Moyen Orient et Monde

Échec au roi...

Commentaire
17/07/2018

La métaphore du jeu d’échecs pour décrire les relations internationales est certainement l’une des plus éculées. On imagine des grands dirigeants debout au-dessus d’une carte géante en train de déplacer des pions d’une frontière à l’autre, comme si tout cela ne dépendait finalement que de leur bonne volonté.

Le sommet qui a réuni hier Donald Trump et Vladimir Poutine à Helsinki n’a pas manqué de susciter en amont de nouvelles spéculations concernant ce fameux jeu d’échecs, qui se joue cette fois à quatre entre les États-Unis, la Russie, Israël et l’Iran. Le principal enjeu : le retrait de Téhéran et de ses obligés du territoire syrien. Selon le New Yorker, l’État hébreu, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis auraient tenté de convaincre le président américain de lever les sanctions américaines contre la Russie contre un engagement de Moscou à pousser Téhéran vers la sortie en Syrie. D’autres médias ont évoqué un échange de bon procédé impliquant la reconnaissance par Washington de l’annexion de la Crimée ou encore un retrait américain de Syrie. Compte tenu de sa vision des relations internationales – un jeu à somme nulle où tout peut se régler par un bon deal – Donald Trump a tout à fait pu se laisser séduire par de pareilles propositions. On l’imagine sans grand mal se laisser charmer par les avances poutiniennes, et s’autocongratuler à voix haute de ce nouveau deal, qui laisse transpirer son génie diplomatique. Le chef du Kremlin aurait tout à gagner dans l’histoire : une Amérique moins agressive à son égard et en demande de partenariat, un statut de superpuissance faisant la pluie et le beau temps au Moyen-Orient et une légitimation de ses actions passées. Sans compter le plus important pour M. Poutine : ce sentiment rassurant et gratifiant d’un retour à l’époque où les deux puissances décidaient ensemble du sort du reste de la planète.


(Lire aussi : Trump mord (à pleine dents) à l’hameçon russe)


Durant leur conférence de presse commune, les deux leaders ont évoqué hier la question sans pour autant donner davantage de détails. Le président américain a dit que les deux pays « voudraient engager des choses par rapport à la Syrie qui ont à voir avec la sécurité d’Israël », tandis que son homologue russe a « confirmé que la Russie s’intéresse à ce développement ». S’il aboutit, l’accord entre les deux dirigeants serait fondamentalement inégal. Donald Trump ferait un cadeau à Vladimir Poutine en contrepartie de quoi celui-ci promettrait de lui donner quelque chose qu’il ne possède pas. Car c’est bien là le cœur de cette complexe équation : même si la Russie est souveraine en Syrie, les Iraniens ne sont pas ses obligés, loin de là. Moscou peut pousser Téhéran à renoncer à ses infrastructures en Syrie, mais peut-il vraiment renvoyer les milliers de miliciens à la solde de la République islamique ou encore empêcher le transit d’armes en direction du Hezbollah ? Poser la question c’est déjà y répondre en partie. À supposer que la Russie soit déterminée à mettre l’Iran à la porte, cela sera loin d’être chose aisée. Les Iraniens ont beaucoup trop investi en Syrie pour accepter de repartir la queue entre les jambes. Et si le conflit syrien a bien mis une chose en avant, c’est que l’époque où les grands dictaient leur conduite aux moyens et aux petits est clairement révolue.

Plus prudent, malgré ses excellentes relations avec le chef du Kremlin, Benjamin Netanyahu ne mord pas complètement à l’hameçon russe. Les frappes israéliennes ayant tué dans la nuit de dimanche à lundi six soldats syriens sont venues rappeler que les promesses du président russe ne suffisaient pas à rassurer les inquiétudes israéliennes. L’Iran ne compte pas sortir de l’échiquier aussi facilement, en témoigne encore la visite à Moscou de Ali Akbar Velayati, le conseiller du guide suprême, seulement quelques heures après celle de Benjamin Netanyahu.

Amateur de poker plus que grand stratège, Vladimir Poutine peut très bien se laisser aller à jouer aux échecs avec Donald Trump. Le plus important étant de lui faire croire tout au long de la partie qu’il est en position de gagner…



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