Nos Lecteurs ont la Parole

De l’homme-machine à l’homme-machin

par Gilbert TABET
OLJ
10/10/2018

Dimanche, 30 septembre 2018. Hamra, rue Commodore.

Un spectacle des plus désolants et qui, malheureusement, deviendra de plus en plus fréquent, pour devenir en quelque sorte un fait banal sur lequel on ne s’attardera plus.

Une berline, pneu avant crevé, tentait de se garer. À côté du conducteur, vingt ans à peine, se trouvait une femme, quadragénaire avancée, qui allait s’avérer être sa mère. Quand la voiture s’arrêta, les deux protagonistes restèrent à l’intérieur.

Quelques minutes plus tard, on pouvait voir, contre toute attente, la mère accroupie près du pneu crevé, essayant de tourner la manivelle du cric qu’elle avait placé sous la voiture. Et quelle ne fut ma surprise lorsque je vis que le jeune homme était resté à l’intérieur de la voiture, plongé dans son cellulaire, comme possédé, laissant sa pauvre mère toute seule aux prises avec l’outil salvateur. Les efforts de la mère s’avérèrent infructueux, la voiture restait inclinée. Visiblement, elle n’avait pas réussi… contrairement à son fils, dont on devinait à ses mimiques exaltées qu’il planait de succès en succès sur son mobile.

Le calvaire de la mère arriva à son terme lorsqu’elle eut enfin recours au valet égyptien d’un restaurant voisin. Et là, tout le monde était content : la mère, délivrée de son fardeau, allait enfin rentrer chez elle, le valet parce qu’il allait empocher un petit bakchich, et notre bienheureux gamin qui, bien qu’ayant été contraint de sortir de la voiture, au moment où le valet la soulevait, n’a pas interrompu sa « mission ».

Et, comble d’ironie ou de cynisme : le jeu dans lequel il était plongé sur son portable consistait justement à changer un pneu en un temps record ! En fait, il savait le faire dans le virtuel, mais non dans le réel. Et au moment « crucial », il n’a pas pu se détacher de son univers ludique, imaginaire, pour résoudre un problème survenu dans la réalité.

C’est la nouvelle génération des « mecs » : des héros virtuels, oui, mais fondamentalement des zéros réels.

L’homme a dompté la nature en détruisant la Terre, qui a entamé son cycle de vengeance (fonte des glaciers polaires, réchauffement climatique, raréfaction des pluies…. ).

Mais ce qui sonnera le glas de l’humanité, c’est ce processus inéluctable par lequel l’homme sera à son tour dominé, voire dompté par la technologie. C’est la technologie qui finira par prendre la revanche de la nature sur l’homme.

Et ce ne sera pas nécessaire d’attendre que des extraterrestres viennent coloniser notre pauvre Terre. Notre planète sera colonisée par ces machines, ces robots, ces monstres que nous aurons nous-mêmes créés: « Doud el-az menno w fi ».

À défaut d’être restés des « enfants de Dieu », nous serons les machines de nos machines.

À défaut d’être restés à l’image de Dieu, nous deviendrons à l’image de nos machines.

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Le pont

Devant cette situation surréaliste il me plaît de trouver une porte de sortie honorable à ce jeune homme. Il aurait probablement une infirmité physique non apparente, ou bien, souffre-t-il d'hémophilie? (la sang qui ne coagule pas après la moindre blessure). Maintenant que je lui es trouvé des circonstance atténuantes, celles qui sont aggravantes restent cependant mille fois plus criantes. Il aurait dû au moins délaisser le téléphone pour soutenir verbalement ou silencieusement sa pauvre maman (ou sa gouvernante?) et de glisser dans son siège en signe de simulation d'une honte de circonstance.

roger abdelnour

Notre mère la terre a dejà commencé sa vengeance..
Rien qu'a voir la progression des catastrophes naturelles depuis 50 ans , on se rend compte que le glas a bien sonné et de façon irréparable..
L'Homme est en train de payer son insouciance et son ingratitude.

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