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La Dernière

Le kafkaïen Gregor Samsa aurait pu être libanais...

THÉÂTRE

Une jeune troupe amatrice présente une adaptation surprenante de « La Métamorphose », de Franz Kafka, avec un groupe de 14 jeunes Syriens, Palestiniens et Libanais, âgés entre 15 et 20 ans.

15/10/2018

Imaginez. Imaginez un réveil à l’image de celui de Gregor Samsa, cet antihéros kafkaïen par excellence. Imaginez sa transformation en scarabée brun, à la carapace convexe, au dos velu, avec ses pattes et ses antennes. Mais surtout, l’incapacité de se mouvoir et, pour trois mois entiers, d’être coupé du monde, avant d’expirer un ultime râle. C’est à une belle illustration de cette aliénation, à la fois morale, économique et sociale, que les spectateurs du théâtre al-Madina ont eu droit vendredi et samedi soir. Dans le cadre du Festival de théâtre européen, l’association Seenaryo – avec le concours du Goethe-Institut – a présenté La Métamorphose d’après Franz Kafka, librement adapté et interprété avec un groupe de 14 jeunes Syriens, Palestiniens et Libanais, âgés entre 15 et 20 ans. Le tout servi par une mise en scène audacieuse, fine et minimaliste.

Main dans la main

Seenaryo est une association créée en 2015. Son action cible avant tout les populations réfugiées au Liban (aujourd’hui 1 résident sur 4), à travers l’outil théâtral. Le but ? Leur permettre de se tailler une place dans le débat actuel, de faire entendre leur voix, de prendre confiance en leurs capacités. Et ce à travers des ateliers-théâtres avec de jeunes participants, mais aussi des sessions de formation de jeunes artistes (en devenir).

C’est en août 2018, dans le contexte de ces ateliers-théâtres de jeunesse, qu’a débuté l’aventure Kafka pour les quatorze jeunes acteurs en herbe. Dix semaines de travail ont ainsi abouti aux représentations à al-Madina. Durant l’élaboration de la pièce, tout se faisait main dans la main entre dramaturges et participants. L’idée qui germe s’articule autour d’échanges, de partages de moments de vie qui s’articulent autour de questions diverses : le plus grand rêve, les peurs, le plus grand problème de la société, selon chacun. La métamorphose arrive alors comme un tout et se fait le fil rouge des histoires en partage, même si l’on dénote dans la mise en scène de fortes influences de l’univers mystérieux des contes Grimm ainsi que du dramaturge Bertolt Brecht.

Une nouvelle lecture

Qui ne se souvient pas de l’atmosphère délétère et anxiogène de La Métamorphose, lorsqu’on se trouve plongé dans les désillusions, les désespoirs et les blessures de Gregor Samsa ? Dans la version de Seenaryo – outre le vécu noir dans lequel le spectateur se trouve noyé, le récit freudien sur les relations familiales, les critiques du capitalisme et de la bureaucratie –, la pièce se trouve elle aussi transformée, offrant des possibilités illimitées, des lectures infinies.

Avec les réalités libanaises schizophrènes et fractionnées, Kafka prend une nouvelle saveur. Il devient miroir de la vision du monde de ces jeunes et de leur ressenti. Cette adaptation pourrait bien évidemment être prise selon l’angle des épreuves et des transformations des jeunes acteurs eux-mêmes.

Une « adaptation difficile » néanmoins, reconnaît Victoria Lupton, codirectrice de la pièce, à laquelle il a fallu superposer les histoires des acteurs en plus de celle de Gregor. Aussi, lors de la mise en scène, elle a pris le parti de former un chœur de huit individus qui disent l’envers du décor et expliquent le lien entre la pièce et eux. On y parle discriminations, travail, technologies, aliénation, espoirs… Le rendu n’en est que plus touchant et provoque facilement l’identification d’un public qui ressort ému et sans voix.

Adresse web de Seenaryo :

http://www.seenaryo.org/

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