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Liban

Hécatombe dans l’enseignement privé au Liban : 500 licenciements dans les écoles catholiques

Éducation

Licenciements en chaîne dans les écoles des Makassed islamiques.

09/07/2018

La crise provoquée par l’adoption de la nouvelle grille des salaires dans l’enseignement privé tourne à l’hécatombe. L’annonce jeudi de la fermeture de l’école secondaire Khadija el-Koubra, relevant de l’association islamique philanthropique des Makassed, n’est en fait que la partie visible de l’iceberg.

La crise s’étend aussi, en effet, à sept autres établissements de cette association qui en comprend une trentaine. Car l’association des Makassed est loin d’être la seule à avoir été frappée de plein fouet par la crise. Selon une dépêche de l’agence Fides (Vatican), la crise des écoles privées catholiques semble être entrée dans une phase d’aggravation, qui a eu pour manifestation éclatante le licenciement de la part des établissements scolaires catholiques de 500 de leurs enseignants. Le nombre important d’enseignants auxquels le contrat n’a pas été renouvelé a été rendu public aux alentours du 5 juillet, délai limite pour l’inscription des élèves et pour la présentation des effectifs du corps enseignant des établissements scolaires au titre de l’année 2018-2019.

Les déficits budgétaires accumulés des branches des écoles de l’association des Makassed sont dus en bonne partie aux créances impayées de l’État, que les perspectives d’augmentations prévues par la loi ont aggravées davantage. C’est ce qui a poussé son président, Fayçal Sinno, à ordonner des licenciements dans sept autres établissements scolaires : une seconde école à Beyrouth (Aïcha Bakkar), quatre au Akkar, une dans l’Iqlim el-Kharroub et une septième dans la Békaa-Ouest. Le sort de la grande école Khadija à Beyrouth qui a sonné l’alarme est pour le moment en suspens, en attendant que les promesses de renflouement faites par le Premier ministre se concrétisent.


(Lire aussi : Mobilisation pour débloquer le dossier des Makassed)


Dans le Akkar
La branche de Tripoli du syndicat des enseignants du privé, réunie en présence du président de ce syndicat, Rodolphe Abboud, et de son lieutenant au Nord, Tony Mahfoud, a tenu hier une réunion au siège du syndicat, pour recueillir le témoignage des enseignants des Makassed originaires du Akkar licenciés : 19 à Wadi Khaled, 12 à Deir Ammar, 12 à Michmich et 13 à Beit Ayoub. Des écoles scolarisant 1 700 élèves.

« Nous espérons que le règlement envisagé pour l’école Khadija de Beyrouth soit également appliqué à ces écoles », a affirmé M. Abboud, qui estime que les enseignants et enseignantes « sont en train de payer le prix fort d’une crise dans laquelle ils ne sont pour rien ». « Des négociations doivent être menées pour obtenir la réouverture des écoles fermées ou, à défaut, pour que les droits des enseignants soient respectés et leurs traitements payés intégralement, suivant le nouveau barème », a-t-il ajouté.

Par ailleurs, on apprenait que l’école des Makassed à Soueyri (Békaa-Ouest) a décidé de fermer ses portes. N’y allant pas par quatre chemins, le député Mohammad Nasrallah a demandé que, faute d’un règlement de cette crise, les enseignants soient rattachés à l’enseignement public.

Enfin, on apprenait hier que l’école des Makassed à Barja (Iqlim el-Kharroub, Chouf) a décidé de fermer et qu’elle a licencié ses 15 enseignants et enseignantes. Ces derniers ont réagi en se rendant auprès de cheikh Mohammad Ali Jouzou, mufti du Mont-Liban, et du député Mohammad Hajjar.

Le dignitaire religieux sunnite devait prendre contact avec le ministre sortant de l’Éducation, Marwan Hamadé, qui a contacté à son tour son collègue sortant des Finances, Ali Hassan Khalil, afin que la solution adoptée pour l’école de Beyrouth soit appliquée à l’école de Barja. Cheikh Jouzou n’a pas manqué de reprocher aux parents d’élèves de « préférer d’autres écoles à celle des Makassed, et d’être prêts à payer des frais de scolarité élevés à cette fin », estimant que, ce faisant, « ils se trahissent eux-mêmes ».


(Lire aussi : Bkerké dénonce les dettes de l’État envers les écoles gratuites, les hôpitaux et les associations)


Le mufti en appelle aux riches États arabes
De son côté, le Conseil supérieur chérié, qui a tenu samedi sa réunion hebdomadaire à Dar el-Fatwa sous la présidence du mufti Abdellatif Deriane, a abordé dans son communiqué final la crise des Makassed. Le Conseil chérié a sur ce plan lancé un appel aux États arabes, leur demandant « d’appuyer les institutions musulmanes éducatives et sanitaires privées dirigées par des associations de la société civile, compte tenu de la lutte d’influence régionale sur la scène libanaise, dont l’issue pourrait dénaturer la place et le rôle du Liban dans le monde arabe ».

Par ailleurs, le communiqué s’est félicité de la rapidité avec laquelle le mufti et le Premier ministre sortant ont réagi à la crise de l’école Khadija al-Koubra. Le Premier ministre sortant, rappelle-t-on, avait annoncé jeudi avoir débloqué 5 milliards de livres libanaises en urgence pour venir en aide à l’association, et invité le ministre sortant des Finances, Ali Hassan Khalil, à débloquer les subventions qui lui sont dues.

Le grand nombre de licenciements dans les écoles privées alimente les préoccupations et la méfiance au sein des familles, un malaise qui se reflète également dans la diminution des inscriptions d’élèves auprès des établissements les plus touchés par la crise. Des sources locales indiquent à l’agence Fides que les établissements ont tenté de suivre des critères raisonnables en ce qui concerne la restriction de leur corps enseignant en ne renouvelant pas le contrat, surtout à des professeurs proches de l’âge de la retraite ou à ceux qui n’enseignaient que quelques heures. Chaque établissement applique également d’autres mesures pour faire face à la crise, comme le regroupement des classes ayant peu d’élèves.

Le député Neemat Frem (Kesrouan-Jbeil) a regretté hier, à cet égard, la fermeture pure et simple de l’école des sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition à Tyr, qui a 137 ans d’âge, et préconisé, fidèle en cela à des orientations du siège patriarcal maronite, que les six échelons réclamés par les enseignants soient réglés par l’État, comme le demande le collectif des écoles privées qui s’est réuni récemment à Bkerké. À cette fin, M. Frem réclame que le budget soit révisé et que « pour sauver le secteur éducatif », les crédits nécessaires soient pris sur les subventions consenties au courant électrique (un milliard de dollars/an), quitte à envisager des privatisations dans ce secteur.

Défaillance financière de l’État
Les défaillances financières de l’État avaient déjà été soulignées lors de la rencontre de Bkerké, quand le secrétaire général des écoles catholiques, le père Boutros Azar, également coordonnateur général des associations éducatives privées, avait révélé que « l’État a manqué à ses devoirs, non seulement à l’égard des écoles privées, toutes communautés confondues, mais aussi à l’égard des hôpitaux et des associations caritatives dont les contrats ne sont même plus renouvelés ». « À titre d’exemple, avait-il révélé à L’Orient-Le Jour, l’État doit aujourd’hui 101 milliards et 50 millions de LL aux écoles privées gratuites et semi-gratuites. » « Les dettes de l’État s’accumulent depuis l’année scolaire 2014-2015 », avait-il observé, précisant que le décret-loi exige pourtant que les subventions aux écoles privées soient réglées deux fois par an, en avril et juillet. Le fait que l’État ne s’acquitte pas de ses obligations a des « conséquences désastreuses sur l’école privée, avec ce qu’elle entraîne comme fermeture d’établissements, licenciements d’enseignants, baisse du niveau de l’éducation », avait-il dénoncé.

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stambouli robert

c'est a ne rien comprendre

Si l'Etat doit de l'argent aux ecoles et aux hopitaux POURQUOI IL NE PAYE PAS CES SOMMES???

Si l'etat n'a pas l'argent pourquoi avoir fait des lois qui impose a l'Etat un payement?
pourquoi meme faire des hopitaux gratuits quand on ne peux pas les payer?

LA REPONSE EST CLAIRE : POUR SE FAIRE ELIRE ON PROMULGUE DES LOIS , ON EMBAUCHE DES GENS, ON PROMET TOUT ET UNE FOIS ELU ON NE PENSE QU'A SE REMPLIR LES POCHES EN AYANT DES MINISTRES AU POUVOIR ( MAIS DANS DES POSTES REGALIENS OU JUTEUX )

PREMIERE SOLUTION : TAXER UNE FOIS LES DEPOTS / PROFITS BANCAIRES DE PLUS DE 50000 DOLLARS AMERICAINS A 5% ET POUR PLUS DE 100000 USD A 10 % ET TOUS CES PROBLEMES SERONT RESOLUS
mais qui votera des lois qui toucherons a la poche de plus de la majorite des elus?


DEUXIEME SOLUTION : FAIRE COMME EN ARABIE SEOUDITE ET EXIGER DES MILLIONNAIRES ( ET BILLIONAIRE ) DE RENDRE L'ARGENT MAL ACQUIS POUR ETRE LIBRE A NOUVEAU
pourquoi pas apres tout? TOUS SANS EXCEPTION diSent vouloir lutter contre la corruption

un reve aucune des solutions ne se fera et un ministere sera forme et les la rue grognera a nouveau sans resultat mais avec plein de promesse
OU ES TU RAYMOND EDDE AVEC LE CELEBRE :
MIN EIN LAKA HASA?





L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ET COMMENT VA-T-ON FAIRE POUR Y REMEDIER... DOUBLER OU TRIPLER LES ELEVES DANS LES CLASSES ?

Irene Said

Et pourtant on continue de parler de nommer 30 ministres ?
30...trente salaires de ministres...!...dont la majorité n'en foutent pas une, et donc se remplissent les poches...sur le dos du contribuable !

Mais notre Etat Libanais n'est pas capable d'assurer des salaires convenables pour les enseignants de sa jeunesse, qu'elle soit musulmane ou catholique ?

Et notre super-Etat Libanais s'en va mendier de l'argent dans d'autres pays.
Pouvons-nous tomber encore plus bas dans le gouffre de la honte et de l'indécence nationale provoquées par l'inconscience de nos "responsables" ?

Monsieur Michel Aoun, chef de cet Etat Libanais,

qui nous promettiez le "changement et les réformes" est-ce ainsi que vous les concevez, en laissant se fermer des établissements scolaires ?

Monsieur Michel Aoun, êtes-vous certain que l'Etat Libanais existe encore ???

Irène Saïd

C. F.

""…la fermeture pure et simple de l’école des sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition à Tyr, qui a 137 ans d’âge…""


Se pencher sur les causes de fermeture de cet établissement, c’est aussi comprendre l’état actuel de l’enseignement au pays du Cèdre… Et le triste sort, d’une communauté dans la région qui se rétrécit comme une peau de chagrin…

C. F.

C'est un secteur qui faisait la fierté du Liban, et la qualité de l’enseignement, et le niveau scolaire...
Mieux vaut émigrer que de payer des droits d'inscription exorbitants, et de ""scolariser"" ses enfants à l'étranger... Triste !

DAMMOUS Hanna

Dans l’UE plusieurs de ses membres pleurent pour avoir des enseignants et des soignants médicaux qualifiés et motivés, mais c’est impossible d’émigrer?

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