X

Liban

Rabia Hamiyé, nouvelle victime de la violence à l’encontre des femmes au Liban

Drame

Le corps de la victime a été retrouvé mardi dans la plaine de Hazzine, dans la Békaa.

Nada MERHI | OLJ
13/07/2018

Rabia Hamiyé, un nouveau nom qui vient s’ajouter à la longue liste des femmes victimes de violence. La jeune femme d’à peine plus de 29 ans aurait été tuée par son oncle paternel mardi, dans le village de Taraya, à Baalbeck.
Mère de deux petites filles âgées de 6 ans et demi et de 5 ans, l’histoire de la victime a tout d’un thriller. Elle rejoint dans ses grandes lignes celle de sa mère, Imane. Tout comme sa maman, elle a été mariée de force par ses grands-parents à son cousin, à l’âge de 14 ans. Tout comme sa mère, elle a eu de ce mariage deux filles. Elles sont aujourd’hui âgées de 6 ans et demi et de 5 ans. Imane et Rabia ont toutes les deux vécu loin de leurs parents. Imane, qui a été orpheline alors qu’elle était enfant, raconte qu’elle a été veuve à l’âge de 17 ans. Son mari avait été tué dans le cadre d’une vendetta. « J’ai vécu avec des bêtes humaines, qui ne maîtrisent que le langage des armes, confie-t-elle. Ils ne tiennent pas compte de la vie des autres. Ils m’avaient enfermée et m’empêchaient de prendre contact avec mes tantes et oncles maternels. Ils m’en ont fait voir de toutes les couleurs. »

Lorsque le mari d’Imane a été tué, ses beaux-parents ont fui vers Rayak, « parce que les meurtriers voulaient tuer encore une deuxième personne ». C’est alors qu’Imane a pu s’enfuir, laissant derrière elle ses filles. Un an plus tard, elle a refait sa vie avec un autre homme et s’est rendue aux États-Unis.
Rabia a ainsi grandi sans sa mère qui a essayé « en vain de récupérer » ses filles. « Au départ, elle m’en voulait, confie Imane. Mais en grandissant dans ce milieu d’injustice et de violence, elle m’a pardonné. D’ailleurs, c’est elle qui m’a retrouvée. Depuis, je venais souvent au Liban pour la voir. Jeudi dernier, je suis rentrée aux États-Unis. Je voulais entamer les formalités pour qu’elle vienne vivre avec moi, d’autant qu’elle avait enfin réussi à se libérer légalement, il y a à peine un mois, de son mari qui ne ratait pas une occasion pour la battre et l’insulter. Je pense que c’est la raison pour laquelle ils l’ont tuée. » Rabia avait raconté à sa mère que ses grands-parents lui avaient fait signer un papier dans lequel elle s’engage à renoncer à tous ses droits, reconnaît avoir choisi de vivre avec Imane et souligne que sa famille paternelle n’était pas responsable de sa sécurité. « Elle avait signé sa sentence de mort », s’insurge sa mère.
Mardi, son corps a été retrouvé dans la plaine de Hazzine, dans la Békaa. Selon le rapport du médecin légiste, « elle était recouverte d’ecchymoses et avait les os broyés », affirment des sources proches du dossier. « On lui avait tiré aussi trois balles dans la poitrine. »


(Pour mémoire : « Neuf victimes en six semaines, ça suffit ! »)


Les circonstances du meurtre encore inconnues
Selon ces mêmes sources, les circonstances qui entourent le meurtre ne sont pas encore élucidées, ce que confirme d’ailleurs le chargé de communication des Forces de sécurité intérieure, le colonel Joseph Moussallem, qui a préféré ne pas se prononcer sur l’affaire dans l’attente des résultats de l’enquête « qui se poursuit ». Toutefois, selon certaines rumeurs, le meurtre serait lié à un trafic de drogue. L’oncle de Rabia, principal accusé dans cette affaire, et qui ferait l’objet de plusieurs mandats d’arrêt, et son ex-mari, un agent des forces de sécurité, l’obligeaient à véhiculer la marchandise. Lorsqu’elle refusait, elle subissait leur ire. Selon Imane, la jeune femme aurait voulu les dénoncer. C’est pourquoi « ils auraient planifié de se débarrasser d’elle ». Selon une autre version des faits, la victime aurait « terni » l’honneur de la famille. Une hypothèse que rejettent aussi bien Imane que les milieux proches du dossier, qui affirment que selon le rapport du médecin légiste, « aucune trace de drogue ou de rapports sexuels n’a été retrouvée dans le corps de la victime ». Dans les mêmes milieux, on note que les criminels sont actuellement en cavale. Ils se seraient réfugiés à Haiba, une région dans les hauteurs de Taraya.


(Pour mémoire : Sit-in devant la maison de Nada Bahlawan, une semaine après sa mort)


Négligence des autorités concernées
Interrogée sur l’affaire, Leila Awada, avocate et membre fondatrice de l’ONG Kafa, dénonce « une négligence et un manque de sérieux dans le suivi des crimes commis à l’encontre des femmes », ainsi qu’une facilité à les classer dans la case des « crimes d’honneur », au moment où l’article 562 du code pénal se rapportant aux crimes d’honneur a été aboli en 2011.
« Pourquoi les assassins sont-ils toujours en liberté ? Pourquoi il existe des îlots d’insécurité qui échappent à l’autorité de l’État ? Comment peut-on parler de protection des femmes si les autorités concernées sont incapables d’infliger des sanctions dissuasives, encore moins d’enquêter sur de pareils crimes ? » s’insurge l’avocate.
Révoltée, Imane affirme vouloir intenter un procès aux « assassins ». « Je n’ai pas peur d’eux. Qu’ils osent me confronter ! »


Portrait

Zoya Rouhana, un engagement inconditionnel pour la cause des femmes

Droits de la femme au Liban : HRW appelle les candidats aux législatives à mener cinq grandes réformes

À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Sarkis Serge Tateossian

La barbarie pure, la barbarie tribale.

Irene Said

J'aimerais juste dire que l'animal n'attaque et tue que pour s'alimenter ou se défendre.
De comparer ces sauvages criminels censés être des hommes et qui ne savent pas se contrôler... à des animaux est une insulte à ces derniers !

Observez les animaux...et vous constaterez que leur comportement est plus digne que celui de beaucoup d'énergumènes qui se prétendent humains !

D'autre part si les chefs religieux de toutes les couleurs chez nous voulaient enseigner une image plus valorisante de la femme...cela changerait beaucoup le comportement de pas mal de "mâles" ratés de notre société libanaise !
Irène Saïd

stambouli robert

LE MANQUE DE SERIEUX DANS LE SUIVI DES CRIMES A L ENCONTRE DES FEMMES SEULEMENT ????
c est le manque de suivi de toutes les corruptions et violences faites partout au liban et pas seulement sur les femmes
Tant que certains leaders continueront de proteger les leurs cela continuera toujours au liban malheureusement

Antoine Sabbagha

Le manque de sérieux dans le suivi des crimes commis à l’encontre des femmes est devenu chose normale surtout que nous vivons dans un pays tribal sauvage ou le crime reste impuni .

L’azuréen

Ces bestiaux ternissent l’image de tout un pays . Ils doivent subir une sentence exemplaire.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LA BARBARIE INNEE DANS LE DNA ANIMALIER !

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Janvier 2016-novembre 2018 : tourner les pages de la guerre...

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué