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Moyen Orient et Monde

Rencontre avec les repentis du Brexit

Royaume-Uni
OLJ
19/01/2019

On les appelle « Remainer Now », soit « Maintenant promaintien » : après avoir voté pour le Brexit lors du référendum du 23 juin 2016, ils ont changé d’avis et militent aujourd’hui ardemment pour rester dans le bloc européen.

Gary Maylin se souvient parfaitement des mois qui ont précédé le référendum. Et pourquoi, le jour de ce vote historique, il a choisi, comme 51,9 % des Britanniques, de voter pour la fin d’un mariage de plus de 40 ans. « Je voulais que le Royaume-Uni retrouve sa souveraineté », dit cet homme de 38 ans, cheveux courts et look décontracté, originaire de Norwich (est de l’Angleterre). « La région où je vivais était très largement en faveur du retrait (de l’UE). Mon député était pro-Brexit, tout ce que j’entendais allait dans ce sens. Alors je suis moi-même arrivé à la conclusion qu’on pouvait imputer à l’UE tout un tas de problèmes », dit-il. Mais aujourd’hui, si c’était à refaire, « je voterais sans hésitation pour rester » dans l’Union européenne, confie-t-il. « J’ai réalisé que le pays ne parviendrait pas à s’en sortir tout seul, développe-t-il. Si l’on considère l’état actuel du monde, avec Donald Trump aux États-Unis, la montée de la Chine, Poutine en Russie, il est bien plus intéressant d’être forts dans une Europe unie. »

Il se rendra prochainement, accompagné d’une dizaine de « repentis », à Westminster, épicentre du pouvoir à Londres, pour rencontrer des députés britanniques, et leur raconter son histoire, pourquoi il milite désormais pour stopper le Brexit. L’initiative a été organisée par le mouvement « Remainer Now », lancée, sur son temps libre, par un europhile, Andrew Davidson.

« Le référendum de 2016 m’avait laissé dans un état de choc. Je craignais pour le pays, je voulais faire quelque chose », explique-t-il, en voulant croire que « Remainer Now », dont le nom reprend un mot-clé utilisé sur les réseaux sociaux, permettra « d’influencer le débat » et d’encourager d’autres Brexiters à changer de bord.

« Tensions »

Le mouvement fonde ses espoirs sur des sondages récents suggérant qu’en cas de nouveau référendum – une option exclue par le gouvernement mais qui progresse au Royaume-Uni –, c’est le maintien dans l’UE qui l’emporterait (à 54 %, selon une compilation d’enquêtes d’opinion réalisées par l’organisation non partisane What UK Thinks). Cette évolution s’explique notamment par la crainte de potentielles difficultés économiques post-Brexit.

« Si vous avez voté pour partir mais que vous savez que l’économie en souffrira, vos chances de voter à nouveau pour partir seront environ divisées de moitié », souligne John Curtice, professeur de politique à l’université de Strathclyde (Écosse), interrogé par l’AFP.

Christopher Oram, barbe fournie et caban foncé, est dans cette situation. En 2016, bercé par les promesses de lendemains qui chantent des Brexiters, il a voté pour le divorce. « Puis j’entends dire que nous allions quitter le marché unique et l’union douanière. C’est un choc, parce que le conservateur Daniel Hannan avait affirmé que personne ne parlait de mettre en danger notre relation avec l’union douanière et le marché unique », dit cet homme de 28 ans, installé dans le Dorset (Sud-Ouest).

« Les promesses qui nous ont été faites n’ont pas été tenues », estime-t-il, confiant avoir « honte » ne pas s’être davantage renseigné avant de glisser son bulletin dans l’urne. « Je n’ai pas essayé de m’informer par moi-même. J’ai cru sur parole les gens à la télévision. Je me suis dit : Ce sont des députés, ils doivent savoir de quoi ils parlent. »

Pour les Remainer Now, faire son coming out européen n’est pas forcément sans conséquences. Gary Maylin a fait l’objet de harcèlement sur les réseaux sociaux. Christopher Oram a lui eu maille à partir avec son meilleur ami. « C’est un type adorable mais il a voté pour partir et il pense toujours qu’on devrait quitter (l’UE). Ça crée des tensions entre nous. Nos partenaires nous ont demandé de ne pas parler de Brexit à table », dit-il. D’autres ont carrément décidé de ne plus lui adresser la parole. « C’est affligeant. J’ai le droit de changer d’avis. »

AFP/Édouard GUIHAIRE

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