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Culture - Théâtre

Radioscopie d’un couple au bord de l’implosion

« Loghm Ardi » (Mine antipersonnel), d’Élie Kamal, occupe les planches du Madina ce soir et demain, et jouera sans doute les prolongations. Une expérience théâtrale qui défriche bien des codes de la scène.


Nada Abou Farhat et Ammar Chalak, et les dangers d’une mine. Photo Charles Crémona

Deux personnages assis sur un banc, Nada Abou Farhat et Ammar Chalak, revisitent le langage amoureux, le vocabulaire d’un couple, mais aussi les grands moments de la vie, entre autres la mort puisqu’elle fait partie intégrante de la vie. En un seul acte mais cinq chapitres, les protagonistes s’échappent d’un cercle vicieux qui les enferme et font naviguer l’imaginaire et s’envoler le mot. Mais il y a un troisième personnage sur scène. Un acteur invisible dont l’action a des répercussions tangibles sur le parcours du couple : une mine.

Existe-elle ou n’existe-t-elle pas ?

La mine, c’est probablement les écueils dans la vie conjugale qui sont tellement dangereux, puisqu’ils usent, érodent et peuvent faire sauter en éclats l’équilibre. Le metteur en scène Élie Kamal en donne une définition bien à lui dans le texte. La mine antipersonnel n’éclatera pas tant que le poids demeure dessus. Mais Nada Abou Farhat ne tarde pas à contredire cette définition puisque, dit-elle, la mine peut éclater même si le poids est tassé dessus. Poids des années ? Pesanteur de la monotonie – les rapports devenant moins légers avec le temps ? Toutes ces questions sont abordées avec délicatesse, sans pathos, mais avec une vision bien réelle des choses. Kamal, venu du monde du cinéma et possédant à son actif plusieurs films primés dans des festivals internationaux, signe et met en scène pour la première fois une œuvre dramaturgique, Loghm Ardi, qui prend sa source dans le théâtre de l’absurde apparu au XXe siècle et qui se traduit par un manque total de continuité dans les actions voire dans l’absence d’histoire. Mais absurde ne signifie en aucun cas absence de réel. Bien au contraire, telle est bien la réalité tout crue de cette pièce qui ausculte en particulier le quotidien d’un couple, à travers les lentilles d’un auteur inspiré par Sartre ou Camus et son Mythe de Sisyphe. À la différence près que les personnages ne sont pas réduits au rôle de pantins. Ils sont plutôt des archétypes dans lesquels chacun de nous pourrait se reconnaître

Absence de temps et de lieu

Le langage est non seulement nouveau, il y est trituré, malmené, et le mot essoré, désarticulé, simplifié. Élie Kamal fait dans cette pièce de 1h15 minutes une véritable radioscopie du vocabulaire. Les clichés dont regorgent certaines expressions, les mots usuels désuets, tout cela est revivifié, boosté. À partir d’une lettre lue presque à la fin de la pièce, on remonte le fil du temps pour reconstruire cet écheveau que le metteur en scène a déroulé sous notre regard. Lui-même le dira : « Je n’ai pas d’interprétation à cette pièce. Je suis aussi spectateur que l’audience ici présente. » Il n’y a pas d’action et le mot prend forme, personnifié par ces deux comédiens qui portent Loghm Ardi à bout de bras. Et tant bien même que le thème de la mine antipersonnel, dont les deux acteurs redoutent la présence, est évoqué, elle n’existe peut-être pas. Libre au public de reconstruire à sa propre façon ce drame de la vie et de la mort. Une histoire inexistante mais aussi un temps qui se dissout et qui n’a aucune valeur puisque les actes ne sont pas liés l’un à l’autre. Les états d’âme sont également jetés en vrac. L’angoisse succède à l’humour, la mort aux situations les plus fantasques et les plus drôles. Dans un décor minimaliste et sous une lumière qui se fait par instants forte et par d’autres diaphane, on aurait bien envie à la fin faire rewind afin de mieux évaluer ce qui a été vu et dit. Mais tel un kaléidoscope, la pièce, on le sait, renverra d’autres images et d’autres impressions. D’où son intérêt.


Deux personnages assis sur un banc, Nada Abou Farhat et Ammar Chalak, revisitent le langage amoureux, le vocabulaire d’un couple, mais aussi les grands moments de la vie, entre autres la mort puisqu’elle fait partie intégrante de la vie. En un seul acte mais cinq chapitres, les protagonistes s’échappent d’un cercle vicieux qui les enferme et font naviguer l’imaginaire et s’envoler...

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