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Liban

Dans la Békaa, des ateliers pour préserver le savoir-faire architectural syrien

Reportage

Des workshops de construction traditionnelle ont été organisés par Arcenciel, en collaboration avec le British Council.

08/08/2018

Sous le soleil brûlant, les deux mains dans la terre, une dizaine de volontaires suivent les ordres d’un maître maçon syrien. Certains étalent un mélange visqueux constitué de paille et de terre sur des murs épais. D’autres posent des briques en terre crue. Ces jeunes passionnés d’architecture se rassemblent à Taanayel pour apprendre à construire selon la méthode traditionnelle de la région : la construction en terre crue. Avec les matériaux de la Békaa, ils bâtissent une maison à coupoles, une architecture typique du nord-est de la Syrie. Ensemble, ils aident à préserver un héritage culturel qui est en péril.

Ces ateliers de techniques de construction traditionnelle sont offerts du mois de juin à août par l’ONG Arcenciel, en partenariat avec le British Council, afin de sensibiliser les Libanais et les Syriens au patrimoine architectural de la région. « La mission du projet est la sauvegarde d’un savoir-faire en voie de disparition », explique Hoda Kassatly, responsable du projet et ethnologue.
Avec les conseils de l’architecte Fadlallah Dagher, elle a décidé de construire une maison à coupoles, « une technique répandue dans les régions où il n’y avait pas de bois », précise l’ethnologue. « Au Liban, ces maisons n’existaient pas puisqu’il y avait du bois », poursuit-elle.


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Les volontaires et les ouvriers, outils à la main, édifient les murs de la maison. Dans d’autres ateliers, les volontaires apprennent à fabriquer des briques en terre crue, observent la construction des coupoles et enduisent les briques. « Dans le dernier atelier, les volontaires ont appris à malaxer les matériaux avec les pieds, à mouler les briques et à les faire sécher au soleil », précise Hoda Kassatly, en pointant quelques morceaux de terre crue utilisés dans la construction.
Pour l’architecte et étudiante en restauration Yara Hachem, participer à ce genre d’atelier permet d’apprendre une technique de construction qui n’est pas enseignée à l’université. « La construction en terre crue est la première architecture vernaculaire de la Békaa qui existe encore. Il est difficile de trouver un endroit qui l’enseigne », explique-t-elle, les avant-bras couverts de boue.

Même constat pour le jeune architecte Maroun Khadra qui participera à tous les ateliers. « C’est très intéressant de préserver cet héritage et de pouvoir garder en mémoire cette méthode de construction », affirme-t-il, préparant les prochaines questions qu’il posera au maître maçon. Pour lui, qui rédige un mémoire sur la construction en terre crue, être en présence d’une personne qui possède ce savoir-faire apporte un enrichissement tant sur le plan personnel que professionnel.
Ce type d’architecture est connu pour ses bénéfices environnementaux et pour la qualité de vie. Pour l’architecte Angèle Kesrouani, c’est le côté écoresponsable qui l’intéresse davantage. « Les matériaux sont beaucoup plus écologiques puisque c’est naturel. Avec la terre crue, l’humidité est réglée, puisque la terre respire. Cela nous permet de vivre dans une maison avec des matériaux vivants », explique-t-elle, hache à la main.

Yara Hachem estime qu’il faut sensibiliser le public à ce genre de construction alternative. « Il faut emmener le public à être beaucoup plus conscient de cette architecture pour éviter sa disparition, souligne-t-elle. En construisant cette maison, la curiosité des gens est attisée. Cela leur permet aussi de découvrir les techniques traditionnelles. »


Les désastres de la guerre
Avant le déclenchement du conflit syrien, Hoda Kassatly a rédigé un livre sur les techniques traditionnelles de la région du Nord-Est. « Quand j’ai fait cet ouvrage, il ne restait plus qu’une poignée de maîtres maçons qui savaient construire en terre crue, dit-elle. Ce patrimoine était déjà en péril. » Lorsqu’elle est retournée dans le nord-est de la Syrie, elle a pu constater les désastres de la guerre. « C’est une région qui est devenue une zone militaire, il n’y a plus de civils, déplore-t-elle. Comme ce sont des maisons en terre crue, elles ont besoin d’un entretien régulier. La région a été bombardée et les maisons ont été détruites. »
Pour trouver un maître maçon qui possède encore ce savoir-faire, elle a dû sillonner les différents camps syriens de la Békaa. « La seule chose qui était vraiment urgente était de trouver un maître maçon qui était encore capable de construire ce genre de maison. Ils sont très âgés et ils sont très peu nombreux », indique Hoda Kassatly. Pour l’un des maîtres maçons, Ahmad el-Hussein, qui collabore au projet, il est important de transmettre ce savoir-faire aux jeunes. « C’est une méthode ancestrale, qui est transmise de génération en génération, précise-t-il. Nous sommes les gardiens de ce travail. » 

Pour le chef de chantier, Émile Saad, ce projet architectural permet à la fois de faire revivre le patrimoine de la Békaa et de sauver un savoir-faire typiquement syrien. « Grâce à notre expérience, Arcenciel est devenu une référence en architecture de terre. Nous pouvons protéger cet héritage culturel », souligne cet amoureux d’architecture traditionnelle avec fierté. Pour s’assurer de la continuité du projet, un manuel de construction sera publié pour permettre aux générations futures de reproduire ce style d’architecture.


Pour mémoire
Les villages à cent et une coupoles


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

NOUS N,EN AVONS PAS BESOIN. QU,ILS AILLENT LE PRATIQUER CHEX EUX.

Pierre Hadjigeorgiou

Belle initiative mais qu'ils aillent faire cela chez eux pas chez nous! L'architecture Syrienne ne nous intéresse pas!

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