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Culture

L’âme au Liban d’M

Festival de Baalbeck

Le concert présenté par Matthieu Chedid et sa famille a laissé le public quitter le temple de Bacchus comme enivré, mais de ce vin qui fait voir les plus belles des étoiles.

Danny MALLAT | OLJ
06/08/2018

Bien sûr, il y avait comme toujours l’imposante majesté du sanctuaire de Bacchus, et l’âme des dieux qui, a chaque saison festivalière, semble se réveiller, planer et se déplacer de colonne en colonne et de chapiteau en volute pour conférer aux lieux leur éternelle puissance. Bien sûr, il y avait aussi la voûte céleste qui laisse souvent tomber sa blanche vapeur, se penche sur la scène que les artistes du monde entier investissent et parsème ses étoiles. Mais en ce samedi 4 août à Baalbeck, Apollon, dieu de la Lumière, de l’Enthousiasme, de la Musique, de l’Harmonie et de la Poésie, ne pouvait que sourire face à l’énergie débordante et contagieuse de Matthieu Chedid, face à tant de générosité, de sensibilité et de pudeur au service d’un talent enchanteur. Ce soir-là, Apollon ne pouvait qu’accueillir au panthéon des dieux le grand M, lui tirer sa couronne et lui offrir son char solaire dans lequel l’artiste a embarqué, deux heures durant, un public hypnotisé de bonheur, magnétisé par les sons de sa six strings Stratocaster, pour réaliser qu’il vivait un moment unique.


Rencontre avec les Chedid à leur arrivée à l'aéroport de Beyrouth


Famille, je vous M
Pour avoir adulé et respecté sa grand-mère, la grande écrivaine et poétesse Andrée Chedid, celle qui fut une figure de l’humanisme et pour qui le salut était uniquement dans l’amour et le partage, il lui rend hommage avec une chanson, Délivre, et en réunissant autour de lui sa famille d’artistes accomplis : son frère Joseph, sa sœur Anna, son père Louis et sa fille Billie (le talent prometteur de la famille), avec lesquels il fera tour à tour des duos et réalise ainsi avec eux un voyage initiatique dans la terre de ses anciens. Avec une apothéose à quatre, dans un famille je vous M passionné, où le clan a rappelé à tous ceux qui auraient pu l’oublier qu’on ne dit jamais assez je t’aime aux gens qu’on aime, et sans compter Baïa, dédicacée par Matthieu Chedid à sa maman, présente dans le public...

Et pour avoir été très jeune imprégné par les mots de sa grand-mère, s’en être inspiré dans chaque texte et dans chaque rime, il choisit pour l’envol du spectacle de laisser en prélude glisser les paroles d’Andrée Chedid sur les murs vibrants d’émotion du temple. Et les spectateurs regarderont émerveillés la voix traverser chaque cannelure de chaque pierre et réveiller la terre. En virtuose de la guitare électrique (une pensée pour l’immortel Hendricks), il se glisse dans la peau de l’éternel Jimi et fusionne avec les spectateurs, pour les toucher, les enlacer, électrifier leurs âmes et la sienne, s’essayer aux riffs les plus acrobatiques et porter son public aux confins des dimensions psychédéliques. Le public se lève pour ne plus se rasseoir. Et comme si la perfection n’était pas à son comble, la trompette orientale du grand Ibrahim Maalouf fera son entrée pour porter le concert encore plus loin, pendant qu’un trapéziste en équilibre absolu tétanisait un public captif amoureux.

Le doigt levé en l’air, Matthieu Chedid semblait remercier et son public et sa bonne étoile, et ses origines. En guise de dernier cadeau, les deux musiciens, très attachés à leurs racines libanaises, rendent un hommage à Fayrouz avec une version magique de Habbaytak bil sayf, soutenue par un violoniste libanais.
Et Chedid clôture avec la chanson qui l’a porté aux nues, Je dis M, se détachant ainsi de son M de prénom pour atteindre celui de la majesté et de la magnificence, et se surpasser dans un mouvement presque sacrificiel, digne des dieux.



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