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Liban

Des spots pour briser la loi du silence

Violences sur mineurs

Sur les chaînes de télévision et les ondes radio, l’association Himaya lance une campagne contre les abus, physiques ou sexuels.

May MAKAREM | OLJ
28/09/2018

« Mettre en lumière les erreurs » (Dawwi aala el-ghalat) est le titre d’une campagne appelant à dénoncer les abus infligés aux enfants et à mettre fin à la loi du silence. Elle a été lancée hier depuis le Grand Sérail par l’association Himaya (« protection ») en présence du ministre des Affaires sociales Pierre Bou Assi, du ministre d’État aux Droits de la femme Jean Oghassabian et de la députée Roula Tabch.

« Assurer la protection (des enfants) est une cause sacrée qui concerne toute la société », a dit Pierre Bou Assi. « Notre responsabilité est d’aider un plus grande nombre. Le déni et le silence sont à bannir, car d’une part ces enfants sont des bombes humaines pour l’avenir, et d’autre part, il faut respecter leur droit à la dignité. Étouffer leur cause, c’est presque les étrangler », a ajouté le ministre, soulignant que le fait d’« arracher un enfant à sa famille est toujours une décision difficile, mais elle est parfois nécessaire pour assurer sa sécurité ».

Contrairement aux idées reçues, les violences ne se situent pas uniquement dans les milieux pauvres, défavorisés, ou dans les camps de réfugiés. Les enfants maltraités comme les agresseurs appartiennent à tous les milieux sociaux, soulignent les responsables de Himaya.

Selon une étude menée en 2008 par le Conseil supérieur pour l’enfance et l’ONG Kafa, avec le soutien de l’association suédoise Save the Children, sur 1 025 enfants âgés entre 8 et 17 ans, il est apparu que 16,1 % d’entre eux, garçons et filles, sont victimes d’abus sexuels au Liban, allant de l’attouchement à l’acte. Lilia Sabbagh, vice-présidente de Himaya, avance, quant à elle, que 1 sur 6 des mineurs interrogés ont subi une des formes de violence sexuelle, et 1 sur 4 une des formes de maltraitance, physique ou psychologique.

La peur d’être tué

Réalisés par Traccs Lebanon, les spots de la campagne publicitaire mettent en exergue les propos aberrants lancés à la face des victimes par un des parents ou les bourreaux : « En grandissant, tu oublieras », « Si tu en parles, tu seras tué. » Aux petites filles qui ont subi un viol : « J’aurais voulu que tu sois morte. » Ou encore : « Il ne comprend qu’à coups de taloche. » Et voilà qu’il est raillé et méprisé : « Toi le garçon, tu pleures comme une malheureuse fille. » Mais un enfant ne pleure pas pour un rien. Il pleure en désespoir de cause. Gravement maltraité, il (ou elle) vit la peur au ventre, peur de provoquer une colère, peur d’être tué, peur d’aller à l’école, peur de rentrer à la maison. Et partout règne la loi du silence, notamment dans les familles qui craignent le scandale.

Agir, même dans le doute

« Cette situation fait qu’il est très difficile de connaître l’étendue exacte des abus commis à l’égard des enfants », dit Lama Yazbeck, directrice de Himaya. Aussi, « l’objectif de cette campagne est d’engager la société à prendre ses responsabilités. La personne qui suspecte une situation à risque ou des violences subies par un enfant ne devrait pas hésiter à le signaler ».

Mais les choses bougent et le tabou semble partiellement brisé. Mme Yazbeck signale que depuis le début de l’année 2018, l’association a reçu sur sa ligne verte, 03/414 964, quelque 332 appels de personnes anonymes ayant constaté ou soupçonné des cas de maltraitance ; il y avait eu 264 appels en 2017 et 244 en 2016. Actuellement, les assistantes sociales de Himaya se penchent sur 250 cas qualifiés de « très lourds » (high risk), dont 100 à Tripoli. « Quarante pour cent d’entre eux ont été détectés par nos équipes », ajoute la responsable de Himaya. Rappelant qu’à chaque fois qu’un enfant est martyrisé, c’est notre humanité qui meurt.

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