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Liban

Rodolphe Abboud dénonce à « L’OLJ » la façon alarmante d’annoncer les licenciements dans les écoles privées

Liban

Le président du syndicat des enseignants étudie les solutions pour une bonne application de la grille des salaires.

12/07/2018

C’est en pleine crise que les écoles privées entament les grandes vacances. Et comme les choses se présentent, c’est en pleine crise que se déroulera la prochaine rentrée scolaire. Les établissements catholiques annoncent en effet des licenciements d’enseignants en masse. Des institutions gratuites mettent la clé sous la porte, et ce avant même l’application de la loi 46 sur l’échelle des salaires dans sa globalité, à quelques exceptions près. Retour sur la situation, sur les licenciements et sur les perspectives de dénouement, avec le président du syndicat des enseignants des écoles privées, Rodolphe Abboud.

Chaque année et selon la loi en vigueur, les écoles privées ont le droit de licencier leurs enseignants ou de les orienter vers d’autres fonctions, avant le 5 juillet. À l’issue de l’année scolaire 2017-2018, les écoles catholiques ont annoncé près de 500 licenciements. « Au total, les licenciements du secteur privé s’élèvent à 700 cas avérés », révèle à L’Orient-Le Jour le syndicaliste, « compte tenu que certaines écoles communautaires ne communiquent pas leurs chiffres, et que les écoles catholiques, plus démocratiques, n’empêchent pas leurs enseignants de parler ». Sans vouloir être alarmiste, M. Abboud constate que ce chiffre est nettement plus élevé que les années précédentes, au cours desquelles 200 enseignants environ sont licenciés chaque année. « Ce ne sont pas tant les licenciements qui sont alarmants que la façon de les annoncer et les prétextes invoqués », regrette-t-il. 


(Lire aussi : Hécatombe dans l’enseignement privé au Liban : 500 licenciements dans les écoles catholiques)


Jumelage de classes : effectifs en hausse
Car les raisons des licenciements actuels sont « multiples ». Des enseignants ont été notifiés que « leur engagement syndical » est en cause. D’autres ont été remerciés à cause « du jumelage de classes », « de la baisse du nombre de périodes », « de la hausse du temps horaire de chaque période », « de l’augmentation du nombre d’effectifs par classes ». Des instituteurs ont perdu leur travail suite à la « fermeture de leur établissement », « souvent une école gratuite minée par la concurrence » d’un établissement plus performant et mieux prisé. Et enfin, des enseignants ont fait les frais d’une « mauvaise gestion des finances de leur établissement ». 

 « Ces licenciements n’ont rien à voir avec la grille des salaires qui n’a toujours pas été appliquée dans la grande majorité des établissements, mis à part quelques exceptions », observe le président du syndicat. Parmi ces exceptions qui ont appliqué la loi 46 (certaines avec échelonnement), « les frères des écoles chrétiennes, l’IC, le collège Notre-Dame de Nazareth, Saint Joseph School, Jesus and Mary et les lycées de la MLF ». « Les écoles du mouvement Amal disent aussi avoir appliqué la loi, mais nous demeurons sceptiques en lisant les fiches de paie des enseignants », note-t-il. 

Avec la fermeture annoncée de plusieurs écoles gratuites privées, comme l’école Saint-Joseph de l’Apparition de Tyr, l’école Mar Maroun de Bauchrié ou les écoles des Makassed, il est légitime de se demander s’il n’existe pas une volonté délibérée de l’État d’arrêter ses subventions aux écoles privées gratuites. Il faut rappeler que l’État n’a toujours pas payé les subventions qu’il doit aux écoles gratuites pour l’année 2014 (celles aussi des hôpitaux et associations), ce qui creuse le déficit budgétaire d’un nombre important d’institutions caritatives. « Il a certes débloqué les fonds dans l’urgence pour les Makassed, mais qu’attend-il pour débloquer les subventions dues aux autres établissements gratuits ? » demande Rodolphe Abboud. 


(Lire aussi : Bkerké dénonce les dettes de l’État envers les écoles gratuites, les hôpitaux et les associations)



Pas d’alternative aux écoles gratuites
Et d’estimer que « l’État ne peut fermer les écoles gratuites, parce que l’enseignement primaire public n’a pas les capacités de scolariser tous les enfants issus de milieux défavorisés, et qu’il n’existe pas d’alternative à ces institutions ». « Il est toutefois question de faire obstacle aux écoles factices, qui n’existent que de nom, et qui profitent illégalement des aides de l’État », affirme-t-il. Il révèle à ce propos que « la licence d’une école gratuite se vend aujourd’hui autour d’un demi-million de dollars, la preuve que ces écoles ne perdent pas d’argent ».

Aux écoles catholiques qui tirent la sonnette d’alarme, le président du syndicat répond que « tout ce bruit est exagéré ». « Nous estimons qu’il existe une décision centrale de licencier des enseignants pour une réorganisation de certains établissements », indique-t-il. Mais en même temps, il reconnaît que le discours tenu par les écoles catholiques a évolué. « Elles ne réclament plus l’annulation de la nouvelle loi. » Il se demande même si ces licenciements ne seraient pas le signe d’une volonté d’appliquer la loi 46, dans son intégralité, même échelonnée. « J’en doute. Ce serait pourtant une bonne chose. Des enseignants auraient certes perdu leur emploi. Mais l’ensemble de la profession aurait gagné », dit-il avec une note d’espoir. 

Pour l’instant, les écoles privées, conduites par le secrétariat général des écoles catholiques et le père Boutros Azar, « réclament toujours un amendement de la grille des salaires ». Entre-temps, le syndicat, présidé par Rodolphe Abboud, ne chôme pas et étudie toutes les solutions possibles, en partant d’un travail en profondeur sur la loi 46, pour que les enseignants obtiennent leurs droits. Serait-ce un compromis ? Il refuse d’en dire plus pour l’instant.





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