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Liban

Imad Osman : L’action antiterroriste préventive a porté ses fruits au Liban

Rencontre
31/07/2018

En poste depuis un an et demi, le général Imad Osman, directeur général des Forces de sécurité intérieure, travaille d’arrache-pied, d’une part pour assurer la sécurité, et d’autre part pour donner une nouvelle image des troupes dont il a la charge. Ses fonctions le poussent à s’occuper de dossiers épineux, en contact direct avec les citoyens, et il fait de son mieux pour améliorer les performances de ses hommes dans tous les domaines concernés par sa direction, qu’il s’agisse de la police judiciaire, de la police administrative, du service de renseignements des FSI, d’Interpol, ou encore du département de la circulation. En fait, il y a 11 départements sous sa direction et il doit superviser leur action. Il confie d’ailleurs non sans fierté que depuis l’époque du général Basbous, son prédécesseur nommé en 2013 et à la ligne duquel il est resté fidèle, 34 officiers ont été déférés devant le conseil de discipline et ont été passibles de sanctions, allant de la suspension provisoire à l’arrêt total des fonctions. Cela ne se passait pas auparavant et il faut remonter aux années 50 du siècle dernier pour trouver un cas de suspension totale de fonctions.

En dépit de ces efforts, les FSI continuent de faire l’objet de critiques, surtout sur les réseaux sociaux. Le général Osman en est conscient, mais il trouve qu’il y a beaucoup d’injustice dans les accusations lancées contre ses troupes, d’autant qu’il les soumet en permanence à des sessions de formation et celui qui ne réussit pas ces sessions est privé de promotion.
Le problème, dit-il, c’est que bon nombre de Libanais, et notamment ceux qui critiquent, ne connaissent souvent pas les lois et concentrent leurs nombreux sujets de mécontentement sur les FSI. Le général Osman connaît bien pourtant les rouages de l’institution dont il a la charge. Il y est entré à l’âge de 18 ans, un peu par hasard. « J’avais le choix entre deux options, dit-il. Soit m’enrôler dans les FSI, soit partir aux États-Unis. J’ai pris la première et voilà où j’en suis. » Modeste, il ne cherche pas à mettre l’accent sur le fait qu’il a atteint le sommet de la hiérarchie. Il se veut un bon soldat au service de son pays.

Sa formation sécuritaire lui a permis de devenir directeur du service de renseignements, après l’assassinat du général Wissam Hassan (2012), avant d’être nommé par le Conseil des ministres à la direction générale des FSI, après le départ du général Ibrahim Basbous. Le général Osman n’aime pas être sous les feux des projecteurs. Il préfère travailler dans la plus grande discrétion, conscient que ses fonctions délicates exigent à la fois le silence et la prudence.
Il vient ainsi de rentrer d’une mission aux États-Unis et il affirme que les relations avec les Américains sont excellentes. Il y a un échange d’informations qui est très utile pour la sécurité du Liban. Les Américains donnent ainsi des informations captées par leurs propres services, et le Liban en fait de même, transmettant à son tour les données qu’il peut découvrir, dans le cadre de ses enquêtes, sur des projets d’attentat dans d’autres pays, ou encore sur la circulation de personnes suspectes. C’est ainsi que de nombreuses opérations préventives ont pu être réalisées, dont l’une avant le réveillon du Nouvel An 2017, lorsque le dénommé « Abou Jaafar al-Iraki » est arrivé au Liban pour préparer un attentat terroriste. Le service de renseignements des FSI a pu l’arrêter avant l’exécution de son plan, grâce à des informations reçues. Beaucoup de projets d’attentat ont été aussi déjoués de la même manière, mais les FSI n’en parlent pas pour ne pas provoquer une panique chez les citoyens. Il y a toutefois des opérations qui ont été médiatisées, comme la fameuse perquisition au café Costa à Hamra, qui avait été réalisée par une force conjointe de l’armée et des FSI. L’opération de l’hôtel Napoléon, toujours à Hamra, fait aussi partie des missions médiatisées. Le général Osman reconnaît que le service de renseignements des FSI a été renforcé, mais il ajoute que c’est dans l’intérêt de la sécurité au Liban et que cela ne s’est pas fait au détriment des autres services sécuritaires. Il précise d’ailleurs à ce sujet que la situation sécuritaire au Liban est « excellente », rappelant que depuis 2015, il n’y a eu aucun attentat terroriste. Selon lui, c’est grâce au travail sérieux et sans relâche des services concernés, beaucoup plus qu’à cause d’une décision internationale de préserver le Liban. Cette décision se traduit en fait par la transmission des informations, mais ce sont les services qui font le gros du travail. À cet égard, le général Osman précise que la coopération entre les différents services libanais est excellente et facilite énormément la lutte contre le terrorisme, d’autant que, le pays étant formé de différentes communautés et confessions, il est plus facile parfois à un service précis d’opérer dans une région déterminée.

Le général Osman rejette les accusations de violence lancées contre ses troupes, notamment celles chargées de la lutte antiémeutes. Il explique par exemple que lors des manifestations de la société civile au centre-ville pendant la crise des déchets, cette force a protégé les manifestants en se déployant entre eux et la police du Parlement. Malgré cela, les manifestants s’en sont pris à la force antiémeutes, en cherchant à arracher le fil barbelé qu’elle avait installé en guise de protection. Il rappelle que cette force a eu des centaines de blessés dans le cadre de ces manifestations, atteints soit par des jets de pierres, soit par des attaques directes. Pourtant, elle n’a pas utilisé ses armes, alors qu’elle en avait le droit selon les dispositions du règlement interne des FSI. « Le problème, dit-il, c’est que si souvent les Libanais revendiquent leurs droits, à juste titre d’ailleurs, ils oublient qu’ils ont aussi des obligations. Les insultes, le mépris des règlements, ce sont des infractions qui sont punies par la loi. »

Selon lui, les réseaux sociaux et leurs débordements posent un véritable problème. Il essaie de faire de son mieux pour appliquer la loi sans verser dans les excès, mais il précise que toutes les convocations se font sur la base d’une demande du procureur. « La police judiciaire, dit-il, est l’instrument de la justice. Ce n’est donc pas à nous qu’il faut s’en prendre. » Même situation à l’aéroport où plusieurs autorités sont en place, mais ce sont les FSI qui sont le plus critiquées, alors que, selon lui, elles ont les instructions les plus strictes.

Sur les dossiers d’actualité, le général Osman reste prudent, ne voulant pas glisser vers des sujets politiques. Il ne se mêle pas du dossier des déplacés syriens, mais il ose quand même un avis personnel sur la légalisation du haschich. Il lance à cet égard une boutade : « Les Libanais sont déjà dans un état second, imaginez-vous un peu comment ils seraient s’ils fumaient tous du haschich ! » Plus sérieusement, il craint que la légalisation du cannabis n’augmente la consommation de drogues dures. Mais il laisse le souci d’y réfléchir aux spécialistes et aux députés. Sa mission à lui, c’est la sécurité intérieure et la protection des citoyens...

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