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Noor Daoud, championne palestinienne d'automobile éprise de "liberté"

Portrait

"Au début, en Palestine, des gens me disaient: 'Mais qu'est-ce que tu fais? Le sport, c'est pour les garçons!' Je n'ai écouté personne et j'ai fait ce dont j'avais envie", se souvient la pilote qui vit à Dubaï et sillonne le monde pour des compétitions internationales.

OLJ/AFP/Aziz EL MASSASSI
11/10/2018

Défilant aux côtés de ses adversaires, tous des hommes, la Palestinienne Noor Daoud, pilote automobile de 27 ans et championne de "drift", est celle dont la démarche semble la plus assurée. "Il n'y a qu'une seule fille!", lance avec curiosité l'un des nombreux jeunes passionnés assis dans les gradins entourant une piste de bitume dans le Sinaï égyptien (est).

Noor Daoud est l'une des rares femmes arabes présentes sur les circuits internationaux de "drift", sport automobile né dans les années 1970 au Japon, qui consiste à manœuvrer une grosse cylindrée en la faisant déraper d'un bout à l'autre d'une piste. Et la jeune Palestinienne ne se laisse manifestement pas intimider par ce plateau masculin. "J'ai l'habitude depuis que je suis petite de me retrouver avec les garçons pour jouer au foot ou au tennis", confie-t-elle entre deux courses.

En cette fin septembre, celle qui dit volontiers avoir une sorte de "connexion" avec sa voiture, participe à une compétition arabe de "drift" à Charm el-Cheikh. Contrainte d'abandonner au second tour en raison d'une panne moteur, Noor Daoud, qui n'était pas au volant de sa voiture habituelle, a malgré tout obtenu un trophée en tant qu'unique femme de la course.


(Lire aussi : Sur un circuit de Riyad, des Saoudiennes goûtent au grand frisson)


"Elle l'a fait"
Née au Texas (Etats-Unis), la jeune pilote a ensuite vécu à Jérusalem, où elle a étudié au lycée français. Elle parle quatre langues -arabe, anglais, français et espagnol- et dit en comprendre une cinquième, l'hébreu. Au début des années 2010, elle s'éprend du "drift", "qui devient populaire dans les rues de Palestine", se souvient-elle. Vivant aujourd'hui à Dubaï, elle a sillonné le monde pour des compétitions internationales.

"Au début, en Palestine, des gens me disaient: 'Mais qu'est-ce que tu fais? Le sport, c'est pour les garçons!' Je n'ai écouté personne et j'ai fait ce dont j'avais envie", affirme-t-elle. "Ma mère est la seule à m'avoir soutenue", ajoute Noor Daoud. C'est d'ailleurs sa voiture qu'elle empruntait pour participer, à l'âge de 15-16 ans, à ses premières courses. "Quand j'ai eu du succès, les gens ont commencé à me respecter davantage (...). 'Elle l'a fait!', disaient-ils".

Lorsque Noor Daoud arrive sur la piste aménagée dans le paysage désertique du Sinaï, elle semble jouer à fond la carte du spectaculaire, avec épaisse fumée blanche et étincelles jaillissant de son véhicule. Les pilotes sont notés par un jury de professionnels sur leur style et leur manière de conduire, autant que sur la vitesse du véhicule.

Mais cette Palestinienne ayant acquis une renommée mondiale assure que sa motivation ne se borne pas au sport et au spectacle. "Nous sommes sous occupation. Cela (...) me pousse à conduire pour (me) sentir libre", confie-t-elle, en référence à l'occupation par Israël de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est.

Si évoluer dans un milieu masculin "ne (lui) pose pas de problème", Noor Daoud espère voir autour d'elle davantage de compétitrices: "J'aimerais qu'il y ait d'autres filles avec moi (...), des filles arabes montrant au monde qu'on suit aussi nos rêves."


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