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Liban

Dany Tinawi, 40 ans de don de sang au service des autres

Le portrait de la semaine

L’association « Donner sang compter » a rendu récemment hommage à Dany Tinawi qui vient de donner son sang pour la 135e fois, de manière bénévole, à l’occasion de son anniversaire.

23/07/2018

Il exhibe fièrement ses bras sur lesquels il a dessiné le nombre 40, en bleu et rouge, histoire de montrer à tous son engagement continu, depuis 40 ans, en tant que donneur de sang. À tel point qu’il le revendique comme une addiction, au service de cette cause humaine et humanitaire. Et qu’il ne peut s’empêcher de s’enflammer, dès lors qu’il s’agit de la défendre bec et ongles, ou d’encourager à ce don de soi les jeunes qui l’entourent. À presque 60 ans, le 17 juillet 2018, jour de son anniversaire, Daniel Tinawi, Dany pour les intimes, vient de donner du sang pour la 135e fois. « Un donneur anonyme », comme il se définit. Mais surtout un homme heureux de pouvoir offrir une vie aux autres. Un citoyen d’une grande modestie, qui insiste sur la gratuité de son geste, mais estime « ne pas avoir de mérite, car tant de gens le font à travers le monde ». Et qui affirme qu’« il est plus beau de donner du sang le jour de son anniversaire, que de recevoir tous les cadeaux du monde ».

Alors pour marquer cette journée spéciale et ces chiffres symboliques, Donner sang compter (DSC), l’association pour le compte de laquelle M. Tinawi donne régulièrement du sang dans nombre d’hôpitaux du pays, lui a rendu hommage. Un hommage discret, autour d’un dîner d’une dizaine de personnes, à l’image de l’homme à la tignasse blanche qui préfère la solitude, la lecture et le sport aux mondanités. Autour aussi d’un gâteau, portant la phrase « 40 ans de dons ». « Vous avez lancé cet esprit d’engagement citoyen et humain. Vous avez offert aujourd’hui votre sang pour la 135e fois. Vous n’avez cessé de donner de vous-même au service de l’autre. Vous le faites avec bonheur depuis 40 ans. Et ce bonheur est votre récompense », dit Yorgui Teyrouz, président de DSC, à son ancien éducateur pédagogique qu’il nomme son « ambassadeur », tout en lui remettant un cèdre en bois, pour le remercier de sa générosité.


(Lire aussi : Pour rendre plus fréquent le don de sang volontaire au Liban)


Don anonyme et gratuit
Car Dany Tinawi est sans aucun doute un véritable ambassadeur du don de sang. D’abord au sein de sa propre famille qu’il a ralliée à sa cause, son épouse Simone, soutien inconditionnel de son « homme au cœur d’or… et au caractère bien trempé », et ses deux enfants qui ont décidé, le jour de leur majorité, de donner du sang pour rendre hommage à leur père. « Mon fils de 25 ans a déjà donné du sang 11 fois », répète-t-il, lançant un regard fier au jeune homme assis en bout de table. Ensuite, au Collège Notre-Dame de Jamhour, où il est éducateur pédagogique « à l’écoute de ces ados », comme il appelle affectueusement ses élèves. Des ados qu’il n’a de cesse de sensibiliser au don gratuit du sang, au point de créer au sein de l’établissement éducatif un club DSC, pour les encourager à la solidarité, et les informer des défis d’une telle mission. À savoir la nécessité d’assurer la relève, mais aussi la grande difficulté de donner son sang anonymement au Liban. « Lorsque vous arrivez à l’hôpital pour offrir gratuitement votre sang, on vous demande à quel patient vous voulez le donner. Vous risquez d’être renvoyé si votre geste est anonyme et gratuit, car le système de don du sang n’est pas bénévole. Il se fait en remplacement de ce qui est donné à un patient », déplore-t-il. Pas étonnant que DSC, soucieux de changer les mentalités, ait trouvé en lui plus qu’un allié et ami, qui n’hésite pas à remuer ciel et terre pour assurer du sang en cas d’urgence, à répondre présent lorsqu’il s’agit de faire la promotion des campagnes collectives menées par l’association pour rallier davantage de Libanais à sa cause.


Souvenirs de la guerre
Dany a peur des seringues. « Mais lorsqu’il donne son sang, il lui suffit de détourner le regard pour ne pas y penser », raconte son épouse. Le jeu en vaut bien la chandelle. Et c’est avec émotion que le donneur revient sur sa première expérience. Une expérience déterminante qui a donné un sens profond à sa vie. C’était le jour de ses 18 ans, le 17 juillet 1978 pendant la guerre du Liban. « Mon meilleur ami César Najjar avait été blessé au front du Musée. J’ai accouru pour lui donner mon sang. Mon ami a survécu. Et moi, je suis devenu un donneur anonyme. » Quelques années plus tard, son ami sera tué au combat. Dany Tinawi luttera avec acharnement pour sauvegarder sa mémoire et pour maintenir la plaque commémorative qui porte son nom, au Grand Lycée franco-libanais de Beyrouth. C’est dire la détermination avec laquelle il défend « les causes justes et désespérées », jusqu’à l’entêtement même. « Le plus dur, c’est lorsque je ne peux pas assurer », avoue-t-il. Car il lui est arrivé de ne pas pouvoir donner du sang, « à cause d’une anémie passagère ». Une situation qu’il a très mal vécue. Il vit d’ailleurs mal « l’interdiction pour un donneur de plus de 50 ans de donner des plaquettes, au Liban ».Le bénévole ne manque pas d’évoquer une autre expérience qu’il a vécue pendant la guerre, « une histoire émouvante qui, souligne-t-il, m’a donné une belle leçon de modestie ». C’était pendant la guerre de 89, dite de libération. Il avait 28 ans. Durant le flash information, il apprend qu’un ancien employé à son père et sa femme enceinte avaient été grièvement blessés dans un abri. Il se précipite d’abord à la Croix-Rouge libanaise à Tabaris, puis à l’HDF, pour donner du sang et réalise qu’une vingtaine d’évangélistes d’un certain âge l’avaient devancé. « Ils n’ont pas manqué de me remercier, mais j’ai réalisé ce jour-là, qu’il y a toujours plus humble que soi », observe-t-il, tout en saluant son camarade blessé qui vit aujourd’hui en Suède avec sa famille.

Outre ces deux souvenirs de la guerre libanaise, Dany Tinawi est peu disert sur ses 40 années d’engagement. L’homme n’est pas particulièrement bavard lorsqu’il s’agit de parler de lui-même. Ce sont généralement les autres qui le font, pour raconter le donneur qu’il est, comme le fait volontiers son épouse, pour lui rendre hommage ou même pour commenter son aspect physique. Il faut dire qu’il attire les regards, avec sa chemise à carreaux, sa cravate nouée à même le cou, son gilet de photographe et sa moustache claire. « Je me déplace à vélo, je n’ai pas de téléphone portable, je n’aime pas les voyages et on m’appelle souvent monsieur le consul à cause de mon look », finit-il par avouer, avec autodérision. Un look qui sied à cette personnalité hors du commun, et aux projets qu’il rêve de réaliser encore au service du don du sang.



Pour mémoire

Une collecte de sang pédagogique à l’Hôtel-Dieu

Campagnes de collecte de sang

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