « César », du nom d’un ex-photographe de la police militaire syrienne qui s’est enfui de Syrie en 2013, emportant 55 000 photographies de corps torturés. Le jugement émis par le tribunal fédéral de Washington cette semaine vient redonner foi en la machine judiciaire, perçu comme permettant à l’avenir de faciliter les poursuites pour crimes de guerre perpétrés par l’État syrien.



(Lire aussi : « A Private War » : aussi vraie soit l’histoire, manque la force du récit)


Exception

L’enquête sur Marie Colvin s’est quant à elle appuyée sur le débriefing d’un ex-officier syrien, au nom de code « Ulysse », qui raconte comment, grâce à une source anonyme, l’armée syrienne a localisé les journalistes.Selon le jugement, l’armée et les services de renseignements syriens avaient repéré les signaux satellite émis par les journalistes et avaient décidé de pilonner leur base avec des tirs de roquettes. « La Syrie a coordonné et mené une attaque soigneusement planifiée », a estimé la juge. Marie Colvin « a été visée à cause de sa profession, afin de faire taire ceux qui faisaient état de la croissance des mouvements d’opposition dans le pays », a-t-elle ajouté. « Marie Colvin était une chienne, qu’ils viennent la chercher maintenant », se serait exclamé le général syrien qui a ordonné l’attaque.

Après l’attaque, des officiers syriens s’étaient retrouvés pour fêter la mort des journalistes, selon un ancien agent ayant fait défection, cité dans la décision.

L’enquête s’est appuyée sur des documents du gouvernement syrien passés en contrebande utilisés par des tribunaux européens pour engager des poursuites pénales à l’encontre de responsables syriens. Ainsi, des dizaines de documents du gouvernement syrien ont été collectés par la Commission pour la justice internationale et la responsabilité et ont permis l’inculpation du gouvernement syrien. En règle générale, les gouvernements étrangers ne peuvent être poursuivis devant les tribunaux américains pour des actions ne relevant pas de la juridiction américaine. Cependant, le fait que Washington considère Damas comme un gouvernement parrainant le terrorisme a permis d’invoquer une exception. Alors que des biens appartenant à l’État syrien pourraient être saisis, ce dernier n’a pas réagi. En 2016, Bachar el-Assad avait affirmé à la chaîne américaine NBC que Marie Colvin était responsable de sa propre mort, en précisant qu’elle « était entrée illégalement en Syrie, et avait travaillé avec les “terroristes” (selon l’étymologie du régime pour désigner l’opposition armée) ».



Pour mémoire
Journalistes tués à Homs : des familles réclament des poursuites contre des dignitaires syriens

La journaliste Marie Colvin "responsable" de sa propre mort, selon Assad

La famille de la journaliste US Marie Colvin porte plainte contre le régime Assad

À la une

Retour à la page "Moyen Orient et Monde"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

MIROIR ET ALOUETTE

Je suis désolé d'apporter un rectificatif, pour dire que la justice est bafouée, non pas AUJOURD'HUI, mais l'a toujours été, de tout temps , si certain(e)s ne s'en rendaient pas compte c'est parce que leur esprit prenait pour argent comptant tout ce que l'occident ( américains et autres pays affiliés ) décrétait une cause JUSTE ou pas .

Les masques tombent aujourd'hui, et on se rend compte effectivement AUJOURDHUI , qu'en matière de justice, personne n'est au dessus de tout soupçon. AMÉRICAINS , pays affiliés etc... et autres non américains etc....

D'où la nécessité pour nous autres libanais de ne plus donner le Bon Dieu sans concessions à toutes ces puissances du passé à qui on faisait la part belle .

Voilà même le sens de la révolution résistante. On se comprendra mieux quand on se retrouvera entre nous .



Irene Said

Aujourd'hui il n'y a plus de justice,
ni aux USA, ni chez le fameux et inoxydable "héros" de Damas, ni chez nous...
seulement des intérêts qui varient selon d'où souffle le vent !
Irène Saïd

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ILS VONT PAYER !

MIROIR ET ALOUETTE

Champion du monde la justice yankee, on est sûr que c'est Damas qui bombarde et qui tue une journaliste , mais on est myope quand un journaliste bensaoud se fait charcuter dans son ambassade à Istanbul.

Et le monde va avoir confiance dans ces décisions yanky, hellow ! ! Lol.

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Pas de changement dans l’approche libanaise du tracé des frontières avec Israël, selon Aïn el-Tiné

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants