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Liban

Après Jreissati, Tuéni épingle à son tour la politique des prix des médicaments

Santé

Le ministre d’État en charge de la Lutte contre la corruption s’abstient toutefois d’accuser ouvertement Ghassan Hasbani.

Claude ASSAF | OLJ
23/01/2019

La campagne contre le ministère de la Santé, accusé d’acheter des médicaments à 32 % plus cher que les prix obtenus par le ministère de la Défense, s’est poursuivie hier. Le ministre de la Justice, Salim Jreissati, avait présenté lundi une note d’information au procureur général de la République, Samir Hammoud, lui demandant d’enquêter sur ces prix, au grand dam du ministre de la Santé, Ghassan Hasbani, qui a aussitôt assuré que les chiffres sur lesquels se base M. Jreissati sont erronés. Selon M. Hasbani, ces chiffres mettent en compétition des prix d’adjudication accordés au ministère de la Défense avec d’autres proposés au public après avoir été lestés de taxes douanières et de droits d’importateurs et de pharmaciens. Hier, des rumeurs ont circulé selon lesquelles le ministère suédois de la Santé a proposé de vendre au Liban des médicaments pour traiter le cancer à un prix inférieur de 40 % par rapport à celui pratiqué dans le pays, ce qui économiserait 120 millions de dollars à l’État. Une proposition rejetée par le ministère de la Santé selon les mêmes rumeurs.

Qualifiant ces affirmations de « mensongères » et d’« hallucinantes », le ministère de la Santé a publié un communiqué dans lequel il a affirmé qu’« elles s’inscrivent dans le cadre d’une campagne programmée contre M. Hasbani, destinée à porter atteinte à son action au sein du ministère ». « Le ministère aura recours à tous les moyens légaux pour dissuader ceux qui tentent de saper le secteur de la santé », indique le texte, invitant à « ne pas se laisser entraîner dans cette approche destructrice basée sur la promotion de calomnies ».

Ismaïl Succariyé, ancien député, qui, lors de son mandat, avait présidé la commission parlementaire de la Santé, a affirmé à ce propos que l’offre du ministère suédois de la Santé « est réelle, mais date de 20 ans ». Ce qui conforte l’idée que le ministère de la Santé n’a récemment reçu aucune proposition de ce genre. « Les médicaments ne se vendent d’ailleurs jamais d’État à État », indique un responsable au sein de ce ministère, soulignant que « les transactions s’effectuent à travers des sociétés pharmaceutiques ». Le cadre se désole, par ailleurs, de ce que les détracteurs de M. Hasbani cherchent à détruire son image et l’image du ministère dont il a la tutelle, alors que, note-t-il, il participe actuellement au Forum de Dubaï pour la santé.


(Lire aussi : Jreissati demande une enquête sur les prix d’achat des médicaments contractés par le ministère de la Santé)



« Une mauvaise politique d’achat? »

Entre-temps, la dénonciation présentée par le ministre de la Justice, Salim Jreissati, a été évoquée hier par Nicolas Tuéni, ministre d’État pour la Lutte contre la corruption, qui appartient également au camp aouniste. M. Tuéni a affirmé, dans un communiqué, qu’« il faut effectuer une enquête minutieuse et transparente pour déterminer l’ampleur du gaspillage au cas où ce gaspillage existerait », se demandant « pourquoi les prix des médicaments dépassent les prix du marché international » ? Joint par L’Orient-Le Jour pour savoir si ses déclarations seraient dirigées contre le ministère de la Santé, M. Tuéni affirme que c’est « autour d’un angle macroéconomique » qu’elles s’articulent. « Les médicaments sont beaucoup moins chers dans de nombreux pays du monde », fait-il observer, notant que « le ministre de la Santé est libre de ne pas percevoir cette situation ». « Certains États subventionnent les produits pharmaceutiques, mais force est de constater que même dans les pays où ils ne sont pas subventionnés, ils sont bien moins chers qu’ici », enchaîne-t-il. « Peut-être sommes-nous en présence d’une mauvaise politique d’achat ? » se demande M. Tuéni, soulignant à cet égard que « lorsqu’on achète à haut prix, on vend à haut prix ». « Je ne dis pas que c’est de la faute du ministre de la Santé », précise-t-il toutefois.


(Lire aussi : Hasbani : Baisse « radicale » des prix des médicaments en 2019)


« Le Liban importe annuellement des produits pharmaceutiques pour une valeur de plus d’un milliard trois cent millions de dollars, et il serait bon, pour les plus pauvres, de tenter de baisser la facture en cherchant les vraies causes de ce montant élevé », juge M. Tuéni, relevant qu’ il y a un mois, en collaboration avec le ministère des Affaires étrangères, son ministère a entrepris d’« obtenir des listes de prix de médicaments dans les usines des pays d’origine et (de) les comparer avec les prix qui se pratiquent ici ». Pour lui, « la structure des prix est une question nationale qui doit être discutée en Conseil des ministres et étudiée de manière comparative et scientifique ».

En réponse au communiqué de M. Tuéni, le ministre de la Santé a réagi sur son compte Twitter. « Nous remercions le ministre d’État pour la Lutte contre la corruption de se préoccuper du dossier lié à l’achat des médicaments et de se rallier à ceux qui se basent sur des chiffres erronés sans se référer aux parties concernées (…). Vu le nombre d’affaires de corruption qu’il a découvertes, il n’est pas étonnant qu’il gère son ministère de cette façon », a-t-il ironisé.

En écho au tweet, le cadre proche de M. Hasbani affirme à L’OLJ que « si M. Tuéni veut vraiment avoir des informations, il ferait mieux de se rendre au ministère de la Santé pour se renseigner auprès de son homologue au sujet des procédures suivies, ou encore au ministère des Finances, vu que les chiffres de la Santé se trouvent auprès de la Cour des comptes ».




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Pierre Hadjigeorgiou

Le succès des ministres relevant des FL les a désarçonné! Au lieu de se comporter intègrement et de même, ils préfèrent essayer de les salir. Ils prétendent après vouloir combattre la corruption!? Mais ils sont l'antre de la corruption, les Champions avec un grand C a commencer par leur Président! Jeter des accusations sans preuves c'est facile. Il me semble que justement le 1,3 milliard de marché leur semble juteux pour se remplir les poches... Alors ils veulent se l'arracher tous! Il est temps que nous devenions sérieux et faire la part des choses.

Yves Prevost

Comment se fait-il qu'un médicament générique fabriqué au Liban coûte exactement le double de l'original fabriqué en Angleterre - et désormais, évidemment introuvable?

Sarkis Serge Tateossian

Des millions de citoyens de tout âge et sexe souffrent dans notre pays de différentes pathologies.

Grâce, faites baisser les prix des médicaments de manière très significative. Ils sont anormalement chers, ce n'est pas juste.

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