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Liban

La guerre verbale se corse entre Amal et le CPL

Polémique

Anouar el-Khalil accuse Gebran Bassil de corruption, les aounistes contre-attaquent et pointent du doigt les responsables du mouvement Amal.

29/01/2019

La guerre politique entre le mouvement Amal et le CPL a repris de plus belle au cours du week-end dernier, après qu’Anouar el-Khalil, député druze du groupe parlementaire de Nabih Berry, ait accusé presque ouvertement le chef du CPL Gebran Bassil d’avoir trempé dans des affaires de corruption, appelant le chef de l’État à remédier à ce fléau qui gangrène le pays.

Avec une virulence inhabituelle, les partisans du CPL n’ont pas attendu pour tirer à boulets rouges sur M. el-Khalil et indirectement sur le chef de sa formation, Nabih Berry, pointant du doigt ce qu’ils considèrent être « l’incarnation même de la corruption », en référence au mouvement Amal.

Dans un appel lancé, samedi, à une occasion sociale, M. el-Khalil a évoqué « le cancer de la corruption qui s’est métastasé en se propageant à l’ensemble des institutions ». Interpellant le chef de l’État Michel Aoun, M. el-Khalil s’est demandé si ce dernier avait, « ne serait-ce qu’une seule fois, assumé ses devoirs pour dire à celui dont il est le plus proche : “Assez. Cessez donc les pratiques de corruption et arrêtez d’engloutir les fonds publics” ». Une allusion qui ne fait aucun doute sur la personne visée par ces propos, qui n’est autre que le chef du CPL, Gebran Bassil.

Le député du groupe Amal a été plus loin en affirmant que le Liban témoigne, depuis le début du mandat Aoun, « du plus haut niveau de corruption qu’ait jamais connu le pays, le non-respect des lois ayant également atteint un degré inégalable ».

Les réponses de plusieurs personnalités du CPL ont fusé, ripostant au député el-Khalil et accusant à leur tour de malversation les membres du camp politique auquel il appartient.

« Évitez de généraliser en évoquant le contexte de la corruption en nous affublant d’un fléau qui a été inauguré par le camp politique dont vous relevez depuis 28 ans », a lancé, samedi, Nicolas Sehnaoui, député aouniste, à l’adresse de M. el-Khalil.

« Le comble de l’effronterie, a enchaîné le député Roger Azar, est de se voir accuser par celui qui a évolué en plein dans le système de la corruption dans laquelle il a probablement trempé lui-même. » Et de se demander ce qu’Anouar el-Khalil a fait durant sa carrière politique pour remédier à ce fléau.

Cette nouvelle confrontation entre les deux formations politiques, qui venaient à peine d’inaugurer une trêve après les hostilités qui ont entouré le sommet arabe tenu à Beyrouth le 20 janvier dernier, semble tourner à la guerre d’usure. D’autant que l’adversité entre les deux camps, par moments latente, d’autres fois plus explicite, semble incurable comme le démontre la succession de crises politiques qui ont achevé d’envenimer les relations entre les deux camps.


Les intouchables

Selon plusieurs analystes, la reprise des hostilités entre les deux protagonistes serait partiellement motivée par la guerre ouverte déclarée par le ministre aouniste de l’Économie, Raëd Khoury, contre les propriétaires de générateurs, dont plusieurs seraient « intouchables » du fait de la protection dont ils bénéficieraient de la part du président du Parlement.

D’autres lient cette escalade au blocage de la formation du gouvernement dont la responsabilité est attribuée au chef du CPL et à son insistance à vouloir briguer pour le compte du président et de sa formation onze ministres.

Dimanche, M. el-Khalil est revenu à la charge pour d’un côté atténuer la portée de ses propos et de l’autre enfoncer le clou. S’adressant de nouveau au président de la République, « qui a la charge de veiller au respect de la Constitution et à l’application de la loi », il a précisé que ses premiers propos étaient destinés à inviter M. Aoun à s’acquitter de sa tâche et à « demander des comptes à toute personne responsable de corruption, à commencer par ceux qui lui sont le plus proches ».

Anouar el-Khalil a toutefois étayé ses propos en visant encore plus explicitement Gebran Bassil, évoquant dans le cadre de sa tirade certains dossiers de malversation désormais publics, « tels que celui de l’électricité, ou encore l’acquisition de biens-fonds relevant du patrimoine d’une ville côtière », en allusion à Batroun, la ville dont est issu M. Bassil.

Dans un long exposé, M. el-Khalil a rappelé à ses pourfendeurs les « multiples réalisations » dont il a été l’auteur durant sa carrière politique, notamment lorsqu’il briguait le ministère d’État pour le Développement administratif.

Cette réaction lui a valu, ainsi qu’aux membres de sa formation, une pluie d’insultes lâchées par le député aouniste, Ziad Assouad. « Les députés (aounistes) ignorent tout, semble-t-il, de la contribution à la réforme de M. el-Khalil et de son expérience dans le domaine public à la faveur des nombreuses responsabilités qui lui ont été confiées », précise un communiqué publié par le bureau de presse du député.

« Une fois passés au tamis, les infâmes (…), les agents, les corruptibles, les meurtriers (…), les voleurs, les prostitués et les pervers seront vite reconnaissables », a tweeté M. Assouad.


Hamadé intervient

Face à la virulence des attaques visant son collègue druze, le ministre de l’Éducation Marwan Hamadé est intervenu en faveur de M. el-Khalil, dont il a vanté les qualités professionnelles aussi bien que morales et sa « politesse » légendaire, égratignant au passage le CPL mais sans le nommer.

« J’invite mes collègues (aounistes) mobilisés pour défendre des abus devenus intolérables et que M. el-Khalil a pointés du doigt en s’exprimant au nom de l’ensemble des Libanais, a déclaré M. Hamadé à la presse, à faire preuve de retenue, en prenant exemple de M. el-Khalil et de sa manière de parler. »

Cet échantillon d’échange entre les groupes Amal et CPL, ainsi que la violence des propos avancés en dit long sur la sensibilité du dossier de la corruption, largement exploité par l’ensemble des responsables politiques dans un souci de populisme sans qu’aucune affaire de corruption ne soit à ce jour élucidée.

« La meilleure façon de se protéger des accusations de corruption est d’en faire assumer la responsabilité à l’adversaire politique avant que ce dernier ne le fasse à son tour. La meilleure technique pour noyer les faits et empêcher de pointer du doigt les responsables qui trempent dans la corruption est d’étourdir l’opinion publique par une guerre verbale en évitant le recours à la justice et aux enquêtes sérieuses destinées à déjouer les manipulations et les pièges tendus par les marionnettistes de la corruption », commente un ancien commis de l’État. Ce dernier invite les responsables à éviter les généralités en adoptant une stratégie précise qui consiste à plancher sur cette question au cas par cas.

« De l’affaire de canaux bouchés à Ramlet el-Baïda, qui ont provoqué des inondations et dont l’enquête n’a jamais abouti, jusqu’au processus des adjudications effectuées au sein d’EDL, du CDR ou dans les autres ministères et les subterfuges habilitant ces départements à se soustraire aux instances de contrôle, ce sont autant d’éléments qui n’ont jamais fait l’objet d’enquête et de suivi et qui continuent de bloquer toute tentative de lutte contre la corruption », conclut l’ancien fonctionnaire.


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

COMME LA FABLE DU RENARD ET DU COQ OU LE RENARD A DETALE A L,ARRIVEE DES COURSIERS...

gaby sioufi

quelqu'un a dit recemment que nos honorables - tous nos honorables- deviennent de + en + malins .
a part les joutes verbales des uns contre les autres faits pour amuser la galerie=les galeries- des uns en meme temps que des autres( social media oblige)
en effet ils crient tous a la lutte contre la corruption, aux malheurs dus a notre situation economique, a leurs devoirs sacres d'y remedier au plus vite,-comprendre fabriquer ce cabinet - ET SURTOUT SURTOUT leurs appels desesperes a ne pas rater l'occasion faite d'or et de diamants de croquer dans la pomme de la reconstruction de la syrie- SURTOUT SURTOUT PAS ,

tout cela pour faire oublier l'essentiel SI il s'agissait de notre devenir nous les libanais, s'agissant de notre independence, notre futur culturel, social ET politique.

Tina Chamoun

Amal est vraiment désespérant!

Atalante fugitive

Tous du même tonneau moisi.....

BOSS QUI BOSSE

Amal avec Berry à sa tête est le véritable problème.

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