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Liban

L’école privée rappelle l’État libanais à ses devoirs et critique sa loi « inique »

Éducation

La législation controversée sur la grille des salaires domine la cérémonie d’ouverture du XXVe colloque des écoles catholiques.

05/09/2018

Pour la deuxième année consécutive, c’est sur fond de crise aiguë que se déroule la rentrée scolaire de l’école privée. D’une part, la grande majorité des établissements scolaires privés n’a toujours pas appliqué dans son intégralité la loi 46 sur l’échelle des salaires des enseignants (adoptée en août 2017), refusant d’imposer aux parents d’élèves des hausses exorbitantes d’écolage. D’autre part, les autorités demeurent sourdes aux appels répétés à subvention des écoles privées menées par le secrétariat général des écoles catholiques (SGEC-L), alors que le gouvernement tarde à être formé. Ce qui laisse présager une année scolaire mouvementée, au niveau des revendications enseignantes.

C’est dans cet état des lieux que le XXVe colloque annuel des écoles catholiques a démarré ses travaux hier, à l’école des sœurs antonines de Ghazir sur le thème « Pérennité de l’école catholique ». Un démarrage sans fracas, sans initiative aucune, ni même de nouvelle proposition, marqué certes par les attaques cinglantes du patriarche maronite, Béchara Raï, à l’encontre « d’une classe politique corrompue » et de ses « lois mal étudiées ». Mais qui annonce une nouvelle période de statu quo, en dépit de la gravité de la crise, laissant sur leur faim les chefs d’établissement qui espéraient des réponses. Ce qui a poussé le recteur du collège Notre-Dame de Jamhour, le père Charbel Batour, à observer à l’issue de la cérémonie d’ouverture qu’« on ne peut continuer à laisser les enseignants et les parents d’élèves dans le flou, et qu’il est temps de prendre des décisions ».


(Lire aussi : Rodolphe Abboud dénonce à « L’OLJ » la façon alarmante d’annoncer les licenciements dans les écoles privées)


À l’État d’assumer les six échelons

Les écoles catholiques campent donc sur leurs positions. Tour à tour, au cours de la cérémonie, le patriarche Raï, le président de la commission épiscopale des écoles catholiques du Liban, l’archevêque Hanna Rahmé, et le secrétaire général des écoles catholiques, le père Boutros Azar, ont réitéré l’appel à subvention lancé aux autorités à maintes reprises, depuis l’adoption de la loi

n° 46. « Les écoles privées sont prêtes à assumer la hausse des salaires des enseignants. Que l’État finance donc les six échelons exceptionnels. » Un appel resté jusqu’ici sans réponse. Comme l’a été la proposition du ministre sortant de l’Éducation, Marwan Hamadé, d’appliquer dans son intégralité de la grille des salaires, avec échelonnement des effets des six échelons exceptionnels.

Insistant sur l’importance du rôle de l’école catholique au Liban, « de son éducation à l’humanisme et à la solidarité, deux fondements de la citoyenneté », Mgr Raï a expliqué les énormes défis de la nouvelle année éducative. À savoir la pauvreté et le chômage qui touchent de nombreuses familles libanaises, liées à la crise économique et l’augmentation du coût de la vie, au mauvais usage du pouvoir, à l’utilisation de ce pouvoir à des fins personnelles... Également montrée du doigt, la loi 46/2017 sur la grille des salaires « qui a imposé aux établissements éducatifs des hausses drastiques de salaires des enseignants et donc une augmentation conséquente des frais de scolarité, poussant ainsi à la fermeture un certain nombre d’écoles ». « Il est du devoir de l’État d’aider les parents d’élèves qui ont choisi l’école privée, en appliquant la solution équitable prônée par les établissements privés lors de la réunion de Bkerké », a réclamé le patriarche, rappelant que les écoles s’engagent à appliquer les augmentations de salaires (de l’annexe 17), que l’État doit alors assumer les six échelons exceptionnels.

S’il a invité « à protéger l’école catholique de l’emprise idéologique et partisane qui menace la démocratie et la citoyenneté », il a reconnu que « les écoles catholiques doivent aujourd’hui mener une politique d’austérité « et limiter le gaspillage, notamment au niveau des fournitures, des uniformes, des livres scolaires ». « Cela permettrait à tous d’acheter des manuels usagés et aux élèves d’une même fratrie d’utiliser les manuels de leurs aînés », a-t-il précisé. Mgr Raï a enfin invité toute la famille éducative à la coopération et au dialogue, tant les directions, que les enseignants, les parents d’élèves, la société civile, mais aussi l’État, qui doit « considérer l’école privée au même titre que l’école officielle, comme étant d’intérêt public », et qui a donc « le devoir de la subventionner, pour qu’elle reste à la portée de tous ».


(Lire aussi : Hécatombe dans l’enseignement privé au Liban : 500 licenciements dans les écoles catholiques)


L’atteinte à la réputation des écoles catholiques

Malgré ses propos particulièrement virulents envers la classe politique, le patriarche maronite s’est refusé à tout alarmisme. Il s’est même voulu rassurant sur l’avenir de l’école catholique, lorsque Léon Kilzi, membre du comité exécutif du SGEC-L, a posé la problématique « L’école catholique au Liban a-t-elle toujours sa raison d’être? » et lorsque ce dernier a fait état de la fermeture de 24 établissements catholiques privés entre l’année 2005 et l’année 2018, alors que « l’école publique peine » à jouer son rôle.

Dénonçant à son tour la fermeture d’établissements, le décrochage scolaire, les scolarités impayées, l’augmentation du taux de chômage des enseignants et les poursuites en justice contre certains établissements, le père Boutros Azar a déploré, de son côté, « les atteintes à la réputation des écoles catholiques » et pressé les autorités de « trouver une solution à la crise existentielle » que traverse l’école privée. « Les ennemis du Liban et de l’Église sont nombreux », a-t-il regretté, insistant sur « la mission éducative de l’école catholique », sur son souci de coexistence, de diversité et de transparence, mais aussi sur la nécessité d’« un réveil des consciences », afin que soit respecté « le droit de tous les élèves à l’enseignement ».

« En adoptant la loi n° 46 sur l’échelle des salaires, une loi inique, l’État a réussi à semer la zizanie au sein de la famille éducative. » Par ces propos, l’archevêque de Baalbeck, Mgr Hanna Rahmé, a résumé les nombreux griefs de l’école catholique contre les autorités. Des griefs d’autant plus lourds que « la bureaucratie des ministères » ralentit le bon déroulement des formalités, et que « les écoles privées sont accusées » de tous les maux. « Il faut cesser de nous lancer des accusations », a-t-il martelé, assurant que « l’école catholique a le courage de se remettre en question » lorsqu’il le faut.




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