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Liban

Nabih Berry et l’héritage de l’imam Moussa Sadr

Décryptage
04/09/2018

« Amal doit être le mouvement du Liban, pour un avenir meilleur. » Cette phrase qui figure dans la dernière ligne de la charte de ce parti fondé par l’imam Moussa Sadr résume en fait la pensée de ce dignitaire religieux, qui continue de marquer la vie du pays. Il y est question d’Amal, un mouvement populaire qui se veut libanais, au-delà des confessions et des communautés, et d’un avenir meilleur pour tous. C’est en tout cas ainsi que l’a compris le chef actuel du mouvement, le président de la Chambre Nabih Berry, qui, depuis son élection en 1980 à la tête d’Amal, n’a eu de cesse de préserver et de faire fructifier l’héritage de l’imam fondateur. En 38 ans, M. Berry a ainsi réussi à maintenir ce mouvement en place, et à augmenter le nombre de ses partisans, tout en lui donnant une place privilégiée sur la scène libanaise, le rendant incontournable. Au point que l’un des vieux compagnons de Nabih Berry de l’époque de l’imam Sadr, lorsqu’ils étaient tous les deux membres du bureau politique du mouvement (M. Berry était à ce moment-là chargé par l’imam des relations avec les partis libanais et les organisations palestiniennes), lui a lancé récemment : « Je ne sais pas, si l’imam était encore là, s’il aurait réussi à gérer aussi bien les multiples crises traversées par le Liban et par le mouvement ! »

Selon des sources d’Amal, la mission de Nabih Berry, une fois qu’il a pris en charge le mouvement, n’a pas été facile. Même s’il fait l’objet de nombreuses critiques, l’actuel président de la Chambre a battu des records de longévité, mais surtout il a réussi à préserver et à appliquer les idées lancées par l’imam Sadr. D’abord, il a misé sur le peuple et aujourd’hui, plus que jamais, Amal est un mouvement de masse. Cela s’est confirmé par la mobilisation lors de la quarantième commémoration de la disparition de l’imam. Il y avait une foule immense à Baalbeck, mais aussi à Tyr. Ce qui montre que cette cause est encore vivace. Plus encore, le président Berry a réussi à obtenir la mention de la disparition de l’imam dans toutes les déclarations ministérielles des gouvernements successifs. Il a même imposé la signature d’un accord avec le gouvernement libyen dans le cadre de l’enquête sur la disparition de Moussa Sadr et il a poussé à la formation d’une commission conjointe pour le suivi de cette affaire présidée par le juge Hassan Chami. De plus, le gouvernement libanais, en dépit de ses divisions multiples, a toujours eu une position unifiée sur ce dossier et le ministère des Affaires étrangères a obtenu la mention de cette disparition par la Ligue arabe. De même, les relations entre le Liban et la Libye restent tributaires de cette affaire.


(Lire aussi : Moussa Sadr ou le (dérangeant) pari de la paix)


Toujours sur le plan de l’application des idées de l’imam, les sources d’Amal précisent que Nabih Berry a agi dans trois directions. D’abord sur le plan purement chiite, ensuite sur le plan national, et enfin sur le plan régional et international. Sur le plan chiite, il a réussi à fermer la page de la confrontation interchiite avec le Hezbollah, faisant de ce dernier son meilleur allié, après trois ans de conflit armé. Il n’a d’ailleurs pas cessé d’œuvrer pour la consolidation de la relation entre les deux formations, au point de pouvoir dire aujourd’hui, sans exagération, qu’Amal et le Hezbollah sont deux organes dans un même corps. En même temps, il a réussi à pousser les chiites à participer à l’appareil de l’État, leur donnant un poids et une présence déterminants, au point d’instaurer une nouvelle coutume, celle de leur accorder le portefeuille des Finances dans l’esprit d’un partenariat équitable, selon son approche.

Sur le plan national, Nabih Berry s’est imposé comme un homme de dialogue et de solutions, au point d’être considéré par la plupart des parties locales comme le magicien capable de tirer un lapin de son chapeau pour sortir d’une impasse donnée. En 2006, c’est lui qui a initié le premier dialogue national qui a été suspendu en mars pour reprendre après la guerre de 2006. C’est lui aussi qui était le principal instigateur du dialogue interlibanais de Doha en 2008. Ses proches se souviennent d’un long entretien entre lui et Amr Moussa, alors secrétaire général de la Ligue arabe. Au bout de plusieurs heures de discussion, ce dernier s’est levé et lui a dit : « Nabih bey, on ne peut pas vous vaincre. » À la suite de cet entretien, Amr Moussa, qui pensait qu’il fallait désespérer de ce dialogue, était parti pour Bahreïn puis était revenu, car il était convaincu que le président Berry parviendrait à trouver une solution.

Ce fut aussi le cas du ministre qatari des AE Hamad ben Jassem, qui était sur le point de clore les séances de dialogue sur un constat d’échec, avant de miser sur Nabih Berry, qui a fini par convaincre les parties de s’entendre... à 2 heures du matin. De même, le président de la Chambre a lancé un nouveau dialogue pendant la période de vacance présidentielle. Chez lui, le dialogue n’est pas seulement un art, c’est un mode de vie et une question de foi, car il est convaincu qu’entre les Libanais, il n’y a pas d’ennemis, rien que des rivaux ou des adversaires. Cette règle, il l’applique à la lettre, et elle lui permet de parler avec toutes les parties locales, les alliées comme celles avec lesquelles il est en conflit. Enfin, sur le plan international, Nabih Berry est un interlocuteur privilégié pour toutes les parties arabes et internationales. Il a des contacts avec les représentants des pays du Golfe comme avec ceux de l’Iran, avec les représentants des États-Unis et ceux des pays de l’Union européenne et il n’accepte une visite à l’étranger que s’il est reçu par le chef de l’État. Pour lui, il ne s’agit pas tant d’une question personnelle que de l’image et de la dignité du Liban.

Qu’on aime ou non Nabih Berry, on ne peut donc pas nier qu’il joue un rôle prépondérant dans la vie du pays, appliquant ainsi le testament de l’imam Sadr et développant l’héritage qu’il a laissé. Selon ses proches, sa devise se résume à cette phrase de l’imam Ali : « Travaille pour ce monde comme si tu allais vivre éternellement, et pour l’autre monde comme si tu allais mourir demain. » Pour lui, le leadership n’est pas une fonction et il ne peut donc pas prendre sa retraite. Mais il n’est pas inquiet pour l’avenir, même s’il n’a pas voulu qu’un membre de sa famille prenne le relais. Car, selon lui, le mouvement Amal produira lui-même ses leaders comme il l’a déjà fait. Le prochain congrès général se tiendra d’ailleurs au cours de ce mois.



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Wlek Sanferlou

Merci Mme! Je suis maintenant un Born Again! Je vais ajouter une photo, la seule d'un politicien, auprès de celles des saints dans ma cabella et je vais lui allumer une chandelle lors de mes prières!!!

carlos achkar

Alors là c'est le comble, comparer le Grand Imam Moussa Sadr au petit Berry. Vous devenez de plus en plus grave Mme.

Le pont

Je propose à l'OLJ de nommer l'éditorial de Madame Haddad "Louange" au lieu de "décryptage". Je pense qu'à chacune de ses chroniques les fondateurs de "l'Orient et "Le jour" se tournent dans leurs tombes.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DOMMAGE TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD... DOMMAGE POUR VOTRE PLUME !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

FAUT ARRETE D,EXPLOITER LA MEMOIRE DE CE GRAND IMAM POUR LES CAUSES FUTILES DE CERTAINS !

Le pont

Cirage de pompes magistral, BRAVO !

Irene Said

Des fleurs, encore des fleurs...toujours des fleurs...pour les mêmes, appartenant à la même catégorie que vous encensez sans limites !
Pourquoi au juste ?
Irène Saïd

Rachoin, Jean-Sebastien

Chere Scarlett, nous sommes habitués a des analyses moins partiales and plus pertinentes. Cet article est plus proche de la propagande de l époque sovietique que du vrai journalisme.
Dommage.

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