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Culture

Élie Maalouf : si on n’entend pas la musique dans sa tête, elle ne sortira jamais par les doigts

Rencontre

Ses compositions sont teintées d’Orient et de jazz, sa voix maîtrise autant le chant lyrique que la musique orientale. Le pianiste, compositeur et musicien invite Jahida Wehbé à l’accompagner à Baalbeck, où ils se produiront ensemble le 17 août.

Danny MALLAT | OLJ
14/08/2018

Pour devenir un pianiste d’exception, il faut avant tout un réel talent, avoir l’oreille musicale et une maîtrise parfaite du solfège et des bases de l’harmonie, « mais surtout il faut y consacrer sa vie », déclare Élie Maalouf qui confie pour la petite histoire : « Lorsqu’un cadre de chez Renault qui décide de prendre sa retraite après avoir longtemps été mon élève me pose la question «c’est quoi ton secret ?», je lui réponds simplement : je suis pianiste et tu es cadre chez Renault. Tout le secret est là. Pour atteindre cette perfection des doigts qui se baladent sur le clavier à une vitesse impressionnante et avec justesse, pour réussir la dextérité sans commune mesure, pour jouer les morceaux les plus difficiles avec une pureté et une facilité inaccessible, il faut oublier le temps et désirer l’absolu. » Pour Élie Maalouf, qui ne se contente pas de reproduire les œuvres des grands maîtres mais s’approprie la musique et construit ses propres créations, l’histoire a commencé très tôt. Né à Zahlé en 1972, il approche la musique dès son plus jeune âge et se forme seul en autodidacte en ayant des professeurs plus ou moins compétents. La ville de Zahlé ne possédant ni conservatoire ni école de musique, il s’inscrit dans une école de religieuses à Jounieh qui propose un baccalauréat musical. « J’ai dû reprendre ma classe de troisième deux fois au Liban et une fois en France, sans avoir jamais échoué », dit-il avec un sourire amusé. La guerre le contraint à quitter le pays pour aller rejoindre son frère en France. Il se forme d’abord au conservatoire de Toulouse, et se rend ensuite à Paris pour rejoindre le conservatoire d’Étampes avec Billy Eidi. Il termine son parcours à l’American School of Modern Music à Paris. Installé dans la capitale française depuis plus de 20 ans, il n’a cessé de parcourir le monde, de se produire sur la scène internationale et d’enchaîner les projets. Aujourd’hui pianiste, compositeur et musicien confirmé, Élie Maalouf mélange les genres musicaux et passe avec aisance du classique au jazz en passant par l’oriental, faisant ainsi dialoguer les cultures musicales. C’est justement dans ce registre-là qu’il présentera ce vendredi 17 août dans le temple de Bacchus à Baalbeck, un concert où le tarab et le jazz dialoguent en toute harmonie. Le concert comprendra des compositions de Maalouf avec son groupe de musique venu de Paris et des chansons de Jahida Wehbé et une Baalbeck Ouverture pour l’occasion.


(Lire aussi : Georges Khabbaz, pour le meilleur et pour le rire)



Un rapport presque amoureux
Pour Élie Maalouf, le piano est un instrument de prestige. « Une contrebasse ça s’enlace, alors que le piano, le plus gros des instruments, vous le touchez du bout des doigts et du bout des orteils alors il faut savoir le dompter et entrer dans son âme. Certains instruments vous envahissent et vous plongez dans leur ventre et avec d’autres où il ne se passe rien, vous restez à la surface du clavier mais vous sauvez le concert parce que vous êtes musicien et que vous y avez consacré votre vie. » Et l’artiste d’ajouter : « Nous autres pianistes, avons cette difficulté de ne pas pouvoir transporter notre propre instrument avec nous, il faut du recul pour faire sortir d’un piano étranger ce qu’il y a de plus beau. Il faut être en sérénité avec l’instrument, ne pas se battre contre lui, et l’aimer profondément pour que s’installe un double rapport celui de dominer et celui de se laisser porter ».


(Lire aussi : L’âme au Liban d’M)


Un mélange des genres
Maalouf définit la musique comme la plus belle et la plus mystérieuse des choses, et sa propre musique comme l’histoire de sa vie. Le musicien possède cette qualité rare d’arriver à harmoniser une mélodie orientale : « Notre musique orientale est mélodique et rythmique mais elle n’est pas harmonique, pour savoir vraiment harmoniser il faut déjà connaître le sens d’une mélodie orientale, sans chercher à ajouter des accords modernes et noyer la mélodie dedans. Comme un styliste qui doit habiller une jolie femme, il peut décider de l’habiller en clodo ou en princesse, j’essaie d’opter pour la tenue princesse. La musique, si on ne l’entend pas dans sa tête, elle ne sortira jamais par les doigts. Faire sortir d’un piano ce qu’il y a de plus beau et l’offrir à une audience qui veut bien accueillir ce qu’il y a de plus beau. Voilà le vrai défi. »
Aujourd’hui, après avoir créé un groupe qui mélange les instruments orientaux et occidentaux, Élie Maalouf perfectionne sans cesse son apprentissage du jazz, enseigne son amour pour la musique et continue de se produire à travers le monde, pour exprimer sa sensibilité et véhiculer des émotions au public au travers de ce magnifique instrument qu’est le piano.


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Georges MELKI

"Si on n’entend pas la musique dans sa tête, elle ne sortira jamais par les doigts" Absolument! Et c'est ce qui explique que les plus belles et les plus grandes oeuvres de Beethoven sont celles qu'il a composées en étant totalement sourd...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

PAS DANS SA TETE... IL FAUT L,AVOIR DANS L,AME ET DANS L,ESPRIT POUR QU,ELLE SORTE DES DOIGTS !

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