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Moyen Orient et Monde

Retrait américain de Syrie : Trump temporise

Éclairage

Sous les feux des critiques, le président américain a annoncé procéder à un départ progressif des troupes.

03/01/2019

Dix jours après avoir créé la stupéfaction en annonçant un retrait rapide des forces américaines de Syrie, Donald Trump a tenté hier de temporiser en déclarant que ce départ sera progressif et démenti avoir fixé le moindre calendrier pour ce retrait. Le 19 décembre dernier, le président américain avait provoqué un mini-séisme au sein de son administration qui considère la lutte contre l’État islamique non achevée, entraînant les démissions de son secrétaire d’État à la Défense, Jim Mattis, et de l’émissaire pour la coalition internationale antijihadiste, Brett McGurk.

En deux semaines à peine, l’annonce du retrait planifié des forces américaines a semé la panique et contraint les différents acteurs à revoir leur stratégie. Les craintes concernaient le fait que le vide américain profite à la Turquie, à l’axe prorégime et à l’État islamique. Ce départ laissait en outre les Kurdes, partenaires de la coalition internationale contre l’EI dirigée par Washington, à la merci de la menace turque, puisque Ankara a clairement fait savoir qu’il était déterminé à entamer la deuxième phase de son offensive « Bouclier de l’Euphrate », afin de chasser les éléments du YPG, qu’il considère comme étant une extension du PKK, son ennemi ultime.

Le président américain s’est engagé hier à protéger les Kurdes. Le sénateur républicain Lindsey Graham, pour qui le retrait des forces américaines serait une erreur, s’était dit dimanche « rassuré » sur ce dossier après une rencontre avec le locataire de la Maison-Blanche. « Le président comprend qu’on a besoin de finir le travail », avait-il expliqué. Au lendemain de l’annonce de Donald Trump, les Forces démocratiques kurdes (FDS, alliance kurde et arabe) avaient prévenu qu’elles poursuivraient la bataille contre l’EI, tout comme leurs partenaires occidentaux, la France et la Grande-Bretagne, qui ont assuré se tenir auprès des milices kurdes.

La temporisation du retrait américain vise avant tout à préparer le terrain afin que l’axe prorégime n’en profite pas. « Il y avait une décision, mais pas de véritable mécanisme pour parvenir à retirer les forces de Syrie, ni de temps imparti », rappelle Nawar Oliver, analyste du centre Omran basé en Turquie, contacté par L’Orient-Le Jour.Israël aurait joué un rôle important pour convaincre le président américain de temporiser, craignant que cela soit un cadeau en or pour Téhéran, son principal ennemi. L’État hébreu a annoncé qu’il ne changerait rien à la cohérence de sa politique en Syrie et n’a pas hésité à mener des raids aériens contre des intérêts iraniens moins d’une semaine après le tweet de Donald Trump. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’est toutefois assuré du soutien américain auprès du secrétaire d’État Mike Pompeo, qui a réaffirmé l’« engagement » de Washington « pour la stabilité au Moyen-Orient », lors d’une rencontre mardi entre les deux hommes, précédant l’investiture du nouveau président d’extrême droite du Brésil, Jair Bolsonaro.


(Lire aussi : Macron s'entretient avec Poutine et appelle à préserver les Kurdes)



Course contre la montre

La période de transition devrait être riche en négociations, les différents protagonistes attendant tous avec appétit le départ des troupes américaines. Les discussions devraient tout d’abord se porter sur la ville de Manbij dans le double viseur des Turcs et de l’axe prorégime. Le 28 décembre, les Kurdes ont appelé les forces du régime à « se déployer dans les régions d’où (leurs) troupes se sont retirées, particulièrement à Manbij, et à protéger ces régions contre l’invasion turque ». « Le régime est dans la région depuis 2017, mais c’est la première fois que ses agents sont intégrés à la chambre d’opérations militaires de Manbij, formée par les FDS. Ce n’est pas une grande surprise qu’ils y soient, mais ce qui est nouveau c’est l’annonce claire », affirme Nawar Oliver. Le régime partage le contrôle de certains villages à l’ouest de Manbij avec les forces kurdes. La coalition internationale a toutefois démenti la présence des forces régulières syriennes au sein même de la ville. Damas a annoncé hier le départ de « près de 400 combattants kurdes » de la région. « Un convoi des unités de combat kurdes comprenant plus de 30 véhicules a quitté Manbij, se dirigeant vers la rive est du fleuve Euphrate », a indiqué hier le ministère syrien de la Défense sur son site internet. Le ministère a publié une vidéo montrant un long cortège de 4X4 et de pick-up blancs, montés par des combattants en treillis militaire, exhibant des drapeaux des YPG, ou de la coalition arabo-kurde des Forces démocratiques syriennes (FDS). De son côté, l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) a assuré que « les combattants qui se sont retirés hier ne font pas partie des YPG, mais appartiennent à des milices » alliées au sein de la coalition arabo-kurde des FDS.

Depuis novembre, la Turquie et les États-Unis mènent des patrouilles conjointes aux abords de Manbij afin d’éviter toute escalade avec les milices kurdes. Des patrouilles qui se poursuivent encore aujourd’hui. « Les Américains n’ont pas du tout réduit leur présence, bien au contraire, ils l’ont augmentée. On a vu des patrouilles américaines à l’intérieur de la ville ainsi que des menaces directes entre des soldats US et des membres des factions de l’opposition proturque, afin de les dissuader totalement de lancer une opération militaire contre les FDS au nord de Manbij », précise l’analyste.

À l’avenir, « la zone pourrait être divisée en deux. Le nord de Manbij serait sous contrôle turc, et le sud sous contrôle du régime et des Russes. Ces derniers feront en sorte que les Iraniens n’y soient pas », ajoute-t-il. Parrain du régime et voulant jouer le rôle d’arbitre des conflits en Syrie, la Russie devrait essayer de permettre au régime de reconquérir ces territoires sans pour autant froisser son partenaire turc.




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