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Culture

Sig & Erik Truffaz, autant compositeurs qu’improvisateurs

Musique

À Beyrouth le temps de deux concerts*, les deux inclassables musiciens français se sont livrés à des performances aussi improvisées qu’électrisantes.

12/12/2018

« Hier, à notre entrée sur scène, notre musique n’existait pas encore », assure Erik Truffaz. Le trompettiste de renom, fort de plus de dix albums chez Blue Note Records, évoque ainsi sa performance sur la scène de Zoukak Studio, en trio, exceptionnel, avec le batteur ArtisOrubs et le compositeur Sig. Aux yeux de ce dernier, « ce qui est fou, c’est que tout le monde pense que nous avons composé les morceaux à l’avance. En réalité, on se laisse aller : avec mon violoncelle, j’envoie une idée, le batteur se greffe dessus, ce qui crée ensuite un espace pour Erik. C’est comme une conversation, on rebondit sur les phrases des uns et des autres. »

La conversation entre Sig et Truffaz démarre à la fin des années 90 à Genève, lorsque Sig demande au trompettiste de contribuer à la bande originale d’un film dont il est l’auteur. En retour, Sig signera le clip de Yuri’s Choice, un des morceaux du premier album d’Erik Truffaz, intitulé The Dawn. Le prolifique Truffaz travaille sur des projets allant du hip-hop au jazz en passant par le drum and bass, s’assurant toujours de « changer de forme pour rester frais », Sig est violoncelliste, pianiste, compositeur, mais aussi réalisateur et photographe. En recherche permanente de nouveauté, de fraîcheur et d’innovation, les deux musiciens français se complètent autant qu’ils se reflètent. Ils se rejoignent non seulement par leur éclectisme résolu, mais aussi par un refus de se plier aux normes, ou plutôt, une volonté ferme d’expérimenter et d’inventer. Bien avant leur rencontre, chacun d’eux suit une formation classique : Sig étudie le violoncelle au conservatoire et Truffaz joue de la trompette dans un orchestre classique. Tous deux se feront plusieurs fois exclure de ces institutions, jugés trop punks ou trop bruyants.

Si la rencontre avec Sig s’inscrit dans la quête continue de renouveau d’Erik Truffaz, le trompettiste est aux yeux du compositeur français un de ces grands musiciens dont le talent permet l’improvisation la plus totale et la plus délectable. « On est en permanence attentifs les uns aux autres, ce qui crée une atmosphère d’ultraconcentration. Par moments, je trouve ça magique », décrit Sig, heureux des deux soirées réussies à Beyrouth. « Ce qu’on a vécu samedi, par exemple, était un moment fort, important », confirme Truffaz.

Dans la petite salle de Zoukak Studio, le beat effréné de la batterie d’ArtisOrbus a activement secoué les corps. En maîtres de l’improvisation, ce trio a offert au public des morceaux à l’intensité en crescendo, redoublant d’effets de contraste et de surprise. « Quand Sig a fait une introduction au violoncelle, j’ai dit au batteur d’attaquer très fort, pour casser le tout. Ce n’est pas normalement mon style, mais là, c’était d’une évidence totale », explique Truffaz. Le trompettiste, rompu depuis plus de vingt ans à la scène, est celui qui a constamment en tête ce qui va venir ensuite, il se sent « responsable du scénario », dit-il. Là où Sig est plongé dans la concentration absolue de son instrument. Ce qui n’empêche pas ce dernier d’être lui-même subjugué par ce qui se passe sur sa scène. « Parfois, Erik se lance dans un solo, et je suis tellement impressionné que je me sens comme un membre du public. Ce rapport d’admiration, c’est un des aspects les plus nobles de la musique. »

Autant compositeurs qu’improvisateurs, le duo se complète. Quand l’expérience de Truffaz vient encadrer l’inventivité de Sig, ils révèlent au public l’acte de composition lui-même. Le plaisir de la découverte se donne et se partage dans la fosse comme sur scène, et jamais le jazz n’a été aussi dansant…

*Ils se sont produits samedi dans le cadre du festival Beirut & Beyond et hier mardi à Radio-Beirut.

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