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Bassora en proie aux flammes après des manifestations meurtrières

irak

Huit manifestants ont été tués depuis mardi dans cette province en proie depuis mi-août à une pollution de l'eau qui a conduit 30.000 personnes à l'hôpital.


OLJ/AFP
06/09/2018

Plusieurs bâtiments publics sont en flammes jeudi soir à Bassora, ville du sud irakien secouée par un mouvement de contestation sociale qui a fait huit morts ces derniers jours, les politiciens irakiens s'invectivant sur la responsabilité de la crise. La résidence du gouverneur provincial, des sièges de partis politiques et de groupes armés ainsi que le gouvernorat sont en proie à des incendies, tandis que des milliers de manifestants sont de nouveau descendus dans la rue, ont constaté des correspondants de l'AFP.

Si durant plusieurs soirs cette semaine, des manifestants avaient lancé des cocktails Molotov et des bâtons de feux d'artifice sur le siège du gouvernorat, la manifestation de jeudi soir devant ce complexe a semblé plus calme, selon des correspondants de l'AFP. Les protestataires, qui dénoncent l'incurie de l'Etat et le manque de services publics de base, ont convergé devant le siège du gouvernorat afin de déposer des bougies pour les manifestants tués mardi et mercredi.

Des membres des forces de l'ordre, déployés en masse pour éviter des incidents, ont eux aussi déposé des bougies. Mais des flammes et de la fumée ont de nouveau été visibles dans le siège du gouvernorat alors que les pompiers semblaient être venus à bout dans l'après-midi de l'incendie allumé la veille.Il ne pouvait pas être établi de manière claire si l'incendie avait repris ou qui serait l'auteur d'un éventuel nouveau départ de feu intentionnel.

Le siège du gouvernorat est le symbole pour les protestataires de la corruption et de l'incapacité de l'Etat à assurer les services de base --eau potable, électricité-- dans cette région riche en pétrole mais aux infrastructures défaillantes.

Près du gouvernorat, des locaux d'un immeuble hébergeant l'antenne locale de la télévision publique, al-Iraqiya, ont également été ravagées par les flammes, selon des témoins.


(Lire aussi : Troubles près d’infrastructures stratégiques à Bassora)


"L'Etat doit répondre"
Le siège de l'organisation Badr, groupe armé soutenu par l'Iran et dont le chef Hadi al-Ameri a emmené la liste arrivée seconde aux législatives de mai, a aussi été incendié. De même que celui d'Assaïb Ahl al-Haq, un autre groupe armé proche de l'Iran, selon une source proche du groupe.

Début juillet, lorsqu'avait éclaté à Bassora le mouvement anticorruption, les manifestants s'en étaient déjà pris aux partis et groupes armés chiites, puissants dans la province. Ce mouvement, qui avait gagné l'ensemble du sud du pays et Bagdad, s'était ensuite essoufflé, alors que le Premier ministre Haider al-Abadi annonçait le déblocage d'un plan d'urgence de plusieurs milliards de dollars.

Les manifestants, qui ne croient guère aux promesses d'un gouvernement sur le départ, ont repris leur mobilisation il y a plusieurs jours à Bassora après que 30.000 personnes ont été admises dans les hôpitaux pour des intoxications à l'eau, polluée par le fleuve Chatt al-Arab qui remonte dans les terres.

Mardi et mercredi, sept manifestants ont été tués près du siège du gouvernorat. Jeudi, un huitième a été tué. Les défenseurs des droits de l'Homme ont accusé les forces de l'ordre, tandis que les autorités pointent du doigt des "vandales" infiltrés parmi les manifestants et assurent avoir ordonné aux troupes de ne pas tirer.

Au total, 22 manifestants ont été tués depuis début juillet à travers le pays. "Les gens manifestent et le gouvernement s'en fiche, il les traite de vandales. Personne n'est un vandale, les gens en ont marre, alors ils lancent des pierres et ils brûlent des pneus, parce que personne ne leur répond", s'emporte Ali Saad, 25 ans, rencontré par l'AFPTV.

Pour Ahmed Kazem, "l'Etat doit répondre aux demandes des manifestants pour que la situation ne dégénère pas". Ce qu'il faut, énumère cet Irakien de 42 ans, ce sont "des services publics, de l'eau, de l'électricité, des emplois".


"Solutions immédiates" 
Le leader chiite Moqtada Sadr, vainqueur des législatives, a appelé le Parlement à convoquer le gouvernement pour qu'il expose des "solutions radicales et immédiates". L'ancien chef de milice devenu héraut des manifestations anticorruption, a donné jusqu'à dimanche aux ministres et aux députés pour se réunir alors que, paralysés par les divisions, ils ont reporté l'élection du président du Parlement. S'ils ne le font pas, "qu'ils quittent tous leur poste", a-t-il lancé à l'adresse des ministres. M. Ameri également a demandé des comptes aux ministres.

Peu après, M. Abadi, qui tente d'obtenir un second mandat en formant avec M. Sadr une coalition gouvernementale, s'est dit prêt à se rendre au Parlement. A la veille de la traditionnelle journée de mobilisation du vendredi en Irak, Moqtada Sadr a appelé à "des manifestations de colère pacifiques à Bassora".


Moqtada Sadr est en visite cette semaine à Beyrouth où il a de la famille, a indiqué à l’OLJ jeudi un de ses proches qui a requis l’anonymat. Selon cet homme politique irakien qui n’a pas voulu être identifié, le leader chiite était encore jeudi dans la capitale libanaise. Il a assuré que sa visite avait un caractère "familial" et démenti que le leader irakien soit venu à Beyrouth pour des examens médicaux, comme l’a rapporté le site libanais Janoubia. Ce site, critique à l’égard du Hezbollah, a souligné que le dirigeant chiite irakien n’a pas rencontré au cours de son séjour le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah, comme il l’avait fait lors de précédentes visites, y voyant une indication de la tension entre le leader populiste irakien et l’Iran.


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