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Économie

La Banque centrale turque relève fortement ses taux d’intérêt, la livre bondit

Finance
OLJ
14/09/2018

La Banque centrale de Turquie a fortement relevé hier son principal taux d’intérêt pour endiguer la hausse rapide de l’inflation et stopper la chute de la livre turque, en dépit de l’opposition affichée du président Recep Tayyip Erdogan. La Banque centrale a annoncé dans un communiqué qu’elle relevait son principal taux directeur de 625 points de base, le portant à 24 %. Cette mesure a été accueillie positivement par les marchés : la livre turque a ainsi bondi jusqu’à 5 % face au dollar.

L’économie turque a été secouée ces derniers mois par l’effondrement de la monnaie nationale, sur fond de défiance des marchés à l’égard des politiques économiques d’Ankara et de tensions diplomatiques avec Washington. La livre turque a perdu près de 40 % de sa valeur face au dollar depuis le début de l’année, l’inflation en rythme annuel frôlait en août les 18 % et certains experts mettent d’ores et déjà en garde contre un risque de récession.

Afin de remédier à la situation, de nombreux économistes appelaient depuis des mois à une hausse significative des taux d’intérêt de la Banque centrale. Mais celle-ci est sous forte pression du président Erdogan, qui prône le maintien de taux d’intérêt bas pour soutenir la croissance à tout prix. « Mes réserves au sujet des taux d’intérêt demeurent, elles n’ont pas changé. (Mais) la Banque centrale est indépendante et prend ses propres décisions », a-t-il encore déclaré hier matin à quelques heures de l’annonce.

« Distance »

Pour Anthony Skinner, du cabinet de consultants en risques Verisk Maplecroft, la décision sur les taux d’intérêt avait déjà été prise lorsque le chef de l’État a fait ces déclarations : « le discours de M. Erdogan ce matin visait à mettre de la distance entre lui et la décision » de la Banque centrale.

Face à la chute de la monnaie turque et dans un contexte de campagne électorale pour la réélection de M. Erdogan, la Banque centrale avait décidé des hausses de ses taux en mai et juin, mais à des niveaux jugés insuffisants par les marchés. Son refus de réitérer cette mesure lors de la réunion de son comité de politique monétaire en juillet avait été très mal perçu et avait renforcé les inquiétudes quant à son indépendance.

Par ailleurs, le président turc a interdit hier les ventes et locations de biens mobiliers et immobiliers en devises étrangères, une mesure visant aussi à soutenir la livre. L’achat, la location et la vente de biens mobiliers et immobiliers devaient, dès hier, se faire uniquement en livres turques, d’après un décret présidentiel publié au Journal officiel. Ces transactions ne peuvent pas non plus être indexées sur des devises étrangères, précise le texte, qui évoque toutefois la possibilité d’exceptions décidées par le ministère des Finances.

« Pas sortis du bois »

Pour M. Skinner, cette décision n’empêchera pas « la crise économique qui a déjà commencé ». « Mais les autorités turques peuvent atténuer la sévérité de la crise », explique-t-il à l’AFP, notamment en autorisant la banque à relever les taux lorsque cela est nécessaire et en réduisant les tensions avec Washington. « Pour le moment, les marchés ont repris un peu de confiance », ajoute M. Skinner. « Mais nous ne sommes pas encore sortis du bois. »

La situation financière du pays reste en effet sous pression. Entre juillet et août, trois principales agences de notations américaine Moody’s, Fitch et Standard and Poor’s (S&P) ont baissé leurs notes de crédit respectives sur la Turquie, en estimant notamment que la volatilité de la livre turque et l’affaiblissement des institutions du pays allaient affecter sa stabilité financière et sa croissance. Mardi, Fitch a en outre dégradé les notes de quatre banques turques, quelques semaines après que Moody’s eut abaissé la note de crédit d’une vingtaine d’institutions financières de ce pays. Odea Bank, filiale de la banque libanaise Bank Audi, fait partie des établissements visés. En mars, Moody’s avait cependant indiqué que l’exposition de Bank Audi à l’évolution de la situation financière en Turquie était limitée et avait ainsi maintenu sa notation pour les dépôts à long terme (B3 avec perspective stable).

AFP et « L’OLJ »

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