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Liban - Débat

Six psychanalystes font un survol de l’évolution historique de la psychanalyse au Liban

Suite à un article paru récemment dans nos colonnes concernant l’histoire de la psychanalyse au Liban, nous avons reçu l’article suivant émanant d’un groupe de six psychanalystes libanais, membres de l’Association libanaise pour le développement de la psychanalyse (ALDeP) :

Nous souhaiterions introduire quelques nuances par rapport à ce qui a été publié dans L’Orient-Le Jour sur l’histoire de la psychanalyse au Liban et qui en fait une discipline liée uniquement aux maronites et aux bourgeois libanais.

Raconter l’histoire de la psychanalyse au Liban serait fastidieux et long. On pourrait se reporter au site de notre association (aldep.org) pour en connaître les détails ou sur nos références dans les nouveaux médias comme Wikipédia ou Facebook. Nous avons essayé d’en rendre compte avec le plus d’objectivité possible.

D’une manière concise, nous dirons que la psychanalyse au Liban a commencé dans la décennie 1970 et que la première société de psychanalyse, Société libanaise de psychanalyse (SLP), a été créée en 1980 dans la lignée de la psychanalyse française par trois psychanalystes libanais d’appartenance confessionnelle différente. Il a fallu attendre la fin de la guerre dite civile libanaise (1975-1990) pour que cette société d’origine se développe sur le plan scientifique avec l’admission de nouveaux membres, de toutes les confessions, bien qu’avec une plus grande représentativité chrétienne. Certains de ses membres appartenaient déjà à l’Association psychanalytique internationale (IPA), d’autres à des sociétés lacaniennes et d’autres uniquement à la SLP. Il y eut alors une série de crises institutionnelles dont la principale était la question de l’affiliation à l’IPA. Quand la décision finale de refuser de rentrer dans le processus de l’IPA a été prise – alors que de très sérieuses démarches avaient été entamées à cet effet –, les membres qui tenaient à ce processus ont démissionné dans les années 2007-2008 et d’autres désistements suivirent au fil des années.

Par la suite, cinq psychanalystes de cette société d’origine se sont regroupés et ont fondé en 2009 l’Association libanaise pour le développement de la psychanalyse (ALDeP) – décret 415 de l’État libanais du 26 mars 2009, Journal officiel du 2 avril 2009 –, reconnue par l’IPA en 2010 comme premier groupe d’étude dans un pays de langue arabe au Moyen-Orient. Ils ont été rejoints par d’autres membres de plusieurs confessions.

Ce n’est qu’à la lecture d’un article de L’Orient-Le Jour en date du 4 décembre que ses membres se sont observés pour reconnaître leur appartenance confessionnelle. Ils se sont aussi concertés pour repérer la diversité des confessions et des provenances sociales des personnes les consultant.

Nous rappellerons au passage l’exemple de la Turquie, un pays musulman où la psychanalyse se développe depuis plus de vingt ans. Elle abrite deux sociétés de psychanalyse qui ont choisi de s’affilier à l’IPA, chacune comprenant des centaines de membres et de psychanalystes en formation.

La question du confessionnalisme n’a donc pas sa place dans le développement de la psychanalyse, c’est bien dans un travail de culture et de distance d’avec les positions religieuses que peut s’épanouir notre discipline (la religion pouvant tout autant être respectée en tant que croyance et valeur propre à chacun).

Nous signalerons que l’IPA a été fondée par Sigmund Freud en 1910 dans le souci qui était le sien de garantir la transmission, et pour défendre la formation du psychanalyste face au développement de ce qu’il définissait comme « psychanalyse sauvage ». Elle compte actuellement plus de soixante-dix sociétés sur tous les continents, treize mille adhérents et cinq mille membres en formation. Ses détracteurs dénoncent une rigidité dépassée de nos jours, ses diverses instances ayant pris conscience au fil des années de l’enfermement de la psychanalyse dans une tour d’ivoire faite de sociétés multiples, barricadées dans un jargon hermétique, confinées dans des batailles obscures et mortifères. L’IPA aujourd’hui essaye de contenir et de canaliser le pluralisme des modèles théoriques et la diversité des pratiques. Elle s’inscrit dans le monde actuel et essaye de créer des voies contemporaines pour répondre aux nouvelles données de la modernité.

Pourquoi rester en dehors d’un mouvement psychanalytique international de cette envergure qui se renouvelle constamment de surcroît et dont le souci premier est la transmission de la psychanalyse par la formation rigoureuse d’un psychanalyste qui engage sa responsabilité face à une personne en souffrance ?

Pourquoi risquer l’isolement dans cette partie du monde où chacun peut se sentir seul et marginalisé ?

L’ALDeP a choisi de s’affilier à cette association internationale dans un souci de transmission et de formation. Dans un souci de trouver un tiers extérieur et ne pas tomber dans la confusion originaire de « la transmission gourou », la propagation de la psychanalyse n’étant la propriété de personne et ne pouvant se transmettre que par l’intermédiaire d’une formation qui ne crée pas le psychanalyste certes, mais qui vient organiser la passion et le désir d’être analyste qui est là d’emblée, mais qui ne suffit pas. La formation de l’analyste vient donner les outils nécessaires qui permettent la pratique d’une méthode dont les fondements ne peuvent être communiqués au psychanalyste que par une analyse personnelle, un enseignement, des supervisions ; tout un processus donc qui s’étend sur plusieurs années, dont le but et l’aboutissement à la transmission d’une éthique psychanalytique qui vise à rendre le patient libre et autonome.

L’ALDeP, membre de l’Association psychanalytique internationale (IPA) et de la Fédération européenne de psychanalyse (EPF), ne se réserve pas uniquement aux psychanalystes en formation qui y sont inscrits. Elle entretient une généreuse ouverture aux cliniciens d’orientation psychanalytique en leur proposant des séminaires théorico-cliniques, des journées d’études, en organisant pour eux, ainsi que pour le public intéressé par la psychanalyse, des conférences et des débats autour de thématiques actuelles diverses.

Pour l’ALDeP

Mona Charabaty, Wafica Kallassi, Mouzayan Osseiran, Nayla de Coster, Marie-Thérèse Khair Badawi et Maurice Khoury


Suite à un article paru récemment dans nos colonnes concernant l’histoire de la psychanalyse au Liban, nous avons reçu l’article suivant émanant d’un groupe de six psychanalystes libanais, membres de l’Association libanaise pour le développement de la psychanalyse (ALDeP) : Nous souhaiterions introduire quelques nuances par rapport à ce qui a été publié dans L’Orient-Le...

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Excellente mis au point

COURBAN Antoine

13 h 58, le 24 janvier 2019

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  • Excellente mis au point

    COURBAN Antoine

    13 h 58, le 24 janvier 2019

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