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Des tanks au large de Saïda, un réel atout pour les fonds marins ?

Liban

Le “jardin sous-marin équipé par l’armée libanaise” a été inauguré mardi soir.

15/08/2018

Le 28 juillet dernier, une dizaine de blindés hors d’usage de l’armée libanaise étaient immergés dans la Méditerranée, au large de Saïda, au sud de Beyrouth. Mardi soir a eu lieu l’inauguration officielle, au Château de la mer, de ce nouveau “jardin sous-marin équipé par l’armée libanaise”.
Feux d’artifice, discours et remises de trophées ont attiré des centaines d’invités, qui ont pu visionner un film sur cette initiative. L’association à l’origine du projet, Les amis du littoral de Saïda, était présente en grand nombre pour l’inauguration de ce jardin métallique d'un nouveau genre.

"C’est mon rêve depuis 25 ans”, s’émeut Mohammed Sariji, président du syndicat des plongeurs professionnels du Liban et membre de l’association, après avoir reçu un trophée pour la réalisation du projet. Acclamé par la foule, le plongeur a passé la soirée à multiplier les selfies et serrer les mains. “Grâce à ces 10 chars, on enrichit la biodiversité de la petite côte de Saïda. Bientôt, des algues, des éponges et d’autres organismes vont s’installer ici, pour former un bel habitat et attirer des poissons comme le pterois", continue Mohammed Sariji.

Ce dernier est fier des résultats obtenus pendant les deux premières semaines. Sur son téléphone, il a déjà de nombreuses vidéos montrant des poissons “plus rares, plus précieux pour les pêcheurs” qui rôdent ou s’installent autour des carcasses métalliques. Les amis du littoral de Saïda espèrent également attirer de nombreuses touristes, amateurs de plongée libre et de pêche. Mohammed Sariji affirme que ces lieux resteront ouverts à tous, même aux pêcheurs, à condition de respecter certaines règles et surtout d’éviter la surpêche.

Un réel paradis pour poisson ?
Mais quelles sont vraiment les conséquences de cette nouvelle installation pour des fonds marins déjà pollués ? L’argument de la création de récifs artificiels automatiquement bénéfiques pour les poissons a été avancé pour justifier l'initiative. Un argument qui ne convainc pas tout le monde.

Pour Michel Bariche, un biologiste marin libanais expérimenté, responsable du département biologie à l’Université américaine de Beyrouth (AUB), la création d'un vrai récif artificiel doit profiter aux poissons et favoriser leur multiplication. Mais la technique utilisée à Saïda, expérimentée pour la première fois dans les années 70, constitue selon lui “une forme de pollution importante et un piège à poisson, qui s’apparente plus à simple refuge qu’à un réel habitat.” Les poissons viennent se réfugier systématiquement dans ces épaves et deviennent une cible facile pour les pêcheurs sous-marins, estime-t-il. Le chercheur affirme également qu’aucune étude n'a été réalisée quant aux bienfaits de l’introduction de ces blindés dans un habitat déjà difficile pour la faune marine.

Pour Mohammed Sariji cependant, cela ne fait aucun doute, ce projet ne sera que bénéfique pour le développement des poissons. “De nouvelles espèces viendront s’installer et se développer, c’est une chance pour Saïda”, assure-t-il, après avoir constaté le succès de cette méthode sur la côte de Tripoli et à l’étranger. Le plongeur désire répéter l’immersion d’épaves sur tout le littoral libanais : “On veut porter le projet dans tout le Liban.”

Le littoral de Saïda souffre d’une pollution importante due à la crise des déchets et les manifestations contre les déboires de la déchetterie locale se sont multipliées. Le déversement des eaux usées précarise également l’environnement marin au large de l’ancienne métropole phénicienne. L’expert du ministère de l’environnement Bassam Sabbagh, avait récemment prévenu le gouvernement que "la pollution est en train de tuer plus que le terrorisme au Liban". 

Dans le récent rapport du CNRS sur la qualité de l'eau de baignade sur le littoral libanais, la plage publique de Saïda était dans la catégorie "passable". On saluait néanmoins les efforts mis en oeuvre, dont la fermeture de nombreuses bouches d'égouts, qui ont permis une nette amélioration.


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Pourquoi les scientifiques n'ont pas été consultés avant? Pourquoi le professeur n'a pas réagi avant immersion des chars? puisque l'action a été annoncées. Tout ça n'est pas bon pour la réputation de notre pays.

Sarkis Serge Tateossian

Moi je prédis des moments difficiles aux pêcheurs, car ces poissons nouvelle génération qui auront appris à se baigner dans des chars, seront des vrais combattants, des vrais durs, qui ne se laisseront pas faire par les premiers venus!

Voilà à quoi les pêcheurs de Saida doivent s'attendre.

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