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Moyen Orient et Monde

Trump fait la sourde oreille aux cris d’orfraie des républicains

États-Unis

Si crise de confiance il y a, les élus du Grand Old Party ne la pousseraient pas jusqu’à son paroxysme.


Julie KEBBI | OLJ
19/07/2018

La volte-face de la veille du président américain n’avait donc rien de sincère. Sur la question de l’ingérence russe dans la campagne présidentielle, Donald Trump a reculé pour mieux sauter. Le président américain a affirmé hier que la Russie n’essayait plus d’interférer dans les élections américaines, tout en vantant une nouvelle fois les succès de sa rencontre, lundi à Helsinki, avec le président russe Vladimir Poutine. « Nous nous débrouillons très bien, sans doute aussi bien que personne ne l’a jamais fait avec la Russie. Et aucun président n’a jamais été aussi dur que je ne l’ai été avec la Russie », a-t-il insisté auprès des journalistes. « Je pense que le président Poutine le sait mieux que quiconque, sûrement mieux que les médias (...) Regardez les chiffres, regardez ce que nous avons fait, regardez les sanctions », a-t-il estimé. Preuve du malaise au sein de l’administration, la Maison-Blanche s’est sentie obligée de démentir les propos du président concernant l’absence de « menace russe », arguant d’une « mauvaise interprétation ».

Sous la pression de ses plus proches conseillers et de son parti, le président américain était revenu mardi sur son affirmation que « le gouvernement russe n’a jamais interféré et n’entend pas s’ingérer dans les affaires intérieures des États-Unis, y compris dans le processus électoral ». Il avait déclaré mardi avoir « réalisé qu’il était nécessaire d’éclaircir certains points. Cela devrait être évident mais j’ai préféré le clarifier dans le cas où ça ne le serait pas. Je voulais dire : Je ne vois pas pourquoi la Russie ne serait pas (responsable de l’ingérence électorale) et non serait ». Qu’importe la justification ridicule, l’essentiel était de rassurer la famille républicaine après avoir directement remis en question les doutes quant à une collusion russe dans l’élection présidentielle américaine de 2016, qui fait l’objet d’une enquête menée par le procureur spécial Robert Mueller. Mais il semble clairement impossible au président américain d’accepter le fait que sa victoire est en partie liée à cette intervention russe. Les propos d’hier pourraient ouvrir une nouvelle crise au sein du Grand Old Party.
« On franchit une nouvelle étape » dans la relation entre Donald Trump et les républicains, explique à L’Orient-Le Jour Marie-Cécile Naves, chercheuse associée à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et auteure de Géopolitique des États-Unis : 40 fiches illustrées pour comprendre le monde (éditions Eyrolles, 2018). Selon l’experte, « c’est un nouvel épisode qui met au jour les très fortes dissensions » entre eux, précisant que « ce n’est pas le premier depuis la campagne et depuis son élection ». Le contexte est toutefois différent puisque le dossier des ingérences russes est on ne peut plus explosif sur la scène politique nationale et fait débat depuis près de deux ans. Le président américain a aussi choqué son propre camp, qui accepte ponctuellement de fermer les yeux sur les fantaisies trumpiennes sur d’autres sujets, si la majorité n’est pas alignée sur ses propos.
Cette fois, les élus du Congrès se sont précipités pour multiplier les interventions dans les médias ces derniers jours, afin d’afficher à haute voix leur mécontentement face aux propos du président américain, vu comme trop complaisant à l’égard de « l’ennemi » russe et dénonçant même une « trahison » pour certains.


(Lire aussi : Trump pris dans la tourmente suscitée par ses propos)


Crise de confiance
 « Cela a été plus que regrettable », a estimé mardi la sénatrice républicaine d’Alaska, Lisa Murkowski. « Cela a été une débâcle. Le fait qu’il revienne en quelque sorte sur ses pas est important, mais il a certainement mis les pieds dans le plat hier », a-t-elle ajouté, selon le New York Times. Son homologue républicain de l’Arizona, Jeff Flake, a pour sa part qualifié de « honteux » les propos du président, tandis que le président de la Chambre des représentants, le républicain Paul Ryan, s’est évertué à mettre les points sur les « i ». « Si la commission des Affaires étrangères ou la commission des services financiers et la commission bancaire du Sénat pensent qu’il y a d’autres sanctions que nous n’avons pas encore imposées à la Russie, je suis plus qu’heureux de les considérer », a-t-il annoncé. Rand Paul, le sénateur républicain du Kentucky, est l’une des seules voix à s’être élevée pour prendre la défense de Donald Trump, estimant sur CNN que « c’est vraiment le syndrome de dérangement Trump qui motive tout cela ».
Le dossier russe met en exergue les limites de l’alliance entre les républicains et le 45e président des États-Unis. Si des différents idéologiques existent entre le parti et l’homme politique, les liens formés entre les deux permettaient d’assurer une victoire au parti pour succéder aux démocrates à la Maison-Blanche tout en tendant la main à une partie de l’électorat américain conservateur et particulièrement réceptif aux idées trumpiennes. Des sujets de convergence tels que la réforme fiscale pour la baisse des impôts ou encore la nomination des juges à la Cour suprême ont permis de les rapprocher et de mettre de côté d’autres points qui font davantage débat au sein de la maison républicaine, tels que l’immigration ou le climat.


(Lire aussi : Trump mord (à pleine dents) à l’hameçon russe 


Même si les élus républicains ne décolèrent toujours pas dans la presse et sur les réseaux sociaux, ils se trouvent néanmoins dans une situation délicate sur le plan politique. Les prochaines élections de novembre pour renouveler les visages des deux Chambres du Congrès américain restent dans tous les esprits. Dans ce contexte, même si « il y a une crise de confiance, les élus républicains ne peuvent pas la pousser jusqu’à son paroxysme », note Mme Naves. « Trump a quand même une certaine popularité auprès de l’électorat républicain, donc si les élus qui remettent leur siège en jeu donnent l’impression qu’ils se détachent du président, cela peut donner un message négatif à l’opinion », observe-t-elle.
D’autant plus que le président dispose d’une base partisane qui lui est particulièrement fidèle depuis ses débuts politiques lors de la campagne électorale de 2016. Les différents témoignages rapportés cette semaine par la presse américaine viennent par ailleurs confirmer que l’opinion des trumpistes reste majoritairement inchangée au sujet du locataire de la Maison-Blanche, alors que nombre de ses supporters dénoncent une « chasse aux sorcières » contre lui. « Il faut laisser passer l’été et voir ensuite les sondages d’opinion pour les élections », souligne Mme Naves. « Soit la crise de confiance se calme, soit elle s’intensifie et il peut y avoir une crise politique du scrutin, ce n’est pas impossible », précise la spécialiste.


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