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Liban

Un long dimanche de manifestations à travers le Liban

Social

Des demandes pêle-mêle, allant des revendications socio-économiques aux appels à la formation du gouvernement, ont ponctué la journée d’hier.

24/12/2018

Le phénomène des gilets jaunes français semble avoir bel et bien gagné la scène libanaise. En témoigne une longue journée de manifestations qui a été marquée hier par un rassemblement à Beyrouth et par d’autres sit-in, moins imposants, à Tripoli et à Mina, dans le Nord, et à Nabatiyé et Tyr, au Sud.

Les protestations dans la capitale ont débuté hier à midi, place des Martyrs, avant que les manifestants n’effectuent une tournée dans plusieurs secteurs de la ville, pour ensuite revenir à la place Riad el-Solh et terminer leur manifestation vers 19h. Cités par la chaîne LBCI, certains manifestants ont indiqué que leur mouvement reprendra mercredi, après la fête de Noël. Si les organisateurs de cette manifestation, qui se sont manifestés sur les réseaux sociaux, sont pour le moment inconnus, malgré les spéculations, un grand nombre de manifestants arboraient des gilets jaunes, à la manière du mouvement qui proteste depuis plusieurs semaines en France. Plusieurs personnes présentes sur place ont assuré à L’Orient-Le Jour être venues de leur propre chef pour dénoncer une situation socio-économique de plus en plus délétère. Par ailleurs, des dizaines de manifestants affiliés au parti Sabaa ont également pris part au sit-in à Beyrouth, ce qui leur a valu de nombreuses critiques. À noter qu’un rassemblement similaire initié par le Parti communiste libanais avait eu lieu à Beyrouth dimanche dernier.

Interrogé par L’Orient-Le Jour sur le risque d’« une récupération politique de la manifestation, l’activiste Hamza Halabi a rejeté cette possibilité ». « Les partis politiques n’ont rien à voir avec ce rassemblement. Il y a des gens de toutes les régions, car la faim et la pauvreté qui nous touchent sont inacceptables (…) S’il n’y a pas de gouvernement bientôt, les gens vont sûrement redescendre dans la rue… Ce n’est que le début », déclare-t-il.

Quant aux demandes des manifestants, formulées de façon pêle-mêle, elles portaient en majeure partie sur des revendications à caractère socio-économique concernant la baisse des prix du carburant, l’accès à l’eau et l’électricité, et une solution au chômage des jeunes. Les manifestants demandent également la mise en place d’une carte de santé, à l’heure où le Hezbollah brigue le ministère de la Santé dans le gouvernement en gestation. Les manifestants étaient visiblement marqués par la mort d’un enfant palestinien, lundi dernier à Tripoli, qui aurait succombé faute de pouvoir payer les soins médicaux. Une version des faits rapidement démentie par le ministère de la Santé dans un communiqué. Nombre de personnes arboraient en outre le keffieh palestinien, mais sans slogans ou drapeaux partisans. Seul le drapeau libanais était arboré.

Pour Ahmad, un jeune venu de la localité de Siddiqine (caza de Tyr), « ceux qui n’ont pas participé à la manifestation ont peur des partis politiques ». « Nous sommes tous affiliés à des partis, mais nous sommes venus aujourd’hui de notre propre gré, car c’en est trop », confie-t-il. Un autre manifestant venant du même village, Hadi, s’en est pris pour sa part au ministre sortant de la Santé, Ghassan Hasbani, et a dénoncé « le prix élevé des médicaments ».


(Lire aussi : La contagion des gilets jaunes a-t-elle atteint le Liban ?)


Échauffourées et routes coupées
Après un début pacifique, quelques échauffourées ont éclaté entre les forces de l’ordre et certains manifestants lorsque ces derniers ont lancé des bouteilles d’eau contre les policiers qui bloquaient l’accès au Grand Sérail. Un avocat issu de la société civile, Abbas Srour, a été légèrement blessé à la tête par ces jets de bouteilles. Les manifestants ont ensuite parcouru à pied plusieurs quartiers de la ville, atteignant même la route de l’aéroport où ils ont provoqué des embouteillages monstres.

L’armée est en outre intervenue afin de repousser des manifestants qui ont endommagé des bennes à ordures au niveau de l’avenue Béchara el-Khoury et brièvement coupé la route devant Bourj el-Ghazal. Vers 16h, des manifestants se sont dirigés vers le ministère de l’Intérieur, dans le quartier de Hamra, où les forces de l’ordre et des soldats avaient été déployés. Sur leur trajet, des protestataires ont mis le feu à des bennes à ordure, puis s’en sont pris à certains commerces et bureaux de change avant d’être dispersés par les forces de sécurité. Dans l’après-midi, l’armée a appelé dans un communiqué les manifestants à ne pas s’en prendre aux biens publics et privés, tout en affirmant son attachement à la liberté d’expression et au droit de manifester.

Malgré l’irruption des casseurs, de nombreuses personnes sont venues manifester en famille, accompagnées d’enfants en bas âge. C’est le cas de Viviane, enseignante de langue anglaise, qui se trouvait à Riad el-Solh avec son mari et ses deux enfants âgés de 3 et 6 ans. « Je ne veux pas que mes enfants vivent la même situation que nous. Nous payons deux factures d’électricité et d’eau. Les gens meurent devant les hôpitaux ; il n’y a pas de respect pour la vie ou la dignité humaine », lance la jeune femme, interrogée par L’OLJ.

« Ils sont en train de se balader dans leurs jets privés grâce à nos impôts. Nous n’en avons que faire de la formation du gouvernement s’ils vont continuer à nous voler. Ils s’arrachent les ministères qui leur rapportent le plus d’argent », souligne Viviane. « Ils se moquent de nous, nous ne sommes pas des moutons… Si on continue comme ça, soit on va mendier, soit on va voler comme eux », lance-t-elle. Et son mari de renchérir : « Les partis politiques ont échoué. Ils nous ont fait beaucoup de promesses avant les législatives, mais rien n’a été fait. »


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Abou Diwan Nasr

Au printemps 2017 les libanais sont allé voter librement, il y avait trois à cinq listes par circonscription, ils avaient l.embarras du choix, ils avaient la chance de choisir des personnalités qu’ils ne connaissent pas et tenter de changer la classe défaillante qu’ils connaissent. ils ont renouvelé le mandat de ceux qui ont causé leur malheur depuis l’independance et ce qui se passe maintenant est la conséquence de leur choix.
C’est l’occasion de saluer Paula d’achrafieh et de lui dire courage on a encore besoin de 125 Paula pour réorienter le Liban

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