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La Dernière

Repositionner la langue arabe

Projection

« Les Yeux de la parole », documentaire réalisé par Jean-Marie Montagerand et David Daurier, cherche à redonner au véhicule culturel qu’est la langue arabe sa centralité dans le patrimoine littéraire et historique international.

29/11/2018

À Aix-en-Provence, un opéra peu ordinaire se prépare. Il s’agit de l’adaptation des fables de Kalila wa Doumna, écrites au VIIIe siècle par Ibn al-Muqaffa, avec des textes de Fady Joumar et une musique de Moneim Adwan. On sait bien que les Fables de La Fontaine ne sont autre qu’une réécriture de celle d’al-Muqaffa. Et c’est là le propos du documentaire Les Yeux de la parole qui met en scène, donc, de jeunes collégiens amenés à découvrir cet opéra.

Dans un contexte où, en France, la question de l’enseignement de l’arabe à l’école suscite de vifs débats, Les Yeux de la parole choisit de répondre par l’observation lente et précise d’une classe de collégiens d’un établissement d’enseignement adapté. Ces jeunes adolescents, pour la plupart issus de familles d’immigrés du monde arabe, découvrent à travers l’opéra et ses multiples registres – l’histoire, la musique, la poésie, les arts plastiques – l’histoire insoupçonnée d’une langue dont l’influence transcende les frontières. Pour la traductrice du documentaire Sonia Gharbi, relever le défi de la rencontre entre l’univers du chant lyrique et ces jeunes issus de l’immigration constitue un moyen de « restaurer une part de leur identité face au malaise de la quête irrésolue de leurs racines.

Le documentaire se construit comme une mise en parallèle où deux groupes découvrent, à leur façon, les enjeux intrinsèques à la langue et à la culture arabes. Présent uniquement à travers des appels vidéos, l’auteur de l’opéra, Fady Joumar, poète syrien résidant en Allemagne, tente de subvenir aux impasses que connaissent les traducteurs. Si Joumar a écrit son opéra en arabe syrien, c’est sans doute dans « une démarche de respect de la langue populaire », explique Sonia Gharbi. Les deux droites parallèles que constituent la classe de collégiens et l’équipe de l’opéra parviennent progressivement à se superposer.

Documentaire dénué de commentaire ou de voix-off, Les Yeux de la parole est plus attentif qu’inquisiteur. Il ne s’agit pas de faire jaillir un discours politique sur la langue arabe, mais simplement d’être spectateur du voyage d’une œuvre et de sa langue d’écriture à travers les consciences, les frontières, et les époques. Jouant d’une photographie et d’un cadrage maîtrisés, de nombreuses images des élèves durant leurs cours, que l’on voit petit à petit s’éveiller et s’émerveiller, deviennent un manifeste de la nécessité de l’éducation par l’art. Le Libanais Jean Chahid y interprète le rôle du poète Chatraba, figure emblématique d’un chant pour la liberté. Les effets de résonance, appuyés par des séquences purement musicales, confèrent au rythme lent des Yeux de la parole la même douceur que le regard des enfants qui y figurent. C’est en vertu de ce regard que la langue arabe recouvre sa valeur peut-être trop souvent perdue ou négligée, et que les mots de Chatraba revêtent tout leur sens : « Si vous tuez un poète, mille chansons lui survivront. »

À signaler que Les Yeux de la parole sera projeté demain vendredi 30 novembre, à 18h, à l’Institut français du Liban, rue de Damas.

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Stes David

La cigale et la fourmi de La Fontaine serait d'après Wikipedia une réécriture de Ésope ( Αἴσωπος ) VIIe – VIe siècle av. J.-C. et des « fables d'Ésope » compteraient plus de 500 fables, parmi lesquelles figurent les plus populaires, tels Le Corbeau et le Renard, Le Lièvre et la Tortue. L'exotisme du lecteur européen fait peut-être qu'on le considère d'origine "arabe" mais la source serait iranien/perse/indien et en tous cas genre populair chez les grecques et romains donc des textes anciens grecques sont similaires. Ceci n'est pas pour minimaliser l'oeuvre de Ibn al-Muqaffa mais pour nuancer la thèse que les Fables de La Fontaine ne sont autre qu’une réécriture de celle d’al-Muqaffa.

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